VIH : les recos lorsqu’on voyage !

Publié par jfl-seronet le 15.08.2022
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Chaque année, le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire), une publication de Santé publique France, sort un numéro spécial consacré aux Recommandations sanitaires pour les voyageurs. Cette publication concerne principalement les professionnels-les de santé, selon SPF. Pourtant, elle peut s’avérer utile pour le grand public, tout particulièrement pour les personnes vivant avec le VIH, qui font l’objet d’un chapitre spécifique.

C’est du sérieux !

Voici donc l’édition 2022 des Recommandations sanitaires pour les voyageurs ; un cru qui tient compte de la période actuelle « de sortie de vague Omicron du Sars-CoV-2 en France, alors que de nombreuses incertitudes demeurent sur l’évolution de la pandémie de Covid-19 », explique l’édito du BEH. Sur plus d’une centaine de pages, ce numéro spécial fait donc le point sur toutes les informations nécessaires à toute personne qui entend voyager, quel que soit son état de santé et ses besoins de soins. Une grande partie du document est consacrée aux vaccinations ; d’autres traitent des insectes (la grande famille des arthropodes, tout particulièrement : punaises, tiques, moustiques, etc.) et des risques sanitaires associés, du paludisme, de la diarrhée du-de la voyageur-se, des risques liées aux transports, de ceux liés à l’environnement, des risques liés aux activités de loisirs aux pratiques (consommation sexuelle, consommation de produits. On y évoque même les aspects administratifs (soins à l’étranger, rapatriement, etc.). Enfin, certains groupes et populations font l’objet de chapitres dédiés en fonction de leurs besoins spécifiques. De nombreuses structures (scientifiques, officielles, etc.) et experts-es ont travaillé à ce document de références : Haute autorité de santé (HAS), Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), centre national de référence du paludisme, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), ministère des Affaires étrangères, etc. De plus, les recommandations contenues dans ce document ont été approuvées par la Commission spécialisée des maladies infectieuses et maladies émergentes du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), en avril dernier.

Les points clefs

De manière générale, avant un voyage à l’étranger, il est recommandé de consulter le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. « Tout voyage expose à des risques qui peuvent être prévenus lors de la consultation spécialisée ou de conseils aux voyageurs. En 2022, une vigilance toute particulière est nécessaire face à la menace hétérogène d’infection par le Sars-CoV-2, l’amélioration actuellement constatée n’étant pas synonyme de la fin de la pandémie », préviennent les auteurs-rices de l’édito du BEH.

En matière de vaccinations, le point clef concerne la Covid-19, il est rappelé que l’entrée et la sortie du territoire français sont conditionnées selon une classification des pays régulièrement actualisée en fonction de l’évolution de la situation sanitaire et accessible sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. La liste des noms des vaccins contre laCovid-19 autorisés à l’étranger et similaires à ceux autorisés en Europe est disponible par pays sur le site de l’ANSM. Par ailleurs, certains pays ont été rajoutés dans les listes de pays à risque vis-à-vis de certaines maladies (tuberculose, fièvre jaune, etc.). Un point important porte sur le paludisme. « La situation du paludisme dans le monde en 2021 est marquée par l’augmentation du nombre de cas et de décès notifiés. La pression créée par la pandémie de Covid-19 sur les systèmes de santé, en particulier ceux des pays à faibles revenus, a fortement affecté leur capacité à maintenir les activités de lutte contre le paludisme », expliquent les experts-es. « En France, l’augmentation du nombre de cas par rapport à 2020 est très marquée en 2021 (+117%) avec la reprise des voyages internationaux. Les pays à l’origine des contaminations sont toujours très majoritairement situés en Afrique sub-saharienne, et Plasmodium falciparum [agent parasitaire qui cause la paludisme, ndlr] est impliqué dans près de 89% des cas. Un des principaux facteurs de risque de forme grave et de décès du paludisme demeure le retard au diagnostic, souvent lié à une prise en charge inadaptée des patients lors d’une première consultation. Ceci souligne l’importance de la prescription d’une prévention adaptée et de son suivi », indiquent-ils-elles. Par ailleurs, la chloroquine n’est plus recommandée dans le traitement du paludisme. Ont également été actualisées les recommandations concernant : la prévention du « jet lag », la prévention de la maladie thromboembolique, la prévention du mal des transports et la prévention du mal aigu des montagnes.

Pour la première fois, il est prévu, dans la mesure du possible, d’actualiser le document en ligne avant l’édition 2023. Pour faciliter le repérage des lecteurs-rices, les principales modifications par rapport à l’édition 2021 des Recommandations sanitaires pour les voyageurs sont signalées en orange dans le texte et les tableaux.

Recommandations pour les PVVIH

Parmi les catégories de personnes pour lesquelles une « consultation spécialisée est justifiée avant le départ », on trouve notamment les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), explique le BEH (page 84). Une vigilance accrue doit être exercée sur :

  • le risque lié à certaines maladies infectieuses chez les PVVIH (leishmanioses, salmonelloses, tuberculose, infections dues à des coccidies intestinales, histoplasmoses et les autres infections fongiques contractées par inhalation, etc.) ;
  • la nécessité de précautions d’hygiène notamment alimentaire ;
  • les vaccinations (voir au chapitre dédié : pages 7 à 32 du BEH). Les recommandations doivent être adaptées en fonction du type d’immunodépression.


Un avis de novembre 2014 du HCSP et pour les PVVIH, les recommandations nationales de 2018 les formalisent :

  • les vaccins vivants atténués tels que le vaccin contre la fièvre jaune, sont généralement contre-indiqués. Chez les enfants vivant avec le VIH, le taux de CD4 qui conditionne la contre-indication de vaccination contre la fièvre jaune varie avec l’âge. Quand dans le cas d’un déficit immunitaire modéré le vaccin antiamaril est administré, le délai d’acquisition de l’immunité post-vaccinale semble augmenté et la durée de protection peut être inférieure à dix ans ;
  • chez ces patients, le BCG est par ailleurs contre-indiqué, quels que soient l’âge et le taux de CD4 ;
  • les vaccins inactivés sont recommandés comme pour l’ensemble des voyageurs-ses. Néanmoins, la réponse vaccinale peut être altérée ou de courte durée, justifiant un contrôle régulier de la sérologie, et pouvant conduire à l’administration de doses de rappel supplémentaires.

 

Les interactions médicamenteuses entre le traitement de fond et les médicaments prescrits pour le voyage :

  • Les interactions entre les antirétroviraux et les antipaludiques existent mais semblent avoir un impact clinique limité, ne justifiant pas d’adaptation des doses. La survenue d’un accès palustre [une crise de palu, ndlr], s’accompagne d’une augmentation transitoire de la charge virale ;
  • le risque de photosensibilisation provoqué par les sulfamides qui peuvent être prescrits en prophylaxie d’infections opportunistes chez les PVVIH ayant un déficit immunitaire ;
  • l’exposition au soleil : les personnes immunodéprimées étant plus à risque de cancer de la peau. Une protection solaire (vêtements, chapeau et crèmes écran) est fortement recommandée.

 

Voyager avec des médicaments
Pour toutes les informations concernant les contrôles de sécurité, les règles de transport des médicaments, des liquides et des dispositifs médicaux en cabine, il convient de se renseigner auprès de sa compagnie aérienne ou via le site de la Direction générale de l’aviation civile. Concernant le passage aux douanes, il est recommandé de voyager avec l’ordonnance pour traitement régulier sous sa dénomination commune internationale (DCI) et rédigée si possible en anglais. Pour un déplacement au sein de l’espace Schengen avec des médicaments dits courants, la quantité transportée de médicaments doit généralement correspondre à la durée du traitement prescrit par le médecin ou, à défaut, à trois mois de traitement maximum. Pour les médicaments stupéfiants ou psychotropes, la quantité transportée doit généralement être limitée à celle nécessaire pour un usage personnel et pour la durée du séjour et une demande spécifique d’autorisation est impérativement requise (auprès de son agence régionale de santé - ARS - et de l’ANSM). Pour un déplacement en dehors de l’espace Schengen avec des médicaments dits courants, il n’y a pas d’harmonisation des réglementations et chaque pays applique ses propres dispositions. Outre l’ordonnance du médecin traitant, chaque patient-e doit, avant son départ, se renseigner auprès de l’ambassade (ou consulat) en France du pays de destination afin de connaître la réglementation en vigueur. Pour les médicaments stupéfiants ou psychotropes, chaque pays appliquant ses propres dispositions, il est impératif de se renseigner auprès de l’ambassade ou du consulat en France du pays de destination. Pour connaître les dispositions des différents pays, consulter le site de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS).

 

 

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Portrait de jl06

Covid, monkeypox et VIH : le premier cas de co-infection est italienà Silvia Turin

Il s'agit d'un homme de 36 ans qui s'est présenté aux urgences de l'hôpital de Catane le 5 juillet. Son cas a été présenté dans une revue scientifique. Il a été libéré au bout d'une semaine

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Le premier cas de co- infection chez un patient atteint du SRAS-CoV-2 , du monkeypox et du VIH a été décrit dans le Journal of Infection . Il s'agit d'un Italien de 36 ans qui s'est présenté aux urgences de l'hôpital de Catane le 5 juillet.

L'histoire de l'hospitalisation

L'homme a développé de la fièvre, des maux de gorge et des maux de tête, de la fatigue et une inflammation de l'aine après 9 jours de retour d'un voyage en Espagne , où il a déclaré avoir eu des relations sexuelles non protégées avec des hommes. Des chercheurs de l'Université et de la Polyclinique Rodolico - San Marco de Catane , en collaboration avec des collègues de la Polyclinique Giaccone de Palerme , ont reconstitué l'historique des infections : trois jours après les premiers symptômes, l'homme a été testé positif au Covid (qu'il avait déjà contracté en janvier 2022); dans l'après-midi du même jour, une éruption cutanée a commencé à se développer sur son bras gauche, puis s'est propagée. Trois jours plus tard, l'homme de 36 ans a décidé de se rendre à l'hôpital où il a été hospitaliséL'homme a déclaré aux médecins qu'il avait été traité pour la syphilis en 2019 mais qu'il avait été testé négatif pour le VIH en septembre 2021. À l'hôpital, il avait été testé positif pour le monkeypox, le VIH et la variante du coronavirus BA. .5 . Au troisième jour d'hospitalisation, presque toutes les lésions cutanées ont commencé à former des croûtes et au jour 5, presque tous les symptômes ont disparu. Le patient a été renvoyé en isolement à domicile.

La contagion

"Ce cas met en évidence comment les symptômes du monkeypox et du COVID-19 peuvent se chevaucher et corrobore qu'en cas de co-infection, la collecte anamnestique et les habitudes sexuelles sont cruciales pour poser le bon diagnostic", écrivent les auteurs de l'étude et ajoutent : " Notez que l' écouvillonnage oropharyngé du monkeypox était toujours positif après 20 jours , ce qui suggère que ces personnes peuvent encore être contagieuses pendant plusieurs jours après la rémission clinique."
Il existe trois façons d'être exposé à des quantités suffisantes de virus pour être infecté ( nous les avons décrites en détail ici) : contact direct peau à peau avec des lésions causées par le virus, contact avec des objets contaminés et contact rapproché avec des sécrétions respiratoires telles que la salive d'une personne présentant des lésions au niveau de la bouche ou de la gorge. Deux études récentes se sont toutefois également penchées sur deux éventualités rares, mais qui peuvent contribuer à éclairer les particularités de la transmission du virus : la présence d' asymptomatiques , qui rendrait plus complexe l'endiguement de la chaîne des infections et la transmission par contact. à un événement bondé sans rapport sexuel.

Quelles sont les thérapies

"Puisqu'il s'agit du seul cas signalé de co-infection par le virus monkeypox, le Sars-CoV-2 et le VIH, il n'y a pas encore suffisamment de preuves pour étayer que cette combinaison puisse aggraver l' état du patient", concluent les auteurs du rapport décrit. étude de patients de Catane.
Il existe actuellement un vaccin contre le monkeypox et il est proposé en Italie aux catégories à haut risque identifiées par le ministère . L'Inmi Spallanzani de Rome (parmi d'autres instituts de recherche qui le font) sonde la mémoire immunologique des personnes vaccinées contre la variole humaine à l'époque Des données préliminaires indiquent que plus de 90 % des personnes vaccinées il y a plus de 40 ans ont des anticorps qui réagissent avec le virus monkeypox, parfois même en grande quantité.
Un traitement spécifique (tecovirimat) de la variole humaine est administré aux patients hospitalisés atteints de monkeypox et le processus d'approbation de ce virus spécifique a maintenant commencé.