VIH et inégalités : des millions de morts !

Publié par jfl-seronet le 01.12.2021
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Mondepandémie VIH

Pas vraiment un coup de gueule, plutôt un avertissement fort avec l’espoir que celui-ci soit enfin entendu. C’est ce qu’on comprend à la lecture du communiqué de presse publié par l’Onusida la veille de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre. Sur quoi porte cet avertissement ? Explications.

Une menace dans l’avenir

Pour qui n’aurait pas le courage, ni l’envie de lire le dernier rapport en date de l’Onusida, on peut le résumer d’une phrase : L’agence onusienne de lutte contre le sida avertit « que des millions de personnes mourront à cause du sida » et que la « pandémie continuera de faire des ravages si la classe dirigeante ne s’attaque pas aux inégalités ». L’institution avance même un chiffre : 7,7 millions de décès qui seraient dus au sida au cours des dix prochaines années (1). À la faveur de ce chiffre, l’’organisation avertit qu’en cas d’absence de « mesures transformatives » nécessaires pour mettre fin au sida, l’humanité restera également engluée dans la crise de la Covid-19 et « aura de très mauvaises cartes en main pour faire face aux futures pandémies ».

Un appel urgent à l’action

Dans une intervention publique, Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida, a bien précisé qu’il s’agissait d’un « appel à l’action de toute urgence ». « Les avancées contre la pandémie de sida, qui accusaient déjà un retard, sont confrontées aujourd’hui à des difficultés encore plus grandes alors que la crise de la Covid-19 continue de faire des ravages, perturbant, entre autres, les services de prévention et de traitement du VIH, la scolarisation et les programmes de prévention de la violence », explique Winnie Byanyima. « Nous ne pouvons en aucun cas être placés devant le choix entre mettre fin à la pandémie de sida d’aujourd’hui et se préparer aux pandémies de demain. Il n’y a pas d’autre choix que d’atteindre ces deux objectifs. À l’heure actuelle, nous sommes bien partis pour les rater tous les deux », a-t-elle développé. Cette mise en garde est une nouvelle interpellation publique qui s’adresse à la société civile, mais surtout aux décideurs-ses politiques. Elle s’appuie sur les conclusions du dernier rapport de l’Onusida.

VIH versus Covid-19

En 2020, on a enregistré 1,5 million de nouvelles infections au VIH, au niveau mondial. On note aussi une augmentation dans certains pays. De l’avis des experts-es onusiens-nes, les nouvelles contaminations ne reculent pas assez vite dans le monde pour mettre fin à la pandémie. Cette hausse est due à différents facteurs, mais la dynamique de l’épidémie s’appuie beaucoup sur la permanence des inégalités. Par exemple, on sait que six nouvelles infections au VIH sur sept chez les adolescents en Afrique subsaharienne touchent une adolescente. Dans le monde, les gays et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, les travailleurs-ses du sexe et les personnes usagères de drogues ont 25 à 35 fois plus de risques de contracter le VIH. Ces données sont connues et restent constantes. À cela, s’ajoute depuis deux ans la crise sanitaire de la Covid-19. Elle « sape la riposte au sida dans de nombreuses régions. Le dépistage du VIH a ralenti de manière quasi homogène et, en 2020, moins de personnes séropositives ont commencé un traitement dans 40 pays sur 50 livrant un rapport à l’Onusida », rappelle le rapport. L’offre de prévention du VIH est, elle aussi, touchée. L’année dernière, les services de réduction des risques pour les personnes consommatrices de drogues ont connu des perturbations dans 65 % des 130 pays interrogés.

Y croire encore !

« Il est toujours possible de mettre fin à l’épidémie d’ici 2030 », a expliqué le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, dans son message pour la Journée mondiale de lutte contre le sida. Évidemment, il doit se montrer confiant puisque son rôle est de mobiliser les États pour que, collectivement, nous n’allions pas dans le mur. Mais la partie est loin d’être gagnée. « Cela nécessitera d’intensifier les efforts et la solidarité. Pour vaincre le sida et renforcer la résilience face aux futures pandémies, nous avons besoin d’une action collective », a d’ailleurs souligné le patron des Nations unies. Le rapport 2021 examine cinq éléments essentiels du plan adopté par les États membres en réponse au VIH/sida. » Ces aspects fondamentaux doivent être mis en œuvre de toute urgence pour mettre fin à la pandémie de sida, mais ils manquent de financement et de priorisation pour la prévention, la préparation et la riposte à la pandémie », souligne le communiqué de l’Onusida. Ces éléments sont l’existence « d’infrastructures dirigées par les communautés et situées au sein des communautés » ; « un accès équitable aux médicaments, vaccins et technologies de santé » ; « un soutien envers le personnel en première ligne de la pandémie » ; le fait de mettre en place des « ripostes à la pandémie reposant sur les droits humains » ; de créer des « systèmes de données centrés sur les personnes et qui révèlent les inégalités ».

Cela fait une sacrée feuille de route, qui ne semble pas réalisable avec les efforts financiers actuels. Une des clefs de la réussite en 2030 est d’associer des « investissements renforcés » et des « changements de lois et de politiques pour mettre fin aux inégalités » qui favorisent le VIH/sida et d’autres pandémies.

Les limites de l’interpellation publique

« Si nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour lutter contre les inégalités qui favorisent le VIH aujourd’hui, non seulement nous ne parviendrons pas à mettre fin à la pandémie de sida, mais le manque de préparation de l’humanité sera dangereux face aux futures pandémies », a expliqué Helen Clark, co-présidente du Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie, dans un avant-propos spécial du rapport de l’Onusida. Pour elle : « Les pandémies s’enracinent dans les fractures des sociétés pour s’épanouir. Le personnel scientifique, médical, infirmier et communautaire qui réalise un travail formidable pour mettre fin aux pandémies ne peut réussir que si les leaders mondiaux prennent les mesures qui leur permettront d’y parvenir. » Mais comment ?

On voit bien les limites de l’interpellation publique, même si elles avancent des chiffres édifiants ou évoque des perspectives dramatiques. « Des millions de personnes mourront et le monde sera englué pendant des décennies dans des pandémies concomitantes si les efforts sont maintenus au rythme actuel », explique en long, en large et en travers l’Onusida et nombre d’experts-es, mais qui s’en soucie vraiment ?

(1) : L’estimation de 7,7 millions de décès liés au sida entre 2021 et 2030 correspond aux prévisions des modèles de l’Onusida si la couverture des services anti-VIH reste au niveau de 2019. Si la Stratégie mondiale contre le sida 2021–2026 : Mettre fin aux inégalités, mettre fin au sida et les objectifs pour 2025 sont atteints, l’Onusida estime qu’au moins 4,6 millions de ces décès peuvent être évités au cours de la décennie.

 

D’énormes progrès… mais encore insuffisants
Cette année marque les 40 ans de l’épidémie de VIH/sida. D’énormes progrès, en particulier dans l’accès au traitement, ont été accomplis. En juin 2021, 28,2 millions de personnes avaient accès au traitement anti-VIH, contre 7,8 millions en 2010. Comme le constate le rapport de l’Onusida : « Les pays dotés de lois et de politiques reposant sur des données probantes, et jouissant d’une implication et d’un engagement forts des communautés, mais aussi de systèmes de santé solides et inclusifs ont obtenu les meilleurs résultats, tandis que les régions présentant les déficits de ressources les plus importants et les pays disposant de lois punitives qui n’ont pas adopté une approche à la santé fondée sur les droits sont les plus touchés ».