VIH : le Planning familial au front pour les femmes

Publié par jfl-seronet le 21.12.2012
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Droit et socialfemmesparitéaccès aux traitements

"Zéro pointé quant à la prise en compte des besoins spécifiques des femmes !", c’est le constat que fait le Planning familial dans son communiqué (27 novembre), publié à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. En voici les points forts.

La déclaration de clôture de la conférence "AIDS 2012" en juillet dernier à Washington "n’a pas fait la part belle aux enjeux de prévention ou de prise en charge concernant les femmes", estime le Planning familial. "Seul l’accès généralisé à la prévention mère/enfant est cité les concernant. Cela confirme que les femmes restent vues sous le prisme de leur fonction de mère, constituant un véritable scandale dans un contexte de féminisation de l’épidémie", tonne le mouvement.

Ce qui hérisse le Planning, c’est que si le rapport de l’ONUSIDA 2012 fait état d’une baisse de 20 % de nouvelles contaminations depuis 2001, les taux d’infection chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont deux fois plus élevés que chez les hommes d’une même classe d’âge et 63 % des jeunes vivant avec le VIH sont des jeunes femmes. "Le VIH est la principale cause de décès des femmes en âge de procréer ! Alors que l’épidémie de sida se nourrit des inégalités femmes/hommes et des violences à l’encontre des femmes, aucune mobilisation pour faire avancer leurs droits tant politiques, économiques que sociaux ou pour faire reculer les violences n’est inscrite à l’agenda des organisations internationales ou dans les politiques publiques de lutte contre le sida au niveau national comme international", dénonce le mouvement.

C’est d’autant plus inexplicable et inexcusable que "depuis 20 ans, l’expérience de la lutte contre le sida a montré le lien fort entre statut social et exposition au risque. La lutte contre la pénalisation de l’homosexualité, la répression de la prostitution ou de l’usage de drogue, font partie des combats connus comme indispensables à la lutte contre les contaminations et pour améliorer la prise en charge. Deux poids deux mesures donc qui signifient que l’amélioration du statut social des femmes et le combat pour l’égalité ne sont pas à l’ordre du jour ! Deux poids deux mesures également sur l’investissement de la recherche et des politiques publiques !", affirme le communiqué du mouvement.

"Quelles alternatives sont offertes aux femmes concernant les outils de prévention ?", demande le Planning familial. "Selon les résultats de l’essai Caprisa, l’utilisation d’un gel microbicide permettrait la diminution de la transmission de 39 à 50 % selon l’observance. Pourquoi aucune réflexion n’est-elle donc engagée sur l’utilisation de cet outil de prévention notamment dans des situations d’exposition particulièrement forte pour les femmes, comme c’est le cas pour d’autres outils de prévention ? Est-ce que les femmes, si les résultats intéressants se confirment, pourront voir un accès rapide et facilité à l’anneau vaginal + antiviral ?", interroge le mouvement.

Autre question : "Quels liens sont-ils faits entre contraception et VIH pour les femmes en général et les femmes séropositives en particulier ?" Pour le mouvement, "certains essais font état d’un risque d’augmentation de la contamination au VIH pour les femmes et de l’augmentation de la transmission pour les femmes séropositives sous contraceptif injectable amenant l’Organisation mondiale pour la santé à proposer à ces femmes d’utiliser, en plus de cette contraception, un préservatif. Outre que cette recommandation a de fortes chances de rester lettre morte, aucune mobilisation n’est lancée pour que soient menées très vite des études complémentaires validant ou invalidant cette hypothèse forte. En attendant, les femmes doivent être informées et avoir accès à d’autres méthodes de contraception pour un réel choix".

Autre constat du Planning : "Prise en charge, le compte n’y est toujours pas ! ". "Dans la plupart des essais cliniques, la sous représentation des femmes ne permet pas de disposer de données suffisantes sur l’existence d’effets indésirables spécifiques aux femmes, indique le Planning qui fait sien le plaidoyer d’Act-Up Paris auprès de Marisol Touraine, pour que "la parité dans les essais soit soumise à autorisation de l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité Médicale) ". "Non seulement les femmes doivent avoir accès à l’information, à des outils de prévention, au dépistage, au traitement mais elles doivent également être partie prenante des orientations et des décisions prises. Il faut mettre à l’agenda national et international les besoins des femmes quel que soit leur statut ! Il y a urgence", conclut le Planning familial.