VIH, hépatites, IST : le CNS s’inquiète

Publié par jfl-seronet le 16.06.2020
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Thérapeutiqueaccès aux soins

Le 9 juin, le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) a publié un communiqué dans lequel il pointe l’urgence qu’il y a à relancer la prévention et le dépistage dans le champ de la lutte contre le VIH, les hépatites virales et les IST, à la suite de la période de confinement liée à la Covid-19 et de ses conséquences en matière d’accès à la prévention, à la prise en charge et aux soins, notamment vis-à-vis du VIH et des hépatites virales.

La réponse mise en place face à l’épidémie de Covid-19 a nécessité un « redéploiement et une concentration des moyens qui ont profondément bouleversé l’organisation du système de soins et l’activité des acteurs de santé », constate, d’emblée, le CNS. Une de ses manifestations a été l’instauration d’un état d’urgence sanitaire (qui aura duré plusieurs mois) « permettant de déroger temporairement à certains droits fondamentaux », comme la liberté de circulation. « Cette situation d’exception a eu d’importantes conséquences sur la prise en charge des autres besoins de santé de la population, tant par son impact sur l’offre de soins que sur les conditions d’accès des personnes aux services ». Si on remonte au début de cette crise, il a été clairement demandé, dans un premier temps, aux personnes, y compris celles en ALD, de différer des consultations, des soins, des examens. Des services ont annulé des rendez-vous prévus de longue date. Puis, au vu de la chute des rendez-vous médicaux, consigne a été donnée aux patients-es de revenir consulter. De son côté, la Haute autorité de santé (HAS), avec les sociétés savantes dans certaines pathologies et des associations de la société civile (TRT-5, CHV, SOS Hépatites et maladies du foie, etc.), a publié des recommandations (dites réponses rapides) de prise en charge des personnes vivant avec le VIH et de prise en charge des personnes vivant avec des hépatites virales chroniques. Ces recommandations enjoignaient notamment à maintenir la prise en charge, notamment via des téléconsultations, etc.

Reste que dans « le domaine de la lutte contre le VIH, les hépatites virales et les IST, les offres de prévention et de dépistage ont été considérablement réduites pendant la période de confinement, alors que les difficultés d’accès des usagers se sont multipliées, en particulier pour les publics fortement exposés les plus marginalisés », constate le CNS. D’ailleurs, « certains signaux suggèrent que des prises de risques importantes se sont poursuivies pour une partie des personnes, mais les effets du confinement sur les comportements et pratiques à risque de transmission demeurent globalement inconnus et devront être étudiés ». Autre sujet d’interrogation pour le CNS : « L’incidence du quasi-arrêt de l’activité de prévention et de dépistage sur la prise en charge des nouvelles infections et sur le contrôle de l’épidémie ». Tout cela devra « être mesuré », avance le Conseil.

Depuis le 11 mai, le « déconfinement ouvre désormais une période porteuse à la fois de risques graves de contamination et d’opportunités de rattrapage en matière de prévention et de dépistage ». Dans son communiqué, le CNS souligne « par conséquent l’urgence d’assurer la pleine reprise des activités de dépistage et de prévention, incluant la Prep et « appelle à ce que les conditions de leur mise en œuvre soient réunies le plus vite possible, aussi bien dans les structures publiques de santé que dans le cadre associatif ». Parallèlement, le CNS demande que soit mise en place une « communication publique sur la permanence des risques liés aux épidémies de VIH, d’hépatites virales et d’IST, et sur l’importance du dépistage de ces infections et des gestes de prévention ».

De façon plus générale, l’institution explique que la « sortie de la phase aiguë de l’épidémie de Covid-19 et des mesures d’exception qu’elle a entrainées doit être l’occasion d’engager le débat public sur la façon dont notre société entend faire face aux risques posés par les épidémies de maladies transmissibles ». Elle rappelle d’ailleurs que « l’expérience de la lutte contre le VIH/sida peut y contribuer ». Cette expérience a montré que « la réponse à une épidémie majeure doit reposer sur un ensemble de principes essentiels : respect des droits des personnes, équité d’accès à la santé, notamment pour les plus fragiles et démocratie sanitaire ». « L’association étroite de la société civile à l’élaboration des décisions qui les concernent, en particulier les personnes les plus exposées au risque épidémique, doit favoriser la compréhension, l’acceptation et l’appropriation des mesures individuelles et collectives de prévention indispensables en temps d’épidémie », conclut le CNS, qui dessine ainsi, en creux, une critique de la gestion de la crise telle qu’elle a été conduite depuis mars dernier.