VIH, hépatites : l’Onusida défend une autre politique des drogues

Publié par jfl-seronet le 06.05.2016
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Politiquedrogues

En marge de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies (Ungass) sur le problème mondial de la drogue, qui s’est tenue à New York, du 19 au 21 avril dernier, l’Onusida a publié un nouveau rapport intitulé : "Do no harm : health, human rights and people who use drugs" ("Risque zéro : santé, droits humains et consommateurs de drogues"). L’Onusida y exhorte les pays à adopter une approche axée sur les personnes, les droits et la santé afin de faire reculer l’épidémie du VIH chez les consommateurs de drogues injectables.


Pourquoi les contaminations par le VIH ne baissent-elles pas chez les personnes consommatrices de drogues ? Cette question, l’Onusida se l’est, une nouvelle fois, posé et a trouvé la réponse. Selon un nouveau rapport, une couverture insuffisante des programmes de réduction des risques conjuguée à des politiques qui criminalisent et marginalisent les consommateurs de drogues injectables, empêchent la réduction des nouvelles infections à VIH. Selon ce travail, l’incapacité de nombreux pays à adopter des approches axées sur la santé et sur les droits s’est traduite par une absence de réduction du nombre total de nouveaux cas d’infections à VIH chez les consommateurs de drogues injectables entre 2010 et 2014. Pour l’institution onusienne, la communauté internationale n’a "visiblement pas réussi à atteindre l’objectif fixé en 2011 par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui tablait sur une réduction de 50 % de la transmission du VIH chez les consommateurs de drogues injectables avant 2015".

"De toute évidence, le maintien du statu quo ne nous mène nulle part" a expliqué Michel Sidibé, directeur exécutif d’Onusida, cité dans un communiqué officiel de l’agence onusienne. "Le monde doit tirer les leçons des quinze années qui se sont écoulées et suivre l’exemple des pays qui ont fait reculer l’épidémie de VIH chez les consommateurs de drogues injectables par le biais de l’adoption d’approches de réduction des risques, qui mettent l’accent sur la santé et les droits humains des personnes".

Des recommandations politiques et opérationnelles

Depuis des années, l’Onusida fait des recommandations politiques (cinq) et des recommandations opérationnelles (une dizaine) que les pays doivent appliquer en vue d’inverser leur courbe de progression de l’épidémie de VIH parmi les consommateurs de drogues injectables. Ces recommandations comprennent, entre autres, la pleine mise en œuvre de programmes de réduction des risques et la décriminalisation de la consommation et de la possession de drogues pour un usage personnel. "Les données indiquent que les pays qui mettent en œuvre des approches axées sur la santé et sur les droits ont enregistré une réduction des nouveaux cas d’infection à VIH parmi les consommateurs de drogues injectables", rappelle l’Onusida. "Dans d’autres pays, des stratégies reposant sur la criminalisation et sur une application rigoureuse de la loi ont créé des entraves à la réduction des risques, tout en n’ayant qu’un impact limité, voire nul, sur le nombre de consommateurs de drogues injectables". Est notamment dans le collimateur de l’Onusida, l’incarcération des personnes pour consommation et possession de stupéfiants destinés à un usage personnel. Cela augmente la vulnérabilité de ces personnes vis-à-vis du VIH et d’autres maladies infectieuses, telles que l’hépatite B, l’hépatite C et la tuberculose, au cours de leur internement ou détention.

Des exemples de réussite dans le monde entier

La stratégie Onusida 2016-2021, qui vise l’éradication dans le monde de l’épidémie du sida en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030 prend évidemment en compte cette approche axée sur les personnes, les droits, la santé. Cette dernière associe "l’extension d’une combinaison de prévention du VIH et de services de réduction des risques, de sorte à toucher 90 % des consommateurs de drogues injectables d’ici 2020. "Atteindre cet objectif passe par un accroissement des investissements annuels consacrés aux actions de proximité, à la distribution d’aiguilles et seringues et au traitement substitutif aux opiacés dans les pays à revenu faible et intermédiaire, à hauteur de 1,5 milliard de dollars d’ici 2020, qui ne représente qu’une fraction des 100 milliards de dollars estimés déjà dépensés chaque année pour réduire l’offre et la demande de stupéfiants", note l’Onusida. Dans son rapport 2016, l’agence onusienne fournit des exemples de pays qui arrivent à améliorer la situation des consommateurs de drogues injectables par le biais de l’adoption d’une approche axée sur la santé.

Le rapport cite ainsi un programme de méthadone volontaire et gratuit lancé en Chineau début des années 2000 qui compte aujourd’hui plus de 180 000 bénéficiaires. Les consommateurs de drogues injectables représentaient moins de 8 % des personnes nouvellement diagnostiquées comme porteuses du VIH dans le pays en 2013, au lieu de 43,9 % en 2003, note l’Onusida. En Iran, des cliniques médicales dans les prisons fournissent des services intégrés pour le traitement et la prévention des infections sexuellement transmises, pour la consommation de drogues injectables et le VIH, les dits services comprenant la distribution de préservatifs, d’équipement stérile d’injection et la mise à disposition de traitement substitutif aux opiacés. Fin 2014, 81,5 % des consommateurs de drogues injectables interrogés indiquaient avoir utilisé un équipement stérile d’injection lors de la dernière injection réalisée. Les nouveaux cas rapportés de VIH parmi les consommateurs de drogues injectables en République islamique d’Iran sont passés du pic de 1 897 cas enregistrés en 2005 à 684 cas en 2013, note l’Onusida. Autre exemple, un programme d’actions de proximité par les pairs a été lancé en 2011 dans cinq villes du Kenya, avec pour but celui d’inciter à l’utilisation d’équipement stérile lors de l’injection. Suite au lancement de ce programme pilote, 51,6 % des consommateurs de drogues injectables indiquaient avoir utilisé une seringue stérile lors de la dernière injection. Cette proportion est passée à 90 % en 2015. Enfin l’Onusida met en avant la Moldavie. Dans ce pays, le système carcéral a mis en place un programme exhaustif de réduction des risques. Initié en 1999, celui-ci repose sur la distribution de seringues et de préservatifs, ainsi que sur un traitement substitutif aux opiacés. La couverture par traitement antirétroviral auprès de la population carcérale porteuse du VIH a progressé de 2 % en 2005 à 62 % en 2013.

Avantages humains, sanitaires, sociaux… et financiers

Dans son rapport, l’Onusida met en avant l’aspect humain et celui de santé publique, mais note aussi que les "programmes axés sur les personnes sont également rentables et permettent d’obtenir de plus amples avantages sociaux, tels que des indices moindres de criminalité liée à la drogue et une pression réduite sur les systèmes de soins de santé". Autrement dit, ces mesures sont coût/efficace. Par exemple, le traitement substitutif aux opiacés s’est avéré rentable dans sa capacité à réduire les infections à VIH ; son rapport coût-efficacité augmente sensiblement lorsque sont pris en compte les avantages plus vastes pour la santé, économiques, psychologiques et sociaux dérivés de celui-ci. 
L’approche d’accélération de la riposte de l’Onusida englobe une série d’objectifs à atteindre d’ici 2020 qui comprennent la réduction des nouveaux cas d’infection en-deçà de la barre des 500 000. Cette stratégie appelle également les pays à garantir que 90 % des plus de douze millions de consommateurs de drogues injectables de par le monde ait accès à une combinaison de services de prévention du VIH, comprenant des programmes d’échange d’aiguilles et seringues, de traitement substitutif aux opiacés, de distribution de préservatifs, et d’accès à des services de conseil, de dépistage, de soins et de traitement pour la tuberculose et pour le VIH et les hépatite B et C.