VIH : jeunes, information et prévention

Publié par jfl-seronet le 27.03.2023
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Initiativesidaction 2023

Cette année encore, à l’occasion du Sidaction, l’association éponyme, a fait réaliser, en partenariat avec l’Ifop, un sondage pour avoir un « état des lieux des perceptions » du VIH auprès des jeunes âgés-es de 15 à 24 ans. L’enquête questionne aussi leurs pratiques sexuelles (exposant à un risque pour une partie d’entre des personnes concernées) ainsi que leur accès à l’information dans les structures éducatives. Chiffres et analyses.

Jeunes : de mieux en mieux informés-es

Ouf, on craignait le pire avec les résultats de ce nouveau sondage sur les jeunes et le VIH. Ouf, car les « jeunesses françaises s’estiment de mieux en mieux averties sur le VIH, 77 % des personnes âgées de 15 à 24 ans se déclarent, en effet, bien informées sur le VIH (…), ses modes de transmission, ses traitements et sa prévention, soit une hausse significative par rapport à 2022 (69 % de personnes bien informées, +8 points) et 2021 (67 %, +10 points) », explique l’Ifop. Le constat est celui d’un « retour à un niveau d’information équivalent à celui pré-Covid » : 77 % en 2019, chiffre égal aujourd’hui. Dans le détail, des différences émergent en fonction du critère de sexe, les hommes (82 %) s’estimant mieux informés sur le VIH que les femmes (73 %). L’étude met également en exergue des écarts générationnels : 89 % des 15-17 ans se disent bien renseignés-es sur le VIH, alors qu’ils-elles sont 70 % parmi les 18-20 ans et 73 % chez les 21-24 ans. Cet écart en fonction de l’âge est d’ailleurs corrélé avec la situation « scolaire » des personnes interrogées : 80 % des collégiens-nes/lycéens-nes/étudiants-es se déclarent bien informés-es (versus 58 % pour les personnes au chômage, et 74 % pour les actifs-ves).

Mieux informés-es sur tous les sujets

L’enquête montre que le sentiment d’information sur le VIH et le sida augmente sur tous les sujets, correspondant à une hausse de trois à seize points en fonction des éléments testés. Ainsi, 67 % des Français-es âgés-es de 15 à 24 ans se déclarent bien informés-es sur l’existence du préservatif interne (dit aussi préservatif féminin), contre 61 % en février 2022, +6 points. Par ailleurs, 65 % des personnes s’estiment bien informées sur les lieux où aller se faire dépister du VIH (contre 49 % en 2022, soit une hausse considérable de seize points). Enfin, 60% s’estiment bien informés-es sur le fait qu’une personne vivant avec le VIH et suivant correctement son traitement ne peut pas transmettre le virus du sida (+10 points par rapport à 2022). Notons que même parmi les thématiques moins connues auprès des jeunes, des évolutions significatives émergent, notamment sur la connaissance des traitements pour les personnes séropositives (42 % se considèrent bien informées aujourd’hui contre 39 % en février 2022) et sur l’existence d’un autotest de dépistage du VIH (49 % aujourd’hui contre 37% en 2022). « Il semblerait d’ailleurs que cette meilleure connaissance des autotests aille de pair avec une augmentation des pratiques de dépistage déclarées, note l’Ifop puisque « 28 % des jeunes ayant eu un rapport sexuel au cours des douze derniers mois déclarent avoir effectué un test de dépistage du VIH durant l’année, correspondant à une hausse de huit points par rapport à février 2022 ».

Tout n’est pas si simple…

Évidemment, le constat de nets progrès n’annonce pas une embellie généralisée. D’ailleurs, explique l’Ifop « au-delà de cette hausse déclarée du sentiment d’information sur le VIH, le bilan apparait mitigé, voire inquiétant concernant les pratiques sexuelles des jeunes et leurs perceptions du virus ». Alors que le niveau d’information sur le VIH semble augmenter auprès des jeunes âgés-es de 15 à 24 ans, le bilan interroge, voire inquiète au regard de leurs pratiques sexuelles et de leur façon d’appréhender le virus.

D’une part, les jeunes se sentent moins exposés-es par le virus : 37 % des sondés-es âgés-es de 15 à 24 ans considèrent qu’ils-elles ont moins de risques que les autres d’être infectés par le VIH, soit une hausse préoccupante de 8 points par rapport à février 2022. Dans le détail, les jeunes hommes se trouvent surreprésentés parmi ceux qui considèrent avoir moins de risques d’être contaminés par le sida (45 %, +8 points par rapport à la moyenne), au même titre que les 15-17 ans (43 %) et des peu ou pas diplômés (42 %). Par ailleurs, si une courte majorité de jeunes (51 %) considère que l’épidémie est aujourd’hui contenue, 18 % d’entre eux-elles estiment que la prise d’un comprimé de paracétamol (Doliprane, Efferalgan, etc.) est efficace pour empêcher la transmission du VIH/sida (une augmentation significative de cinq points en un an), chiffre révélateur d’une inquiétante « insouciance », voire de mésinformation vis-à-vis du virus. L’étude souligne des pratiques exposant à des risques parmi les jeunes de 15-24 ans. Seulement 29 % d’entre eux-elles utilisent systématiquement un préservatif lors de rapports sexuels, contre 34 % en février 2022, le recul est d’autant plus net en comparaison avec 2020, où 48 % déclaraient utiliser systématiquement un préservatif lors des rapports sexuels. Les collégiens-nes/lycéens-nes/étudiants-es (seulement 10 % d’utilisation systématique du préservatif) apparaissent avoir des « pratiques plus risquées » que les actifs-ves (47 % d’utilisation systématique). La même tendance est constatée en s’intéressant, cette fois, au type d’établissement fréquenté : seulement 22 % des jeunes du public utilisent systématiquement un préservatif, contre 46 % dans les établissements privés. Enfin, le niveau d’éducation apparait également comme une variable « lourde » : les plus diplômés-es (49 %) utilisant en effet davantage systématiquement un préservatif que les non ou très peu diplômés-es (31 %).

Pour une meilleure sensibilisation des jeunes, une intensification de la prévention dans les structures éducatives constitue un levier d’action central. Alors même qu’une certaine frange de la jeunesse adopte des pratiques exposant à des risques en matière de sexualité, une baisse continue depuis 2009 du suivi d’un enseignement relatif au VIH dans les structures éducatives est constatée : 75 % des jeunes âgés-es de 15 à 24 ans déclarent avoir bénéficié d’un cours sur le VIH au cours de leur scolarité cette année, contre 87 % en 2009, 85 % en 2018 et 76 % en 2022. Notons d’ailleurs que les femmes (80 %) déclarent davantage avoir bénéficié de cet enseignement que les hommes (69 %).

L’étude de l’Ifop s’est intéressée plus précisément au contenu des cours d’éducation « à la vie affective et sexuelle ». Les résultats font le constat d’un gap entre les sujets abordés et ceux qui devraient être abordés : 64 % des jeunes âgés-es de 15 à 24 ans considèrent que les infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, devraient être évoqués (alors que seulement 44 % se rappellent avoir bénéficié de cet enseignement dans un cours), et 61 % pensent que le principe du consentement dans les relations sexuelles devrait être mis en avant ; un sujet abordé en cours pour seulement 24 % des personnes sondées concernées, soit un écart de plus de 30 points !

Corolaire de ce bilan mitigé concernant la prévention sur le VIH, et plus généralement sur la sexualité, 75 % des jeunes auraient voulu être mieux informés-es et accompagnés-es dans le début de leur vie affective et sexuelle — 81 % chez les femmes, 88 % parmi les diplômés-es du supérieur, 93 % chez les jeunes du privé — signe d’une demande forte d’information parmi les jeunesses françaises, et qu’une meilleure sensibilisation dans les structures scolaires constitue un potentiel levier d’action pour lutter contre le VIH.

« Les résultats de ce sondage nous inquiètent toujours autant. Même si nous notons une amélioration du sentiment d’information chez les jeunes et revenons à une situation pré-pandémique, certains chiffres restent alarmants. Nous devons intensifier les efforts de sensibilisation et de prévention auprès de cette tranche d’âge afin que les jeunes disposent des informations dont ils ont besoin pour une vie sexuelle et affective épanouie et sans risque », a réagi Florence Thune, directrice générale de Sidaction, citée par l’AFP.

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 063 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans à 24 ans. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage, niveau de diplôme) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 9 au 15 février 2023.