Washington 2012 : Obama joue l’écran

Publié par jfl-seronet le 23.07.2012
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ConférencesAIDS 2012

Pas facile le boulot de coordinateur américain de la lutte contre le VIH/sida… surtout lorsqu’on son pays accueille la conférence internationale sur le sida et que son pays justement est loin d’être exemplaire dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Exemple avec Eric Goosby, l’actuel titulaire du poste qui a dû (18 juillet) prendre la défense du président Barack Obama qui a décidé de ne pas venir ouvrir la conférence de Washington.

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Eh oui, ne pas venir en personne ouvrir la 19ème conférence internationale sur le sida, a fortiori quand son pays l’accueille et qu’on est en campagne électorale à des allures de maladresse voire de faute. C’est curieusement le choix fait par Barack Obama. Dans ces cas-là, il faut trouver quelqu’un pour réparer. Cette tache incombe donc à Eric Goosby, coordinateur américain de la lutte contre le sida. Ce dernier a dû prendre la défense (18 juillet) du président américain, critiqué parce qu’il dédaigne l’événement. "L'engagement du président Obama sur le sida s'illustre à travers ses actions, qui parlent plus que des mots", a-t-il dit en réponse à une question lors d'une conférence de presse. C’est l’argument classique qui fait fi de la portée symbolique de la présence du président américain à la plus importante manifestation mondiale de lutte contre le sida. Pour Michael Weinstein, président de l'organisation non gouvernementale AIDS Healthcare Foundation : "Cette décision marque un triste jour dans la guerre contre le sida et est un triste reflet de la présidence Obama". Comme l’indique l’AFP, l’activiste a aussi rappelé que "les anciens présidents George W. Bush et Bill Clinton, ainsi que Bill Gates, se sont tous engagés à venir parler à cette conférence".

Eric Goosby a donc voulu assurer (rassurer ?) que le président "prêtait attention à la question du sida depuis le tout début de son mandat". "Depuis le premier jour, nous avons accru le nombre de personnes sous traitement pour le faire passer de 1,7 à 4 millions, soit la moitié des 8 millions ayant désormais accès aux antirétroviraux" dans les pays à revenus faibles et intermédiaires", a-t-il souligné. "Pour les Etats-Unis, le président Obama et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton [qui, elle, devrait être présente, il est absolument clair qu'il s'agit d'une priorité et d'une politique de haute importance", a ajouté Eric Goosby. "Je peux parler au nom du président pour vous dire que (….) la Maison Blanche organisera une rencontre à laquelle Monsieur Obama conviera des participants à la conférence (sur le sida)". Barack Obama devrait s'adresser aux participants de la conférence via une vidéo.

Evidemment, les explications d’Eric Goosby peinent à convaincre. Un peu comme si le président américain, en campagne pour sa réélection, craignait que son intervention soit mal accueillie parvles activistes notamment américains. Si le bilan de la politique américaine en matière de financement de la lutte contre le sida sur le plan international fait l’objet de peu de contestations, il n’en va pas de même de la politique conduite aux Etats-Unis même en matière de prise en charge des personnes vivant avec le VIH et plus largement de prévention. Certains groupes semblent complètement mis à l’écart ou tout du moins délaissés. Ce que confirme un récent rapport. Les hommes noirs homos forment le groupe le plus touché par le VIH aux Etats-Unis, dans une ampleur qui dépasse toute autre communauté dans les pays développés, selon un rapport de l'Institut Black AIDS publié (18 juillet) en amont de la conférence. Selon ce rapport, cité par l’AFP, la situation est telle que dans certaines villes américaines, un Noir sur deux ayant des relations homos vit avec le VIH. "Le sida en Amérique est une maladie de Noirs, peu importe l'angle que l'on prend pour regarder (le sujet)", a expliqué Phill Wilson,  le président de l'institut Black AIDS. Il est temps de "démarrer un nouveau débat et de préparer une réponse solide" au problème. Le rapport établit que si cette catégorie de personnes représente une personne sur 500 dans le pays, un individu touché par le VIH sur quatre en fait partie. Par rapport aux gays blancs, les Noirs sont deux fois plus touchés par le VIH. Autre enseignement de cette étude, les Noirs homos séropositifs ont "aussi beaucoup moins de chances d'être encore vivants trois ans après avoir contracté la maladie que les homosexuels et bisexuels blancs ou hispaniques".

Autre problème majeur révélé par le rapport : les Noirs homos ont sept fois plus de risque de ne pas connaître leur séropositivité. "Pour être franc, c'est la pire épidémie de tous les pays développés, et qui rivalise avec de nombreux pays en développement", a lancé Phill Wilson. Déjà en 2009, les autorités sanitaires indiquaient que la prévalence du VIH dans la communauté noire homo de Washington était supérieure à celle de pays comme le Kenya ou l’Ouganda, des pays pourtant très touchés par la pandémie. Comme le rappelle l’AFP, ce triste constat fait écho à celui de l'organisation de lutte pour les droits et l'avancement des Noirs, la NAACP, qui, un peu plus tôt ce mois-ci, avait appelé le clergé afro-américain à mobiliser davantage ses paroissiens sur le sujet. Selon Phill Wilson, qui souligne le manque d'accès aux soins pour les Noirs des villes moyennes (le président Obama a-t-il une solution ?), cette situation est due au retard pris dans les années 1980 pour traiter la maladie par la communauté noire, alors confrontée à la pauvreté, au chômage et aux drogues dures tel le crack. Un retard pas rattrapé sous les présidences précédentes et pas davantage sous celle de Barack Obama.