VIH : les failles du dépistage en France

Publié par Mathieu Brancourt le 06.04.2019
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Chiffresépidémiologie

Tout juste publiées avant le Sidaction (5 au 7 avril 2019), les données épidémiologiques 2019 ne sont pourtant pas de première jeunesse. Le nombre et le profil de celles et ceux qui se contaminent, sonnent comme des (éternels) recommencements. Alors que les données se faisaient attendre, l’impact sur l’épidémie des stratégies de lutte contre le VIH tarde, lui aussi, à se montrer.

S’il y a bien un espace où beaucoup recherchent l’instabilité, c’est dans les chiffres du VIH. Mais le complément d’informations de Santé publique France, livré le 28 mars dernier, confirme que ce n’est pas pour cette année, 2019 qui donne les chiffres de 2017. Depuis 2010, les constats sont un peu désespérément les mêmes : un nombre de nouvelles découvertes de séropositivité toujours élevé, autour de 6 000 cas annuels (6 400 en 2017), une forte proportion chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (41 %) et les personnes nées à l’étranger, peu importe leur orientation sexuelle. L’activité du dépistage est certes un peu en hausse (5,6 millions de tests, +12 % entre 2010 et 2017) mais le nombre d’autotests VIH vendus (73 000), ou le nombre de Trods (55 770) n’augmente plus en  2017. « Ces modalités de dépistage restent très marginales par rapport aux sérologies réalisées en laboratoires de biologie médicale », ajoute Santé publique France, et sont donc trop faibles pour inverser une quelconque tendance. Les chiffres stables (cités ci-dessus) montrent que la (très légère) montée en charge des tests VIH n’a probablement pas touché les groupes les plus vulnérables (les hommes gays et les hommes nés à l’étranger), là où l’épidémie se concentre en France. Chez les hétérosexuels, 75 % des nouveaux cas concernent celles et ceux nés à l’étranger. Chez les hommes ayant des rapports avec d’autres hommes (HSH), la part des découvertes qui touchent des HSH nés à l’étranger représente 26 % des cas. Seul élément nouveau, leur nombre a augmenté de 67 % entre 2010 et 2017. Preuve éclatante que c’est dans ces groupes, qui se croisent parfois, qu’il faut réussir à intervenir. Et intervenir tôt.

Cette livraison en retard illustre d’une part l’enjeu de la surveillance du VIH/sida par la santé publique. La dématérialisation de la déclaration obligatoire de séropositivité n’a pas porté (encore) ses fruits en termes de précision. La sous-déclaration des cliniciens-nes et biologistes n’a jamais été si importante, avec des informations essentielles qui passent à la trappe. Par exemple, le volet médical manquait dans 43 % des cas en 2017, contre 23 % en 2014. L’autre retard, c’est celui du dépistage, faiblesse française. Le seul des trois 90 encore non-atteints dans la cascade de la prise en charge. « En 2017, 52 % des découvertes de séropositivité concernaient des personnes déclarant n’avoir jamais été testées auparavant ». Assez logique. Même dans les populations où le dépistage est chaudement recommandé, on atteint 68 % chez les hétérosexuels nés à l’étranger et 33 % chez les HSH (44 % chez ceux nés à l’étranger). Toujours logiquement, mais ces derniers demeurent trop nombreux à être dépistés dans cette situation mais surtout trop tardivement. La proportion de dépistage à un stade avancé est de 30 % en 2017, chiffre constant depuis (trop) longtemps. En moyenne, le délai entre l’infection et le diagnostic se compte en années (de trois à cinq ans selon les groupes). Ajouté à une majorité (52 %) qui ne s’était jamais dépistée, on comprend la quête d’une détection plus précoce. Santé publique France le résume, en retard, mais parfaitement : « Parallèlement au dépistage et au traitement des personnes séropositives, la promotion des outils de prévention […] doit  être  poursuivie. Seul l’ensemble de ces mesures permettra de réduire le nombre de nouvelles contaminations par le VIH. » En espérant, dès l’année prochaine (pour 2018 donc), voir un effet Prep briser cette monotonie.