VIH, homosexualité : la tolérance à l’étude en Afrique

Publié par jfl-seronet le 20.03.2016
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Chiffrestolérancehomosexualité

L’Afrobaromètre est un réseau de recherches panafricain et indépendant qui conduit des enquêtes sur les attitudes du public par rapport à la démocratie, la gouvernance, les conditions économiques et des questions connexes à travers l’Afrique. Cinq cycles d’enquêtes se sont déjà déroulés entre 1999 et 2013. La dernière étude réalisée entre 2014 et 2015 a porté sur la tolérance par rapport aux autres personnes appartenant à des communautés ethniques, religieuses… différentes des siennes. Résultats ?

Les Africains démontrent un sens élevé de la tolérance envers beaucoup de personnes, mais pas tous et pas pour tous. C’est ce qu’indiquent les résultats de la dernière enquête publiés par Boniface Dulani, Gift Sambo et Kim Yi Dionne dans la "Dépêche n°74" de l’Afrobaromètre. Ces résultats portent sur des données récupérées dans trente-trois pays en 2014/2015. Alors que l'Afrique est souvent décrite comme le continent des divisions ethniques et religieuses et de l'intolérance, les résultats démontrent un niveau élevé d'acceptation des autres groupes ethniques, des autres religions, des immigrés et des personnes vivant avec le VIH/sida expliquent les auteurs. Les auteurs avancent également que la "proximité et le contact fréquent avec différents types de personnes semblent consolider la tolérance". C’est ce que suggèrent les "niveaux plus élevés de tolérance dans les pays avec des populations diversifiées et une forte corrélation entre l'acceptation des personnes vivant avec le VIH et la prévalence nationale du VIH". Il y a bien sûr une exception à cette tolérance : l'attitude fortement négative de nombreux pays d’Afrique envers les homosexuels. Mais là encore, il y a des exceptions dans l’exception. En effet, selon les données, au moins la moitié des citoyens de quatre pays africains affirment souhaiter ou ne pas trouver d'inconvénient à avoir des voisins homosexuels.

Tolérance envers les personnes vivant avec le VIH

"La notion selon laquelle la proximité et une interaction régulière entre groupes différents peuvent aider à éradiquer les attitudes d'intolérance se reflète à travers les niveaux de tolérance envers les personnes vivant avec le VIH" expliquent les auteurs. Dans vingt-six pays des trente-trois enquêtés, une majorité de citoyens affirment être favorables ou indifférents au fait d'avoir des personnes vivant avec le VIH parmi leurs voisins. Reste qu’une proportion substantielle de la population (31 % en moyenne) s'opposerait à avoir des voisins séropositifs au VIH, une indication que la stigmatisation relative au VIH est encore très forte. Par ailleurs, presque huit sur dix répondants au Niger (79 %) et à Madagascar (77 %) démontrent de l'intolérance envers les personnes vivant avec le VIH, ce qui est également l'avis de la majorité en Sierra Leone (73 %), en Guinée (69 %), au Maroc (57 %), et au Mali (53 %). La tolérance vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH montre une association forte avec la prévalence du VIH au niveau national. Autrement dit, les citoyens des pays où la prévalence du VIH est forte ont tendance à "démontrer des niveaux de tolérance élevés envers les personnes séropositives".

Tolérance envers les homosexuels

Il existe des différences importantes d'un pays à l'autre. Dans quatre pays africains, une majorité de citoyens acceptent les voisins homosexuels : le Cap-Vert (74 % qui aimeraient fortement/quelque peu ou pour qui ça n'aurait pas d'importance), l'Afrique du Sud (67 %), la Mozambique (56 %), et la Namibie (55 %). Dans trois autres pays, plus de 40 % des citoyens affirment ne pas être contre le fait d'avoir des voisins homosexuels : l'île Maurice (49 %), São Tomé et Principe (46 %), et le Botswana (43%). Ces résultats ne justifient donc pas la présentation de l'Afrique comme universellement homophobe, avancent les auteurs de l’étude. Néanmoins, notent-ils, l'intolérance envers les homosexuels demeure répandue, atteignant presque l'unanimité au Sénégal (97 %) aussi bien qu'en Guinée, en Ouganda, au Burkina Faso et au Niger (tous à 95 %). Les données montrent une relation importante entre la tolérance envers les homosexuels et l'âge et le niveau d'instruction des répondants. Les Africains les plus jeunes et les plus instruits tendent à être plus tolérants envers les homosexuels que les Africains plus âgés et les citoyens moins instruits. Ces résultats suggèrent donc que quand bien même les attitudes actuelles sont largement négatives, il est possible que l'Afrique devienne progressivement moins homophobe avec le temps.

Dans leur conclusion, les auteurs de l’étude expliquent que les Africains démontrent des niveaux élevés de tolérance pour les personnes d'autres ethnies, religions et nationalités. Une grande majorité se montre également tolérante envers les personnes vivant avec le VIH/sida, bien que la stigmatisation liée au VIH demeure une réalité dans la plupart des pays. Les Africains sont beaucoup moins tolérants envers les homosexuels, quoique, même sur cette question, des variations d'un pays à l'autre ne permettent pas d'affirmer d'emblée que le continent est uniformément intolérant. Pour eux, la "tolérance en Afrique n'est pas une constante" et elle peut être "consolidée". "En plus des probables effets du contact avec les personnes d'univers différents, l'instruction et l'accès aux média d'actualités sont des facteurs contribuant à une société tolérante, car les individus les plus instruits et ceux qui sont le plus exposés aux médias ont tendance à avoir des attitudes plus tolérantes. Le fait que les plus jeunes citoyens soient plus tolérants que leurs aînés présage également d'un futur de plus en plus tolérant en Afrique" concluent-ils.

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