Washington 2012 : Ensemble, inversons la tendance !

Publié par jfl-seronet le 22.07.2012
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ConférencesAIDS 2012

"Turning the tide together" ("Ensemble, inversons la tendance"), le mot d’ordre de la 19ème conférence internationale sur le sida est on ne peut plus clair sur les enjeux de la lutte contre la pandémie. En amont de la conférence, chercheurs, institutions et organisations non gouvernementales s’expriment. Morceaux choisis par Seronet en attendant l’ouverture officielle dimanche 22 juillet.

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C’est toujours difficile de juger en amont de ce que sera une conférence, des avancées qu’elle permettra, si elle fera (ou pas) date. Il faut au moins reconnaître que le mot d’ordre retenu cette année : "Turning the tide together" ("Ensemble, inversons la tendance"), affiche une certaine ambition… et constitue un pari sur l’avenir. C’est dans ce contexte qu’on lit avec intérêt les différentes interviews accordées en amont de la conférence et des indications données par certaines organisation non gouvernementales par les revendications qu’elles entendent porter à cette occasion.

Il y a des optimistes
C’est dimanche 22 juillet que démarre la Conférence de Washington. En tour de chauffe de l’événement, quelques grands noms de la recherche sur le sida se sont exprimés, notamment pour afficher un certain optimisme quant à la possibilité de mettre fin à cette pandémie. L’optimisme tient surtout au fait que l'arsenal des traitements existants permet d’envisager un arrêt de l’épidémie, même si on ne parle pas encore de guérison. "Pour la première fois nous pensons pouvoir déclarer que nous sommes au début de la fin de la pandémie du sida, a ainsi expliqué lors d’une conférence de presse le Dr Diane Havlir, professeur de médecine à l'Université de Californie à San Francisco, co-présidente de la conférence. L’optimisme est aussi de rigueur avec le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) : "Nous commençons vraiment à réaliser qu'il est possible de réellement agir sur l'infection et de changer la trajectoire de la pandémie... même sans pouvoir (encore) guérir le sida, a-t-il expliqué de son côté à l'AFP, mi juillet. Ce virologue, fonde surtout cet espoir sur les résultats récents d'essais cliniques révélant que des antirétroviraux permettent aussi de réduire fortement le risque d'infection des personnes séronégatives, pas seulement de contrôler le virus chez celles qui sont infectées.
 
Stopper le sida : l'OMS y croit
Les percées dans la recherche et les progrès accomplis dans certains pays "montrent qu'il est possible de vraiment faire des progrès pour intensifier la réponse et même commencer à envisager l'élimination de nouvelles infections", expliquait (17 juillet) le Dr Gottfried Hirnschall, responsable de la lutte contre Le VIH/sida à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans un entretien accordé à l'AFP, il indiquait : "Nous disposons d'un arsenal assez important de traitements à notre disposition". L’OMS estime que les médicaments anti-VIH ont sauvé environ 700 000 vies dans le monde en 2010. Par ailleurs, l’OMS est revenue sur les résultats de plusieurs essais cliniques récents qui montrent qu'il est bénéfique de commencer plus tôt les traitements ARV pour prévenir l'infection. D’autres études menées ont aussi révélé une bonne efficacité préventive des antirétroviraux pris quotidiennement chez des personnes séronégatives dans des couples hétérosexuels ou homosexuels dont un des partenaires vit avec le VIH. "Nous voyons cela comme probablement un sujet central de conversation à la conférence de Washington et plus généralement comment profiter au mieux des antirétroviraux pour faire de la prévention", estime Gottfried Hirnschall. L'expert a précisé à l’AFP que l'OMS va rendre public durant la conférence de Washington un guide d'utilisation des médicaments anti-VIH comme prévention chez les personnes séronégatives.
 
Il y a des pessimistes
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les propos d’Anthony Fauci ont surpris le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de  l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRSH). Il l’indique clairement dans une interview au "Point" (16 juillet) titrée : "Non, la fin de la pandémie de sida n'est pas en vue". Dans cette interview, le directeur de l’ANRSH explique qu’un des grands enjeux est le dépistage. "Réduire au maximum la charge virale chez les patients est une autre approche de prévention. En effet, moins on a de virus, moins on risque d'infecter autrui. Mais s'il y a actuellement 6,5 millions de personnes qui sont traitées dans le monde, on estime le nombre des porteurs du virus à 35 millions, dont 70 % ignorent leur séropositivité... Il faut donc d'abord les dépister", explique Jean-François Delfraissy.
 
L’argent, le nerf de la guerre
Si du côté scientifique, on affiche un certain optimisme, du côté des activistes et même de certaines institutions internationales, c’est la prudence qui est de mise et parfois même l’inquiétude. Pas de différence d’appréciation quant aux performances de l’arsenal thérapeutique actuel, mais une crainte que les financements ne soient pas à la hauteur et pas au rendez-vous. Autrement dit, le fossé dans les ressources jugées nécessaires pour lutter contre le VIH/sida reste une préoccupation importante des responsables sanitaires dans un contexte de contraintes budgétaires et de faible croissance économique mondiale. Par exemple, l'ONU a fixé l'objectif à 24 milliards de dollars pour les contributions, soit neuf milliards de plus que les 15 milliards mobilisés en 2010. L’enjeu est clair.  Même avec les stratégies et les outils les plus innovants, s'attaquer à la pandémie du VIH/sida et la faire reculer, échouera sans une augmentation importante des ressources et une baisse des prix des médicaments antirétroviraux. C’est le message que les ONG les plus importantes entendent porter. Globalement 6,65 millions de personnes ont actuellement accès aux traitements anti-VIH. On estime que 34 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde dont 3,4 millions d'enfants.
 
AIDES va plaider !
A l’instar d’autres associations non gouvernementales, AIDES entend profiter de la tribune qu’est la conférence pour faire avancer ses principales revendications. Sur le volant international, l’une concerne la taxe sur les transactions financières. C’est un des éléments, pas le seul, du reste, qui permettrait enfin d’atteindre l’objectif d’un accès universel aux traitements. L’équation est assez simple : sans argent, pas de traitements et sans un accès universel aux traitements (autrement dit soigner toutes les personnes qui en ont besoin), il n’est pas envisageable de mettre un arrêt à l’épidémie. Pour cela, il faut donc que la TTF soit mise en place, appliquée par le plus grand nombre de pays possible et que son produit aille au développement, à la lutte contre les grandes pandémies… et pas au comblement des déficits budgétaires… comme certains gouvernements l’envisagent.

"A l’heure où l’on entrevoit la fin possible de l'épidémie, un financement à la hauteur des besoins est plus que jamais indispensable, estime AIDES. C'est même la meilleure stratégie économique à moyen-terme. L'accès universel permettrait de sauver la vie de 9 millions de personnes, de casser définitivement la chaîne de contamination et d'assurer le développement humain et économique de pays minés par l'épidémie". Outre la TTF, un autre facteur peut jouer : le fait que les pays du Nord augmentent leur contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida et la part de leur produit intérieur brut (PIB) à l’aide au développement. D’autres leviers existent… comme le fait d’aider les pays du Sud à renforcer leurs systèmes de santé en augmentant la part des budgets nationaux consacrée à la santé. Autre piste : les Etats doivent faire pression sur l'industrie pharmaceutique pour faire baisser le coût des traitements et augmenter le recours aux génériques… Et cela est valable au Nord comme au Sud. Enfin, selon AIDES, il est "urgent de mettre en place des sources de financement innovantes et pérennes" dont l’exemple le plus célèbre est la taxe sur les transactions financières. Affectée pour partie à la lutte contre le sida, cette taxe indolore pour l'économie réelle permettrait de lever des sommes considérables en faveur de l'accès universel aux traitements et à la prise en charge", explique l’association.