VIH en France : pas de baisse en 2019 ?

Publié par jfl-seronet le 01.12.2020
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ChiffresépidémiologieVIHIST

Chaque année à l’occasion du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida, Santé publique France (SPF) communique les chiffres de l’épidémie de VIH et des IST en France. Cette année, SPF explique que la crise sanitaire liée à la Covid-19 a perturbé le système de surveillance épidémiologique national et le nombre de découvertes de séropositivité au VIH n’a pas pu être estimé à temps pour le 1er décembre. Cependant l’agence a tout de même des tendances à communiquer et ces données semblent converger vers une stabilisation des cas de découvertes du VIH en 2019 après une légère baisse en 2018.

Une sous déclaration importante

Les chiffres communiqués par SPF sont récoltés à l’aide d’outils de collecte de données médicales tels que LaboVIH pour le dépistage en laboratoire et la fameuse déclaration obligatoire (DO), un service en ligne où chaque nouveau diagnostic de séropositivité au VIH doit être renseigné par les biologistes et les cliniciens-nes. Malheureusement, cette déclaration n’a d’obligatoire que le nom et chaque année SPF pointe du doigt une sous déclaration plus au moins importante selon les régions. « L’année 2020 est particulière », indique SPF dans son Bulletin épidémiologique consacré au VIH et aux IST du 1er décembre. La crise sanitaire a eu pour conséquence une sous déclaration plus importante des données 2019 concernant à la fois le dépistage du VIH et aussi les diagnostics d’infection à VIH et d’IST. L’agence a donc décidé de communiquer uniquement sur les caractéristiques des nouveaux diagnostics déclarés entre janvier 2019 et septembre 2020.

Évolutions du dépistage

En 2018, et pour la première fois depuis 10 ans, une baisse nationale des nouveaux diagnostics de VIH de 7 % était annoncée avec 6 200 diagnostics estimés par SPF. Pour l’année 2019, l’agence constate une légère hausse du nombre de dépistages du VIH (+6 % entre 2018 et 2019) ainsi qu’une augmentation de 6 % du nombre de sérologies confirmées positives. Par ailleurs l’offre de dépistage s’est diversifiée en 2019 avec le dispositif Au labo sans ordo (1) testé à Paris et dans les Alpes-Maritimes et le déploiement de l’autotest (+6 % de ventes en pharmacie en 2019, comparé à 2018).

HSH et hétéros nés-es l’étranger

Pas de surprise non plus sur les populations les plus concernées par les découvertes de séropositivité déclarées entre janvier 2019 et septembre 2020. Les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH) sont les plus touchés avec un taux de 43 % de découvertes. Viennent ensuite les personnes hétérosexuelles nées à l’étranger (37 %), puis les personnes hétérosexuelles nées en France (14 %), les personnes usagères de drogues injectables (2 %) et les personnes trans (2 %). Santé publique France précise que la majorité des personnes hétérosexuelles nées à l’étranger dépistées séropositives en France sont nées en Afrique subsaharienne (79 %) et sont des femmes (64 % versus 36 % d’hommes). Ces proportions sont inversées chez les personnes hétérosexuelles nées en France (64 % d’hommes et 36 % de femmes). Concernant les HSH, 32 % sont nés à l’étranger, un taux qui augmente par rapport à 2017-2018 (26 %) et ils sont principalement originaires du continent américain. Ces données confirment de nouveau l’importante de déployer l’accès à la Prep chez les publics les plus exposés au VIH et en particulier les femmes et les HSH nés-es à l’étranger.

Autre donnée notable : une légère baisse des diagnostics précoces de VIH est observée en 2019-2020 (21 % versus 24 % en 2017-2018). Cette baisse concerne en majorité les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes. Les diagnostics en stade avancé restent élevés, mais stables (26 % versus 25 % en 2017-2018).

Par ailleurs, en 2019-2020, 51 % des découvertes de séropositivité concernent des personnes déclarant n’avoir jamais été testées auparavant. Ce taux en légère hausse comparé à 2017-2018 (48 %) pourrait correspondre à un rattrapage de diagnostics des personnes infectées antérieurement à 2019, mais jusque-là éloignées du dépistage indique SPF.

IST : qui cherche trouve ?

Le dépistage des IST a clairement augmenté en 2019 par rapport à 2017 d’après les estimations de SPF : +58 % pour l’infection à gonocoque, +22 % pour la syphilis, et +20 % pour l’infection à chlamydia. La généralisation du dépistage multi sites (prélèvements : urine, gorge, vagin et rectum) notamment dans le cadre du suivi Prep peut expliquer cette augmentation. En parallèle, le nombre de diagnostics a également évolué en 2019 par rapport à 2017 : +21 % de gonocoque (en majorité chez les HSH, 29 %) et +29 % de Chlamydia. Seule la syphilis voit son taux de diagnostics baisser de 7 % en 2019 par rapport à 2017 et cette IST touche majoritairement les HSH (79 %).

Quelle conclusion tirer de ces chiffres ? Qui cherche trouve serait l’explication la plus logique. De nombreuses IST sont asymptomatiques (notamment celles localisées dans la gorge et le rectum). En dépistant plus et de façon plus ciblée (les HSH sous Prep par exemple), il parait logique de diagnostiquer plus d’IST.

Quid de la Prep ?

Les chiffres de Prep au 30 juin 2020 (enquête Epi-Phare) devraient être annoncés début décembre. Ils permettront de mieux interpréter ces données. Pour rappel, en novembre 2019, 20 478 Prep avaient été initiées en France (dont 9 591 initiations entre mi-2018 et mi-2019, ce qui représente 47 % de l’ensemble total des personnes ayant eu au moins une prescription de Prep depuis janvier 2016). Nous le savons, cette dynamique de déploiement de la Prep a été fortement perturbée par la crise sanitaire. Pendant le premier confinement au printemps 2020, les délivrances de Prep ont chuté de 36 % par rapport à ce qui était attendu (estimation sur la base des chiffres de la même période en 2018 et 2019), passant de quelque 5 500 délivrances (par période de deux semaines) avant le confinement à environ 3 000, fin mars. Cette baisse était toujours visible entre la fin du confinement le 11 mai et le 13 septembre, avec -19 % de délivrances de Prep par rapport à l'attendu. Sur l'ensemble de la période, il y a donc eu un déficit de 27 435 délivrances de Prep (2).

L’impact de la Covid-19

Il est trop tôt pour savoir quel sera le réel impact de la Covid-19 sur l’épidémie de VIH, mais SPF annonce en conclusion de son bulletin que sur la période de mars à mai 2020, une forte diminution du dépistage a été observée que ce soit pour le VIH et les IST. Ces baisses n’ont pas été suivies d’un rattrapage dans les mois qui ont suivi. « Il est essentiel de continuer à inciter la population à recourir au système de soin et notamment au dépistage », indique l’Agence en conclusion.

Il est également essentiel que les acteurs-ices de la lutte contre le VIH puissent bénéficier rapidement de données épidémiologiques consolidées afin d’affiner leur stratégie de prévention. En octobre dernier, lors du congrès de la SFLS, Florence Lot de SPF expliquait toute la difficulté d’obtenir des chiffres fiables de l’épidémie de VIH en France et ce principalement du fait de la sous déclaration des découvertes VIH par les cliniciens-nes et les laboratoires : « Les laboratoires ont été très impactés par le dépistage de la Covid d'où une difficulté à participer à l'étude LaboVIH. Nous avons entamé des démarches pour mettre en place une interopérabilité entre les logiciels hospitaliers et les logiciels de déclaration obligatoire mais ce genre de procédure prend du temps », déclarait alors la responsable de Santé publique France.

Espérons qu’un système de surveillance épidémiologique moins complexe et plus rapide puisse prochainement voir le jour afin de pallier ce manque de données.

 

(1) : Offre de dépistage du VIH sans rendez-vous, sans frais et sans ordonnance lancée en phase test le 1er juillet 2019 dans tous les laboratoires de Paris et des Alpes Maritimes et ce jusqu’au 31 décembre 2020.
(2) : Données de remboursement du Système national des données de santé (SNDS) et présentées lors du e-congrès de la SFLS par Rosemary Dray-Spira.