VIH : un bon coup dans les partis ?

Publié par jfl-seronet le 05.12.2011
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partis politiques1er décembre
Une fois n’est pas coutume, Seronet a voulu savoir comment les partis politiques abordaient la Journée mondiale de lutte contre le sida. Nous sommes donc partis à la pêche aux communiqués de presse sur les différents sites des principales formations politiques, aux messages et aux initiatives… Il y a de tout : du bien et du très mauvais. Petit panorama…
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Front de gauche and CO
Rappel des chiffres et un titre qui tonne : "Sida : objectif Zéro". Dans son communiqué le Front de gauche (donc le PC)  indique que les "personnes vivant avec le VIH sont toujours confrontées à d’importantes discriminations, en particulier en matière d’emploi, d’accès aux crédits ou aux assurances, parfois en matière de soins, et jusque dans leur vie sexuelle". "Pour enrayer l’épidémie, il faut garantir l'accès aux soins de qualité pour tous et toutes en opposition avec les mesures prises par l'UMP, qui empêcheraient de faire diminuer la mortalité et la morbidité liées au VIH/sida (…) Nous refusons l’isolement social des séropositifs car c'est à travers une démarche inclusive que l’on fera reculer l’épidémie". Le Front de gauche propose, entre autres, "le remboursement à 100% des dépenses de santé par la Sécurité sociale et l'abrogation des entraves à l’accès aux soins : ticket "modérateur", franchises médicales, forfait hospitalier, délai de carence, dépassements d'honoraires, etc." ; "une politique de santé libérée des laboratoires pharmaceutiques privés, avec la création d'un pôle public du médicament" ; "une politique de réduction des risques auprès des usagers de drogues, notamment en prison" ; "la fin des restrictions apportées à l'Aide médicale d’Etat et au droit au séjour pour soins". Du côté du Parti de Gauche, on publie aussi (30 novembre), un communiqué qui insiste sur le fait que "les associations de malades doivent trouver toute leur place dans le système de santé et participer aux nécessaires politiques volontaristes de prévention, de lutte contre les discriminations, d'éducation aux sexualités et à la santé sexuelle, ciblées selon les publics et les risques".

Jean-Luc Mélenchon… l’humain d’abord !
Candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon sort un communiqué (30 novembre)."Nous n'enrayerons pas le sida avec les politiques d'austérité qui s'abattent sur l'Europe", avance le candidat. Il estime que les "politiques d'austérité qui s'abattent sur l'Europe deviennent le principal obstacle à la fin de la pandémie. En Grèce, les infections au VIH ont augmenté de 50% depuis le début de la crise, à cause des coupes budgétaires dans les programmes de prévention et de soins, et de l'augmentation des conduites à risques". "Le programme du Front de Gauche "L'Humain d'abord" porte l'exigence d'une politique volontariste de lutte contre le VIH/sida, avec le remboursement à 100% des dépenses de santé, la défense de l'hôpital public, la création d'un pôle public du médicament, des politiques ciblées et inclusives de prévention et d'éducation à la santé et aux sexualités, la fin des restrictions pour le droit au séjour pour soins et à l'AME pour les étrangers malades".

PS… contre les discriminations
"Sida : la droite ne me protège pas, la capote si !", tonne le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) qui monte au front dès le 29 novembre : En l’espace de quelques années, la droite au pouvoir a mis en péril la lutte contre le fléau du sida, préférant défendre des valeurs morales archaïques sous prétexte de réductions budgétaires. Le système de soin et de prévention français a été détricoté par cette droite à qui la santé importe peu. Cette politique est absurde et irresponsable d’un point de vue gestionnaire, la prévention qui peut être très efficace coûte bien moins cher que le soin curatif". Voilà, ça, c’est fait !
Du côté du PS, on publie un communiqué de presse le 30 novembre titré : "Sida: ensemble, luttons contre les discriminations". A cette occasion le parti rappelle que "les socialistes s'engagent contre les discriminations dont sont victimes les personnes qui vivent avec le VIH. Ces discriminations se retrouvent dans de nombreux domaines : travail, logement ou encore pour accéder à un crédit". Il sort même une campagne de trois affiches (qu’on peut voir sur le site du PS. Le PS en publie un second le même jour. "30 ans après l'apparition du sida, grâce à la mobilisation des associations, de la recherche et des médecins, des progrès considérables ont été réalisés, peut-on y lire. Elle a aussi permis d'imposer une idée neuve, celle de démocratie sanitaire. Cette réalité ne saurait masquer une situation qui est loin d'être idyllique (…) Les conditions de vie des personnes atteintes du virus se sont durcies. Discriminations à l'embauche au crédit, augmentation des restes à charge, précarité, restriction de l'accès aux soins des étrangers... Il est urgent d'accentuer les efforts pour endiguer l'épidémie et pour cela, développer les politiques de prévention, explique le parti qui invite à "ne pas baisser les bras".

Le Modem salue les efforts
Le parti de François Bayrou invite aussi à ne pas baisser les bras… décidément ça devient une manie ! Ce n’est d’ailleurs pas le futur candidat à la présidentielle qui se fend du communiqué, mais Geneviève Darrieussecq, nettement moins connue que son mentor. C’est la responsable de la Santé au Shadow cabinet (une sorte de gouvernement parallèle dans lequel un expert fait la doublure d’un ministre…). Geneviève Darrieussecq est donc dans "l’ombre" l’équivalent de Nora Berra… c’est dire ! Dans un communiqué (1er décembre), elle salue "l'effort des professionnels de santé, des bénévoles, des malades et de leurs familles, à l'occasion de la 24e édition de la Journée mondiale de lutte contre le virus du sida". "Même si les chiffres de la pandémie sont relativement stables en France, il nous faut poursuivre inlassablement les messages et les actions de prévention et d'information à l'attention de tous : les populations à risques, mais aussi et surtout les jeunes et les enfants. Les efforts sont à poursuivre principalement en matière de dépistage". Le communiqué fait aussi mention de la "tragédie que représente cette maladie dans les pays en développement, particulièrement l'Afrique subsaharienne" et intègre bien les derniers enjeux : "Les avancées de la recherche ont permis d'établir que nous sommes à un tournant et que l'éradication du virus à quelques décennies est possible. Soutenons activement la recherche, informons, dépistons et traitons pour gagner cette bataille".

L’UMP fait l’impasse
Les nouveaux enjeux… euh… on ne semble pas au courant à l’UMP puisque le parti n’a pas fait de communiqué à l’occasion du 1er décembre. Ce n’est pas lié à une grève du service de presse qui est toujours prolixe, mais à un sens des priorités différent. On peut ainsi lire sur le site des communiqués aux titres aussi alambiqués que (au hasard) : "Saisine de la commission des comptes de campagne par le PS sur le discours de Toulon : le PS marine dans son jus et prend les Français pour des idiots !" ou encore "Laure de La Raudière félicite le gouvernement et l’ensemble des acteurs pour le succès du passage de la Télévision au Tout Numérique". Mais pas un mot sur le VIH le 1er décembre (ou alors, c’est très bien caché). On tente une deuxième chance avec les Jeunes pop (les jeunes de l’UMP)... Pas mieux. Ils préfèrent parler du "droit de vote des étrangers, la vieille recette socialiste".

Elysée : la première Dame… d’abord
Carla Bruni-Sarkozy a appelé (le 1er décembre) à la vigilance, affirmant qu'il fallait "réveiller les consciences" pour améliorer la prévention et "ne pas baisser la garde devant ce virus". La Journée mondiale de mobilisation est "fondamentale car le sida n'est pas du tout un problème résolu" et si "beaucoup de progrès ont été accomplis, il reste beaucoup à faire", a-t-elle plaidé sur Europe 1. Il faut dire qu’en tant qu’ambassadrice du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, elle se doit de monter au front. "Il faut rester alertés, attentifs et dire aux jeunes, et aux moins jeunes, de se protéger, de faire des dépistages", a-t-elle ajouté. Bon, comme chaque année, c’est Carla Bruni-Sarkozy qui fait le job pour l’Elysée puisque la présidence n’a pas daigné communiquer. Evidemment, elle ne parle pas des difficultés du Fonds mondial pour 2011, ni de la baisse des financements de la part de la France, ni des programmes d’échanges de seringues… Bref, pas question d’évoquer les sujets qui fâchent. C’est bien de "ne pas baisser la garde" comme elle le préconise… C’est bien aussi de ne pas baisser les financements… comme le fait la France… un message à faire passer… à qui vous savez.

Matignon… au minimum
Ce gouvernement a bien créé le service minimum. Ça concerne manifestement aussi le VIH. Sur le site du Premier ministre, pas un seul communiqué, mais un sinistre article intitulé : "Le monde est toujours mobilisé contre le sida", un rappel bâclé d’évidences, un slogan : "Un engagement résolu pour faire reculer le sida" et on vous recommande de lire les cinq axes du plan national de lutte contre le sida 2010-2014. Pas un mot le 1er ni la veille de l’événement, François Fillon a préféré parler, ce jour-là, de la révolution numérique…

Ministère de la Santé : paroles et paroles
Xavier Bertrand, ministre de la Santé, et Nora Berra, secrétaire d’Etat, ont fait le job. La Journée mondiale est plein pot sur le site du ministère… à armes égales avec les implants mammaires. Les deux ministres rappellent "la mobilisation totale du gouvernement et les nombreuses actions menées pour faire reculer le VIH/sida". "Ces résultats [ceux concernant le VIH en France, ndlr] ne doivent pas nous faire baisser la garde. Il reste des défis à relever, explique Xavier Bertrand (…) Certaines populations restent aussi particulièrement touchées par l’épidémie. Nous ne pouvons pas l’accepter et c’est tout l’objet du Plan de lutte contre le VIH-sida et les IST 2010-2014, qui vise notamment à réduire le nombre de personnes infectées". "Nous agissons à tous les niveaux : celui du dépistage, de la prévention, de la prise en charge médicale, de la prise en charge sociale, et de la recherche", précise Nora Berra. Bref, rien de neuf, des approximations et des informations tronquées. Citons en une au passage : "Dans le domaine de la recherche et de l’observation, malgré un contexte budgétaire difficile, le soutien financier du ministère en charge de la Santé aux recherches socio-comportementales (sic) coordonnées par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales a été maintenu en 2011 au même niveau". Ce n’est pas faux, le ministère de la Santé finance 400 000 euros par an à cette institution mais sur des projets précis et ponctuels. Ce chiffre-là cache ce que dénoncent l’organisme et les activistes qui parlent d’une baisse des crédits de l’institution.

Laurent Wauquiez a un truc à nous dire
Contrairement à une légende urbaine (assez répandue), Laurent Wauquiez ne s’intéresse pas qu’aux bénéficiaires du RSA qu’il veut faire travailler gratuitement, ni à ses salariés malades qui ont l’outrecuidance de se mettre en arrêt maladie… Il s’intéresse aussi au VIH… disons plus précisément qu’il en parle. On peut en juger dans le communiqué de presse intitulé : "Lutte contre le sida : tous mobilisés derrière notre recherche", (1er décembre), que le ministre de l’Enseignement supérieur et la recherche a publié (1er décembre) et qui appelle à la mobilisation générale contre la maladie. L'excellence de la recherche a permis des progrès importants ces dernières années, mais les efforts doivent être maintenus car l'épidémie continue de progresser et demeure un enjeu de santé publique majeur. De nouvelles frontières de la recherche sont à explorer et le lien entre recherche fondamentale et recherche clinique doit être réinventé".

Verts… de rage !
"Toujours en colère". Tel est le titre de la tribune inédite publiée sur YAGG par Eva Joly, la candidate d’Europe Ecologie Les Verts à la présidentielle. "Trente ans après la découverte du virus du sida, nous sommes encore et toujours face à l’une des plus graves épidémies connues à ce jour, avance Eva Joly (…) La maladie fait son creuset des discriminations et des inégalités, elle se répand là où la pauvreté et la corruption se développent, elle se joue de nous lorsque les laboratoires pharmaceutiques imposent leurs vues. Nous avons tous les moyens pour éradiquer le sida : c’est une question politique. Bien évidemment, il nous faut revenir sur les décisions qui discriminent et stigmatisent les plus fragiles. La pénalisation de la prostitution et des usagers de drogue, l‘affaiblissement des aides sanitaires pour les plus précaires ou encore la perpétuation des discriminations envers les personnes homosexuelles et trans’ sont autant de politiques qui font le jeu de la maladie". Et puis, elle rappelle aussi cette évidence, que beaucoup oublient : "Le sida, comme toutes les maladies, n’est jamais une affaire individuelle. Il doit être combattu collectivement (…) Restons en colère".
Du côté des Jeunes Écologistes, on a décidé de distribuer le 1er décembre des préservatifs estampillés "Eva Joly, la candidate qui protège" dans un grand nombre de ville de France. C’était le cas à la manifestation à Paris. "La priorité doit aller au traitement des personnes infectées et au dépistage, accessible à tous, anonyme et gratuit. La prévention et la solidarité, au cœur des propositions écologistes pour la santé, voilà la réponse à apporter pour cette journée mondiale de lutte contre le sida", indique le communiqué (30 novembre) des Jeunes Ecolos.