VIH : nouveaux arguments pour en finir

Publié par jfl-seronet le 20.04.2023
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Chiffresfin épidémiefinancement

Le financement intégral de la riposte au VIH sauverait des millions de vies. Il aurait aussi des conséquences positives importantes sur la santé publique, le fonctionnement de la société dans son ensemble et l’économie. C’est ce que démontrent les résultats de recherches et d’analyses conduites par Economist Impact et l’Onusida dans treize pays africains.

Le rapport Triple dividende

Comment relancer la lutte contre le sida et l’atteinte des objectifs fixés pour 2030 de fin de l’épidémie dans le continent le plus touché par le VIH ? Sur quels nouveaux ressorts s’appuyer pour accélérer la riposte ? Ces questions, les auteurs-rices du rapport Triple dividende : les atouts sanitaires, sociaux et économiques du financement de la riposte au VIH en Afrique se se les sont sans doute posées. Ils-elles ont testé l’hypothèse suivante : le financement intégral de la lutte contre le sida dans tel ou tel pays et ses conséquences tous domaines confondus. Le financement intégral se comprend comme le montant de ressources correspondant aux besoins réels de tel ou tel pays pour en finir avec l’épidémie de VIH/sida. Autrement dit, on y consacre le montant  indispensable pour atteindre cet objectif, ni plus, mais surtout pas moins. Le rapport indique clairement que cette stratégie déboucherait sur un cercle vertueux.

Les bénéfices d’un cercle vertueux

En effet, selon l’Onusida (Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida), en fonction du pays, le plein financement de la riposte permettrait de réduire de 40 à 90 % les nouvelles infections au VIH. C’est le premier bénéfice. Les investissements alloués à l’épidémie de VIH favoriseraient également l’éducation, en particulier celles des jeunes femmes et des filles, réduiraient les inégalités entre les sexes et stimuleraient la croissance économique, expliquent les auteurs-rices du rapport. Si par exemple ces objectifs étaient atteints en Afrique du Sud, alors les adolescentes âgées de 15 à 19 ans représenteraient près de 15 % du recul des nouvelles infections d’ici 2030, alors qu’elles représentent moins de 5 % de la population totale. Le deuxième effet bénéfique serait que « l’augmentation des investissements actuels en faveur du VIH contribuerait à des avancées économiques plus larges et pérennes d’ici 2030 ». Une des conséquences, c’est que cela libérerait « des ressources inestimables pour répondre à d’autres enjeux essentiels en matière de santé ». Le rapport calcule que « l’accomplissement de ces objectifs de financement se solderait par une augmentation de 2,8 % du PIB en Afrique du Sud et de 1,1 % au Kenya d’ici 2030 ; pour ne prendre que ces deux exemples.

Un rapport dans un contexte

Les résultats de ce rapport interviennent alors que les récentes crises mondiales — celle de la Covid-19, puis la guerre en Ukraine — ont entravé les efforts pour lutter contre l’épidémie de VIH (et pas seulement elle, d’ailleurs). Cet enchaînement a fortement pesé sur les financements en faveur de la santé et des autres Objectifs de développement durable. Le rapport s’essaie à un peu de prospective. Il prévient que la facture sera « salée » pour la santé, les sociétés et les économies si les fonds nécessaires pour mettre fin au sida d’ici 2030 ne sont pas mobilisés « comme menace de santé publique ». Autrement dit, si on ne met pas le paquet et le montant correspondant aux besoins, nous allons au-devant de sérieux ennuis. Pour évaluer ces répercussions négatives, Economist Impact et l’Onusida ont comparé le scénario selon lequel les ressources financières nécessaires étaient intégralement couvertes pour atteindre les objectifs de la Déclaration politique 2021 sur le VIH et le sida et celui où les niveaux de financement et de service du VIH sont maintenus au niveau actuel ; c’est-à-dire actuellement en dessous des besoins réels. Selon le rapport : l’aggravation des inégalités socio-économiques et de santé préexistantes se fera le plus sentir parmi les jeunes femmes, les enfants et les autres populations vulnérables.

Des pays sous contraintes

Les difficultés budgétaires majeures auxquelles sont confrontés la plupart des pays africains ont limité leurs capacités à accroître le financement national à la riposte au VIH et les budgets généraux consacrés à la santé. L’Onusida estime ainsi que « les pays à revenu faible et intermédiaire devront investir 29 milliards de dollars chaque année pour atteindre les objectifs visant à mettre fin au sida comme menace pour la santé publique d’ici 2030. En 2020, les niveaux de financement ont chuté, accusant un retard de près de 30 % par rapport aux objectifs. Cette situation complique la couverture future des besoins et met les objectifs à venir hors d’atteinte ». Autrement dit, nous n’allons pas y arriver au rythme actuel.

Un chiffre effrayant… et un peu d’espoir

L’agence onusienne prévoit plus de sept millions de décès dus au sida, mais souligne que la moitié peut être évitée si la riposte est intégralement financée et si les politiques vont dans la bonne direction. Les objectifs 2025 dans le monde incluent d’amener le nombre annuel de nouvelles infections au VIH à moins de 370 000 (contre 1,5 million en 2021), celui des infections au VIH chez les adolescentes et les jeunes femmes à moins de 50 000 et celui des décès liés à une maladie opportuniste à moins de 250 000 (contre 650 000 en 2021). On perçoit bien les enjeux et l’accessibilité de cet objectif si on y met les moyens. C’est ce que cherche à faire comprendre le rapport Triple Dividende qui défend le « financement intégral de la riposte au VIH en Afrique ».

Commentaires experts

« Ce rapport arrive à un moment crucial. Les preuves qu’il fournit devraient servir de catalyseur à des décisions politiques visant à garantir un financement total du VIH », a commenté Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. Elle souscrit évidemment à l’idée qu’un « plein financement » aurait des « vastes répercussions socio-économiques et [serait] un pas pour les pays africains vers la mise en place de systèmes de santé plus résilients et mieux préparés pour prévenir les futures pandémies ». « Des choix audacieux sont aujourd’hui indispensables pour accélérer les investissements et capitaliser sur ces décisions dans les domaines du VIH et de la santé afin de renforcer l’équité, les sociétés et les économies », a-t-elle ajouté. Même vision, servie cependant par une formule toute faite, chez le Dr John N. Nkengasong, coordinateur des États-Unis pour la lutte mondiale contre le sida, le patron du Pepfar : « Une volonté politique, programmatique et financière, est nécessaire pour mettre fin au VIH/sida en tant que menace pour la santé publique ».