VIH : lancement d’un essai vaccinal

Publié par Fred-seronet le 01.03.2021
2 584 lectures
Notez l'article : 
5
 
0
Thérapeutiqueessai vaccinalVIH

Le 25 février dernier, le Vaccine Research Institute (VRI) (1), l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes, l’Inserm et l’Université Paris-Est-Créteil ont annoncé le lancement d’une campagne de recrutement de volontaires pour un essai vaccinal de phase I contre le VIH (ANRS VRI06).

Une nouvelle technologie

La mise au point d’un vaccin efficace se heurte à plusieurs obstacles scientifiques qui n’ont pas pu être surmontés par les vaccins dits « classiques », testés jusqu’à présent. La stratégie développée par le VRI (Vaccine Research Institute) a pour ambition de répondre à ces difficultés en faisant appel à une technologie innovante qui a montré des résultats prometteurs, après plusieurs années de recherche, ont expliqué le professeur Yves Lévy, directeur du VRI et investigateur principal de l’essai et le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil et co-investigateur de l’essai.

Ce candidat vaccin sera constitué de trois composants :

- un vaccin appelé « CD40.HIVRI.Env » qui repose sur l’injection d’anticorps monoclonaux (2) qui ciblent spécifiquement des cellules clés de la réponse immunitaire, les cellules dendritiques (3). Cette technologie vaccinale consiste à cibler les cellules sentinelles du système immunitaire pour produire une mobilisation plus efficace du système immunitaire et déclencher des réponses contre le VIH (immunogénicité). En effet, sur les anticorps monoclonaux du candidat vaccin est fixée une protéine de l’enveloppe du VIH : c’est elle que le système immunitaire doit apprendre à reconnaître pour neutraliser le virus. La molécule ciblée à la surface des cellules dendritiques s’appelle la CD40, d’où le nom du vaccin. C’est la première fois que ce vaccin sera testé sur l’humain, mais il a déjà été testé in vitro et chez les primates non humains. Le développement clinique se fait en partenariat avec deux industriels : GTP Technology et Novasep ;

- un autre vaccin anti-VIH associé nommé ADN-VIH-PT123. Ce dernier est un vaccin à ADN (4) déjà testé à grande échelle (phase III) et bien toléré chez l’homme. Il pourrait amplifier la réponse immunitaire et obtenir ainsi une meilleure efficacité. « Cet essai permettra également d’étudier l’effet de la combinaison du vaccin ciblant les cellules dendritiques et d’un vaccin ADN. L’objectif est de potentialiser l’effet des vaccins et de maintenir à long terme la réponse immunitaire, notamment la production d’anticorps, contre le VIH », déclare le Pr Yves Lévy ;

- un adjuvant (5) nommé Poly-ICLC (hiltonol) constitué de composants chimiques qui vont augmenter l’efficacité du vaccin.

Phase I : tester la tolérance

La phase I de cet essai vaccinal va durer 48 semaines. Il s’agira essentiellement d’analyser la tolérance et non-toxicité du vaccin chez l’humain auprès de 72 participants-es volontaires répartis-es en six groupes. Cette phase de test se fera en double aveugle, c’est-à-dire qu’une partie des volontaires recevra le vaccin et une autre un placebo. Les injections se feront en trois temps : J0, 4e semaine et 24e semaine et en escalade de doses, c’est-à-dire avec des doses de plus en plus importantes. Le vaccin sera administré soit seul, soit associé au second vaccin, le ADN-VIH-PT123. Le but étant de trouver la dose qui correspond à la meilleure réponse immunitaire et avec le moins d’effets indésirables.

Pour qui ?

Une campagne de recrutement de 72 participants-es volontaires est lancée le 1er mars principalement en région parisienne puisque le suivi des participants-es se fera dans trois hôpitaux de la région : l’hôpital Henri Mondor à Créteil, et les hôpitaux Cochin et Bichat à Paris (et, en parallèle, au centre hospitalier universitaire Vaudois à Lausanne, Suisse). Les critères d’inclusion sont les suivants : être une personne âgée entre 18 et 65 ans, en bon état de santé général et avec un risque « faible » d’infection par le VIH. En effet, en phase I de l’essai, il n’est pas question de tester l’efficacité du vaccin lors d’une exposition au VIH dans la vraie vie, mais uniquement la tolérance chez les personnes qui le testent. La durée de participation à l’essai est de douze mois, comprenant huit visites à l’hôpital (chacune sera indemnisée). Tout au long de l’étude, les participants-es devront continuer de se protéger contre tout risque d’infection par le VIH, précise le VRI.

La campagne de recrutement des volontaires a été conçue en partenariat avec Sida Info Service et sera affichée dans les métros, RER et à la sortie des universités. Elle renverra vers un site dédié où les personnes qui le souhaitent peuvent manifester leur intérêt. Elles seront recontactées pour une visite médicale préliminaire visant à vérifier qu’elles remplissent les critères pour participer à l’essai et à fournir toutes les explications nécessaires sur le candidat vaccin et le déroulement de l’essai. Les premières injections devraient avoir lieu mi-avril.

Et après ?

Les premières données consolidées de cette phase I devraient être prêtes dans un an. Si elles sont concluantes, une phase II sera enclenchée. La phase II vise à démontrer son efficacité et la dose optimale requise, tandis que la phase III comparera son efficacité à un placebo ou à un traitement ou un vaccin de référence s’il existe. Le professeur Lévy a conclu sa présentation en disant que cette phase I était « cruciale » et que cet essai est le fruit de plusieurs années de recherche.

 

(1) Le VRI, labellisé « laboratoire d'excellence » par l’État français, a été établi par l’ANRS-Inserm et par l'Université Paris-Est Créteil (Upec) afin de conduire des recherches visant à accélérer le développement de vaccins efficaces contre le VIH/sida.
(2) Anticorps monoclonal : les anticorps sont des protéines fabriquées par les cellules du système immunitaire. Les anticorps monoclonaux sont des anticorps fabriqués en laboratoire à partir d’un clone de cellule. Ils ont la capacité de reconnaître et de cibler spécifiquement certaines cellules.
(3) Cellules dendritiques : cellules sentinelles réparties dans tout l’organisme, ayant la capacité de déclencher une réponse immunitaire.
(4) Vaccin à ADN : vaccin qui injecte un morceau d’ADN codant pour des protéines du virus dans des cellules humaines, qui le transcrivent en ARN, puis en protéines. Ces dernières sont reconnues par le système immunitaire et déclenchent une réponse immunitaire spécifique au virus. Cette technologie vaccinale ne modifie pas le matériel génétique des personnes qui la reçoivent.
(5) En médecine humaine ou vétérinaire, un adjuvant immunologique est une substance qui, administrée conjointement avec un antigène, stimule ou renforce la réaction immunitaire.

 

Commentaires

Portrait de Tony54100

Attention il s agit d un Vaccin préventif et non thérapeutique il serait bien de préciser pour ne pas donner faux espoirs