Warning Bruxelles : faut que ça bouge !

Publié par jfl-seronet le 16.12.2010
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discriminationdépistageTPEprévention par le traitement
Fin novembre, la branche belge de l'association Warning, établie à Bruxelles, a décidé de frapper un coup et les esprits en publiant une tribune qui tient aussi du manifeste politique. L'objectif de ce texte, revendicatif et pêchu, est d'affirmer qu'en matière de "réduction des risques sexuels et de santé gay à Bruxelles : il est grand temps de bouger !"
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L'association Warning est née en France. Elle a, ces dernières années, essaimé au Québec (Montréal) et en Belgique (Bruxelles). Pour faire simple, les trois entités cogitent ensemble, souvent avec pertinence, sur les grands sujets du moment en matière de VIH/sida. Cela va de la pénalisation de la transmission à la santé gaie. C'est d'ailleurs, il faut lui rendre justice, grâce à Warning et son grand colloque international en 2005 que cette question a été définitivement ancrée dans le paysage de la lutte contre le sida en France. Outre cette mutualisation de la réflexion, Warning et ses antennes développent des stratégies locales. C'est le cas de ce qui se passe à Bruxelles avec la publication de ce plan de bataille. Les derniers résultats de la situation du VIH et des IST en Belgique (voir notre article sur Seronet) et surtout les bouleversements en matière de prévention du sida chez les gays dont "l'avènement de la réduction des risques sexuels" comme dit Warning Bruxelles, ont conduit l'association à développer un ensemble de propositions pour engager en Belgique, et surtout à Bruxelles, une "dynamique de décloisonnement des conditions de prévention et de prise en charge du VIH." Lorsqu'on lit le texte de Warning Bruxelles, les critiques se dessinent : celle d'une répartition des compétences (fédérales, communautaires et régionales) qui, en l'état actuel, "empêche la prise en compte globale des besoins d’information, de diagnostic et de soin, et la mise en œuvre d’une politique efficace de réduction des risques sexuels chez les gays." Se dessinent également, en creux, les critiques aux associations de lutte contre le sida locales. Warning étant un groupe récent en Belgique, il n'est, de fait, pas responsable du passif actuel. Et à lire les revendications de Warning, du passif, du retard, des manques, il y a en a. Ce qui est intéressant d'ailleurs dans ce texte, c'est qu'il n'est pas un catalogue de critiques, mais un ensemble cohérent (qui mérite d'être débattu) de propositions.

Warning Bruxelles demande d'abord : "La constitution d’une cellule de coordination en santé sexuelle en population gay à Bruxelles". Dit comme ça, cela fait un peu techno-bazar. En fait, il s'agit de créer une "réelle coordination [à Bruxelles] autour du VIH, de la prévention, de la réduction des risques et des soins" sous forme d'une plateforme inter-associative dont la vocation serait de réunir les décideurs des différentes instances (fédérales, régionales, communautaires) compétentes en matière de santé et plus spécifiquement sur le VIH/sida. Dans l'esprit de Warning Bruxelles, il s'agit bien de créer un "Conseil" qui comprendrait "tous les acteurs communautaires néerlandophones et francophones de Bruxelles ayant pour objectif de formuler des recommandations politiques en matière de prévention et de prise en charge." Selon l'association, mission serait fixée à ce Conseil de mettre en musique concrètement : "le nouveau paradigme de prévention fondé sur l’élargissement rapide du dépistage et l’utilisation du traitement comme outil de prévention." De façon assez claire, on comprend que la Belgique et plus particulièrement les habitants de Bruxelles risquent de rater le coche de cette nouvelle prévention si le paysage associatif de lutte contre le sida reste en l'état et faute d'une concertation entre l'ensemble des acteurs (institutionnels compris).

Warning Bruxelles défend donc la stratégie d'une "extension conséquente de l’offre de dépistage". Cette extension passe par un meilleur accès au dépistage. "Les structures publiques actuelles de dépistage à Bruxelles sont insuffisantes : une seule à Bruxelles avec deux jours seulement d’ouverture et des plages horaires très restreintes", note Warning Bruxelles. Il passe également par de meilleures garanties sur l'anonymat et la gratuité. "Tout dépistage complémentaire [IST, hépatites] annule l’anonymat et la gratuité au principe du dépistage du VIH. Il faut y remédier d’urgence", rappelle l'association. Elle demande également qu'une réflexion soit menée sur "l’entrée rapide dans le parcours de soins" pour les personnes dépistées séropositives. Comme c'est déjà le cas ailleurs, l'association belge défend l'articulation entre une meilleure offre de dépistage et l'intégration du TasP ("Treatment as Prevention", "Le traitement comme outil de prévention") aux politiques de lutte contre le sida. A cela, il faut des conditions qui, manifestement, ne sont pas encore réunies en Belgique. L'association demande donc un accès généralisé aux soins et leur gratuité. "Au-delà de la seule prise en charge à 100 % par l’INAMI [Institut national d'assurance maladie-invalidité] des traitements antirétroviraux actuellement disponibles en Belgique, les actes médicaux jalonnant le parcours de soins des personnes séropositives (consultations, bilans biologiques, actes spécialisés, hospitalisations) doivent être intégralement remboursés afin de ne pas constituer un frein à la prise en charge", avance l'association. Elle exige aussi "l’accès aux informations, aux bilans biologiques et au dossier médical sans intermédiaire pour les personnes séropositives qui le souhaitent" et que "toute proposition de traitement antirétroviral" se fasse avec "le consentement éclairé de la personne concernée." Pour dire les choses clairement, Warning Bruxelles défend le principe que "le traitement antirétroviral doit d’abord viser à protéger la santé de la personne, et dans un second temps servir d’outil de prévention. L’objectif de prévention fourni par cette nouvelle approche ne doit pas s’imposer au dépend des personnes séropositives." L'association préconise également une "généralisation de l’offre de TPE (Traitement Post-Exposition)". Ce dispositif est actuellement méconnu, sous financé et peu accessible (voir notre brève). Warning Bruxelles préconise enfin le développement de recherches centrées sur la communauté gay à Bruxelles pour, entre autres, faire un "état de lieu des parcours des gays séropositifs à Bruxelles" en mettant notamment l'accent sur les discriminations y compris dans l'accès aux soins. L'association belge demande aussi des "engagements publics fermes contre la pénalisation de la transmission du VIH"

Comme on l'imagine, le lancement de cette plateforme a été diversement apprécié. Son avantage est de susciter le débat, de pointer les grands enjeux du moment, mais ce texte engage désormais la responsabilité de Warning Bruxelles et son aptitude à faire vivre et prospérer ces revendications. Ce lancement témoigne aussi d'une volonté de sortir du ronronnement, de changer de ton. Un changement de ton, c'est d'ailleurs ce que l'association a souhaité faire avec sa campagne avec Saint Nicolas distribuée à l'occasion de la marche du 1er décembre 2010 : "J’ai le sida, ça va… ?" Une campagne qui entendait se démarquer du "ton larmoyant des campagnes de solidarité et par le fait que les séropositifs restent invisibles en Belgique, y compris chez les gays". "Ce qui me choque le plus, c’est qu’on continue à faire comme si les personnes séropositives étaient nulle part, et surtout pas proches de nous, en famille, à la télévision, à la radio, au sauna, à la brasserie, dans les équipes de sports que nous aimons (…) mais aussi dans nos lits ! Il y a trop longtemps que je vis moi-même avec cette idée : on croit que je n’existe pas, que je ne suis pas là, tout près, et parfois, on ne m’attend plus. Je pense que ça suffit : on ne lutte pas contre l’exclusion en faisant comme si", expliquait Saint-Nicolas.
Plus d'infos sur Warning sur www.thewarning.info
Contact Bruxelles – Brussel : bxl@thewarning.info


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Lire aussi "Séropositivité, n’en faisons plus un tabou", nouvelle campagne lancée par Ex Aequo

En Belgique, "le nombre annuel de nouveaux diagnostics de VIH chez les gays et bis a augmenté de 228 % entre 1999 et 2008 (de 101 à 332 cas) et ce chiffre élevé se maintient en 2009, représentant 45,5 % des cas, c’est-à-dire près de la (suite)

Lire aussi sur Seronet la question de la levée du secret médical en Belgique en cas de séropositivité.

Photo : Pinkfloyd, Kalimevole