Vienne … et après ?

Publié par Rédacteur-seronet le 26.07.2012
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ConférencesdroguesAIDS 2012

Lundi 23 juillet, la conférence de Washington proposait un session avec des interventions orales sur "Drug Policy, criminal justice and human rights" ("Politique des drogues, justice et droits humains). Autrement dit une session consacrée aux politiques publiques en matière de drogues. Céline Offerlé (AIDES) y assistait. Elle raconte.

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Une session consacrée aux politiques publiques en matière de drogues qui, si elle ne nous apprend rien de bien nouveau, permet d’enfoncer le clou sur l’impact dramatique de la criminalisation de l’usage de drogues sur l’épidémie de VIH et de VHC. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la session démarre avec une vidéo sur la situation en Ukraine où le Fonds mondial de lutte contre le sida a annoncé l’arrêt des financements des programmes de substitution à compter de 2014.


Dans ce pays, seuls 7 000 des 53 000 personnes utilisatrices de drogues par injection bénéficient d’un traitement de substitution aux opiacés, soit une couverture d’à peine 13 % des besoins. Largement insuffisant pour espérer avoir un impact sur les épidémies de VIH et d’hépatite C… Outre de nombreux obstacles institutionnels, l’Ukraine connait d’importantes difficultés d’approvisionnement en méthadone. L’ICF International HIV/AIDS Alliance (Ukraine) plaide en faveur d’un passage à l’échelle afin que la diffusion et la mise à disposition des traitements soient à la hauteur des besoins des personnes.


Concernant l’Afrique, le lien entre VIH et usage de drogues commence à peine à être exploré. J. Csete, de l’Open Society Foundation, au Royaume-Uni, nous présente des données récentes sur ce sujet, avec les résultats d’une étude décrivant les politiques publiques en matière de drogues dans quatre pays d’Afrique : Ghana, Nigeria, Afrique du Sud et Tanzanie. Elle en profite, au passage, pour regretter – à juste titre - l’absence de ses collaborateurs à la conférence de Washington, du fait de l’interdiction de territoire qui continue de peser sur les personnes usagères de drogues sous traitement.


L’étude montre que la Tanzanie est le seul pays où la réduction des risques auprès des usagers de drogues est reconnue et a une existence concrète à travers un certain nombre de programmes. Quant au Nigeria, le principe de la réduction des risques y est purement et simplement rejeté. Les auteurs de l’étude souligne la nécessité de rompre avec la culture qui envisage la personne consommatrice comme une "malade mentale" pour privilégier des politiques de santé publique ayant largement fait leurs preuves.


Enfin, Laurent Geffroy, du Conseil national du sida français, rappelle que dans notre pays également, les politiques répressives à l’égard des usagers de drogue issues de la loi de 1970 font des ravages en termes d’épidémie et sont économiquement inefficaces : leur coût est estimé à près de 600 millions d’euros par an, quand le financement des CAARUD (Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues), n’a représenté que 31 millions d’euros en 2009. Le CNS (Conseil national du Sida) en appelle à une vraie évaluation des politiques publiques et à une refonte en profondeur de la législation française sur les drogues.