VIH : l’allaitement plus aussi risqué

Publié par jfl-seronet le 15.02.2011
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En 2009, on dénombrait 370 000 nouvelles infections par contamination de la mère à l’enfant, portant à 2,5 millions le nombre d’enfants de moins de 15 ans vivant avec le VIH dans le monde. Un des modes de transmission est l’allaitement. Une étude démontre qu’allaiter n’est désormais plus aussi risqué.
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Comme l’indique un article récent (1er février) de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), dans de nombreux pays, les mères séropositives se retrouvent face à un douloureux dilemme. "Renoncer à allaiter, c’est effectivement réduire le risque de transmission de la mère à l’enfant à seulement 2 %. Mais c’est aussi priver son enfant des anticorps maternels ainsi que d’une ressource nutritionnelle unique et l’exposer aux diarrhées ou à la malnutrition dues à une alimentation au lait artificiel et au manque d’eau potable." Il n’est pas possible de compter sur du lait infantile, les ruptures d’approvisionnement sont trop nombreuses. Par ailleurs, une mère qui n’allaite pas est considérée comme une "mauvaise" mère. Le problème, c’est qu’allaiter, c’est faire prendre un risque à l’enfant. "Sans mesure de prévention, le risque pour les futures mères de transmettre le VIH à leur enfant in utero, à l’accouchement ou lors de l’allaitement est de 35 %", rappelle un article du site Science.gouv.fr (2 février). L’Organisation mondiale de la santé préconisait de prendre "un médicament appelé la zidovudine [AZT] au cours de la grossesse, suivie d’une dose unique lors du travail d’un autre antirétroviral, la névirapine [Viramune], [qui] leur permettait déjà de réduire la probabilité de contamination." On en était là jusqu’à ce qu’un consortium international de chercheurs, auquel est associé une équipe de l’IRD, propose une nouvelle approche qui a fait l’objet d’une étude scientifique (l’étude Kesho Bora) conduite dans plusieurs pays d’Afrique.

Comme l’explique l’IRD, l’équipe de recherche a mené de 2005 à 2008 un essai clinique auprès de plus de 800 femmes au Burkina Faso, au Kenya et en Afrique du Sud, afin de comparer l’efficacité de leur nouveau protocole (une combinaison de trois antirétroviraux : zidovudine (AZT, Rétrovir), lamivudine (Epivir) et lopinavir/ritonavir (Kaletra) entre la 28e et la 36e semaine de grossesse et jusqu’au sixième mois d’allaitement) à celle de la prophylaxie en vigueur. Grâce à cette "trithérapie préventive", 5,4 % des enfants à l’âge de 12 mois se sont avérés infectés, contre 9,5 % dans le groupe ayant suivi une prophylaxie classique. La nouvelle combinaison se révèle même encore plus efficace chez les femmes dont la charge virale est élevée. Allaiter n’est donc plus aussi risqué sous certaines conditions médicales. "Depuis début 2010, l’Organisation recommande donc de poursuivre la prophylaxie tout au long de la période d’allaitement, indique l’IRD. Deux nouvelles options s’offrent aux futures mamans : soit prendre de la zidovudine lors de la grossesse, puis donner à leur enfant de la névirapine tous les jours jusqu’au sevrage ; soit suivre la "trithérapie préventive" utilisée dans l’étude Kesho Bora pendant la grossesse, puis jusqu’à ce qu’elles arrêtent d’allaiter. En commençant la prophylaxie dès la 14e semaine de grossesse, ces nouvelles mesures pourront à terme réduire le risque de transmission du virus à moins de 5%, estime l’OMS."
Plus d’infos sur www.ird.fr