VIH : la Banque mondiale fait la leçon à l’Afrique

Publié par jfl-seronet le 03.04.2012
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gestion du coûtépidémiologieaccès aux soins
"Il est indispensable d’améliorer fortement la prévention du VIH/sida en Afrique pour pouvoir gérer le coût financier de l’épidémie sur le long terme". C’est le diagnostic posé par la Banque mondiale dans un récent rapport. L’organisme "exhorte les pays africains à réduire fortement le nombre des nouvelles infections au VIH/sida pour pouvoir maintenir les programmes de traitement destinés aux malades".
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"Si on ne parvient pas à réduire très fortement le nombre de nouvelles infections, les pays risquent, dans les années qui viennent, de ne pas être en mesure de maintenir les programmes de traitement destinés aux malades du VIH/sida", estime la Banque mondiale.
"Après plusieurs décennies d’expansion, l’épidémie, qui a tué 30 millions de personnes et en a contaminé plus de 60 millions d’autres, marque aujourd’hui le pas, avec une stabilisation des taux de prévalence dans le monde, et en Afrique en particulier. Globalement, plus de 6 millions de personnes bénéficient actuellement de traitements qui leur permettent de survivre au sida, tandis que les financements mondiaux pour la lutte contre l’épidémie sont passés de 260 millions de dollars en 1996 à 15,9 milliards de dollars en 2009", constate le rapport de la Banque mondiale. Mais, le rapport entend aussi alerter sur "les coûts des thérapies" qui "grimpent aujourd’hui en flèche et viennent grever encore davantage des finances publiques déjà mal en point, en particulier là où l’épidémie est la plus importante, à savoir en Afrique australe". Et la Banque Mondiale de citer le Botswana, l’Afrique du Sud, le Swaziland et l’Ouganda, des pays pour lesquels "l’instabilité grandissante de l’économie mondiale suscite de vives inquiétudes quant à la poursuite et au développement des programmes de traitement contre le sida".


L’organisme évoque ainsi l’exemple de l’Ouganda : le pays "a beau présenter des taux de prévalence du VIH inférieurs à ceux de l’Afrique australe, il est fortement tributaire (pour 85%) des apports extérieurs pour financer l’ensemble de ses programmes de lutte contre le VIH/sida, dont la viabilité est de ce fait mise en péril". "Le financement à long terme de la lutte contre le VIH/sida constitue une question complexe, notamment parce que le coût du traitement des nouvelles infections s’étend sur plusieurs décennies, explique Elizabeth Lule, co-auteur du nouveau rapport à la Banque mondiale. En investissant stratégiquement dans la prévention des nouvelles infections - tout en répondant aussi aux besoins actuels de traitements, de soins et de soutien - on peut aider les pays à se préparer à faire face à ce qui constituera autrement une charge budgétaire insoutenable".


Le rapport avertit aussi que les dépenses publiques actuelles de la lutte contre le VIH/sida "correspondent aux infections qui se sont déjà produites et qu’elles ne constituent pas nécessairement un bon indicateur pour les coûts à long terme (…) Mais il est possible de réduire les investissements de l’Etat dans la lutte contre l’épidémie en améliorant la planification budgétaire et en jugulant le nombre de nouvelles infections".


Prenons le cas du Botswana. Dans ce pays où environ un quart de la population des 15-49 ans est séropositive, le rapport prévoit que les coûts budgétaires de la lutte contre le VIH/sida culmineront à 3,5% du produit intérieur brut (PIB) vers 2016, avant de reculer lentement à 3,3% du PIB d’ici 2030 si le nombre de nouvelles infections diminue. Mais compte tenu du ralentissement progressif de l’apport des revenus miniers au PIB, la charge budgétaire représentée par le VIH/sida pourrait correspondre d’ici 2021 à plus de 12% des recettes publiques, ce qui constituerait un problème tout à fait majeur à ce niveau.


En Afrique du Sud, le VIH a des conséquences considérables sur les finances publiques et sur la capacité du gouvernement à atteindre ses autres grands objectifs de politique sociale et de santé publique. "En termes budgétaires, le VIH a des répercussions importantes sur les dépenses sociales de l’État sud-africain (…) En développant les programmes de prévention du VIH, l’Afrique du Sud est en mesure d’économiser 2 500 dollars pour chaque infection évitée, indique Ruth Kagia, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Botswana, l’Afrique du Sud et le Swaziland. Il est indispensable d’investir dans la collecte de données sur les moteurs de l’épidémie pour améliorer l’efficacité des efforts nationaux de lutte contre le VIH/SIDA et la situation sanitaire et sociale des populations".


"Les pays qui souffrent le plus du poids budgétaire que constitue le financement des programmes de lutte contre l’épidémie de VIH ne sont généralement pas ceux qui ont les taux de prévalence les plus élevés. Il s’agit des pays à faible revenu où le coût de chaque infection représente plusieurs fois le PIB par habitant et les ressources nationales sont plus limitées", précise Markus Haacker, co-auteur du rapport. Le rapport préconise que les gouvernements procèdent à une meilleure évaluation de la viabilité financière des programmes nationaux de lutte contre le VIH/SIDA sur le long terme, ainsi que de l’efficacité de l’allocation des ressources, afin d’être en mesure de gérer durablement le fardeau de l’épidémie.