VIH : les jeunes toujours à la peine

Publié par jfl-seronet le 23.03.2022
693 lectures
Notez l'article : 
0
 
InitiativeSidaction 2022

En amont du Sidaction 2022 (25, 26 et 27 mars), l’association publie les résultats d’un sondage réalisé par l’Ifop auprès des jeunes âgés-es de 15 à 24 ans : « Les jeunes, l’information et la prévention du sida ». Une nouvelle fois, on y constate une « dégradation continue des connaissances », mais qui se trouve, cette fois, amplifiée par la crise de la Covid-19.

Décidément, on n’en finit plus avec les conséquences de la crise de la Covid-19 dans le champ du VIH. Cette fois, cela concerne les jeunes et les informations qu’ils-elles ont sur cette maladie et leur recours au dépistage. « Isolés par la crise sanitaire et victimes du déficit d’informations sur le VIH/sida, la baisse du sentiment d’information chez les jeunes s’accélère, note Sidaction dans un communiqué, accompagnant la publication des résultats d’un sondage conduit par l’Ifop (1). « Connaissances générales, sur les moyens de prévention ou la santé sexuelle : tous les indicateurs sont en alerte », explique Sidaction qui dit s’inquiéter de « ces résultats dans un contexte d’invisibilisation du VIH par la Covid-19 » et appelle « à intensifier la sensibilisation sur le VIH/sida ».

Une érosion ancienne

En 2021, 67 % des jeunes s’estiment bien informés-es soit une baisse de 7 points en une année, indique le nouveau sondage de l’Ifop. « L’érosion déjà constatée l’an passé se poursuit, nous atteignons le score le plus bas depuis notre premier sondage en 2009. » a commenté Florence Thune, directrice générale de Sidaction. À titre d’exemple, seuls-es 51 % des sondés-es s’estiment bien informés-es sur les lieux où aller se faire dépister, soit une diminution de 20 points par rapport à 2014. Les idées reçues et les fausses informations liées au virus du sida augmentent de manière inquiétante, constate l’association. Ainsi, 24 % des 15-24 ans pensent que le virus du sida peut se transmettre en embrassant une personne séropositive, soit une augmentation de 9 points en 2020. De la même façon, 23 % d’entre eux-elles (contre 15 % en 2020) estiment que le VIH se transmet en s’asseyant sur un siège de toilettes publiques et 18 % pensent que le VIH se transmet en buvant dans le verre d’une personne séropositive. Des taux qui restent très élevés alors même que la prévention du VIH doit être abordée lors de la scolarité.

La faute de la Covid-19 ?

Pour l’équipe de l’Ifop, la détérioration des chiffres s’expliquerait, entre autres, « par l’omniprésence de la Covid-19 dans la société ». « Peu de sujets émergent et sont traités en dehors de la Covid-19, qui impose sa cadence et prend toute la place médiatique. La question du VIH/sida, déjà peu visible avant la crise sanitaire, est encore plus absente des radars médiatiques » explique ainsi Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Ce contexte accroît la minimisation et l’invisibilisation du virus du sida chez les sondés-es. Leurs représentations viennent confirmer la détérioration du sentiment d’information. Ainsi, 63 % des sondés-es expriment une peur du VIH/sida en 2021 contre 72 % il y a un an. « C’est le score le plus bas depuis le début du baromètre, on constate une chute de 16 points en deux ans », poursuit Frédéric Dabi.

Le péril Jeunes

Les résultats du sondage pointent un élément inquiétant. Les jeunes de 15 à 24 ans continuent aussi de développer le « syndrome du super héros ». Ils-elles se sentent invincibles face au virus du sida. Ainsi, 41 % des sondés-es estiment qu’il y a de moins en moins de contaminations chez les 15-24 ans, or « cette tranche représente 13 % des nouvelles découvertes de séropositivité en 2019 (2), un chiffre qui stagne depuis plusieurs années », note Sidaction. Dans un communiqué, Florence Thune explique : « Nous craignons que cette absence de la question du VIH sur les différents canaux d’informations puisse avoir des conséquences sur les pratiques préventives des jeunes. Parmi les personnes ayant déclaré ne pas avoir eu recours au préservatif dans la cadre d’une relation sexuelle, seuls 35 % l’expliquent par la réalisation préalable d’un test de dépistage du VIH par les deux partenaires, soit une baisse de 14 points par rapport à 2020 ».
À l’heure où la Covid-19 monopolise encore tous les sujets sur la santé et met dans l’ombre les autres pathologies, il est urgent de se saisir du sujet VIH/sida pour éviter une reprise de l’épidémie, estime l’association « La lutte contre l’épidémie de coronavirus ne peut pas en éclipser une autre. Il est urgent de reprendre les actions de prévention et de sensibilisation au VIH/sida et à la santé sexuelle auprès des 15-24 ans, et éviter ainsi une aggravation de l’épidémie de VIH parmi les jeunes », conclut Florence Thune.

Sidaction : quoi de neuf pour l’édition 2022 ?

« Les deux années qui viennent de s’écouler nous ont démontré que rien n’était prévisible ni acquis. La crise sanitaire est venue heurter de plein fouet les progrès et les victoires balbutiantes de la lutte contre le VIH. Le dépistage et la prévention ont pris un retard dont les conséquences semblent inévitables : le suivi médical a été mis en difficulté, le déploiement de la Prep s’est ralenti, les publics les plus vulnérables ont été impactés financièrement et psychologiquement. Les personnes séropositives ont été plus que jamais fragilisées. Tandis que, les violences et les minorités de genre se sont démultipliées et, dans certaines régions du monde, la situation des enfants face au VIH, déjà alarmante, est devenue urgente », expliquent dans un texte commun Françoise Barré-Sinoussi (présidente de Sidaction), Line Renaud (vice- présidente de Sidaction) et Florence Thune (Directrice générale de Sidaction). Leur texte invite à s’engager à l’occasion de la nouvelle édition du Sidaction qui a choisi : « Le VIH ne fait pas disparaître l’amour. Par amour, faisons disparaître le VIH » comme slogan. Ainsi les trois signataires expliquent : « Alors, ne baissons pas les bras. Ni aujourd’hui ni demain. La crise sanitaire ne doit plus faire trembler les acquis de nos combats. Bien au contraire. Le savoir-faire de la lutte contre le VIH doit être utilisé pour nous protéger des pandémies, présentes et à venir. 2022 sera une année difficile, tant la fatigue s’accumule, tant les difficultés s’approfondissent là où les ressources s’amenuisent, tant la digue semble parfois prête à se briser ».  Dans son dossier de présentation de l’édition 2022, Sidaction rappelle que 72 %n des fonds récoltés sont consacrés à ses missions sociales (soutien aux PVVIH et recherche), 21 % financent les frais de collecte et 7 % couvrent les frais de gestion. En 2021, Sidaction a soutenu, en France, 65 associations pour faire face
aux conséquences de la crise sanitaire et pour qu’elles poursuivent leurs activités dédiées à la lutte contre le VIH/sida. Sur la même période, Sidaction a soutenu 29 associations à l’international, notamment en Afrique et en Europe de l’Est, en appuyant 63 programmes.

(1) : Sondage Ifop pour Sidaction réalisé par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 17 février 2021 auprès de 1002 personnes, représentatifs de la population française âgée de 15 à 24 ans.
(2) : Données publiées en octobre 2019 et décembre 2020 par Santé publique France.

Sondage : les chiffres à retenir
- 33 % des jeunes interrogés-es estiment être mal informés-es sur le VIH/sida (+22 points par rapport à 2009) ;
- 25 % considèrent qu’il existe des médicaments pour guérir du VIH/sida ;
- 32 % des jeunes pensent que le VIH peut être transmis en ayant des rapports sexuels protégés avec une personne séropositive ;
- 20 % estiment encore que la pilule contraceptive d’urgence peut empêcher la transmission de virus ;
- 24 % des 15-24 ans pensent que le virus du sida peut se transmettre en embrassant une personne séropositive (+9 points par rapport à 2020) ;
- 23 % d’entre eux (contre 15 % en 2020) estiment que le VIH se transmet en s’asseyant sur un siège de toilettes publiques et 18 % pensent que le VIH se transmet en buvant dans le verre d’une personne séropositive ;
- 34 % des personnes interrogées déclarent avoir utilisé systématiquement un préservatif lors d’un rapport sexuel (-9 points par rapport à 2020) ;
- 62 % des sondés-es estiment que les traitements utilisés par les personnes séropositives sont efficaces pour empêcher la transmission (+10 points par rapport à 2020) ;
- 12 % des jeunes de moins de 25 ans admettent avoir été exposés-es au moins une fois à un risque d’être contaminés-es par le VIH/sida (contre 8 % en 2019) ;
- 30 % considèrent avoir moins de risques que les autres d'être contaminés (+8 points par rapport à 2009) ;
- 23% n’ont jamais bénéficié d’un enseignement ou d’un moment d’information spécifique sur le VIH au cours de leur scolarité (+10 points en cinq ans).


Faire un don
Par téléphone, en appelant le 110. Destiné à recevoir les promesses de dons, le 110 est accessible gratuitement, à partir de tous les opérateurs.
Par Internet, le don en ligne (paiement 100 % sécurisé) est plus rapide.
Par SMS au 92110, en envoyant le mot « DON » pour faire un don de 5 euros (coût d’envoi du SMS gratuit ou inclus dans les forfaits SMS).
Par courrier, en adressant votre chèque libellé à l’ordre de Sidaction, dans une enveloppe affranchie à : Sidaction – 228 rue du Faubourg Saint-Martin - 75010 Paris.
Par l’application Lydia « Faites un Lydia » à Sidaction en envoyant votre don au 22 0810 ou en choisissant Sidaction dans la liste des associations.
En effectuant un achat solidaire sur la boutique en ligne.