X.Y. SEX : le plaisir affiche la couleur !

Publié par jfl-seronet le 11.02.2014
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Quatrième saison bordelaise pour X.Y.SEX, l’événement proposé par AIDES et ses partenaires autour du sexe sous toutes ses formes, dans tous les genres… et même plus (voir programme sur Seronet). Interview de Raphaël Seine, militant de l’association à Bordeaux, un des principaux organisateurs de cette semaine des plaisirs.

X.Y. SEX : le plaisir affiche la couleur !
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Quatrième saison bordelaise pour X.Y.SEX., l’événement proposé par AIDES et ses partenaires autour du sexe sous toutes ses formes, dans tous les genres… et même plus. Interview de Raphaël Seine, militant de l’association à Bordeaux, un des principaux organisateurs de cette semaine des plaisirs.

X.Y. SEX en est à sa quatrième édition et connaît un succès grandissant. Comment l’expliquez-vous et quels en sont les principaux points forts ?

Raphaël Seine : Chaque année est une surprise, mais, en effet, nous recevons de plus en plus de monde, et nous aimons à penser que c'est justement grâce à ce genre d'action très visible et médiatique que nous rendons petit à petit plus "naturel" le fait d’échanger sur les sexualités. Et à AIDES, nous sommes bien placés pour savoir que lutter contre le silence et la clandestinité des pratiques aide à lutter contre les épidémies ; c'est donc une vraie satisfaction.

Ensuite il est clair que le fait d'ancrer avec régularité la visibilité de l’association dans la cité avec ce type d'action permet de nous faire davantage identifier et reconnaitre pour ce que nous sommes et ce que nous offrons. Cela nous aide aussi toute l'année localement sur nos actions habituelles. Le fait d'afficher aussi clairement la "couleur" auprès d’un large public, qui nous évite parfois sur nos actions, en montrant que non, nous ne faisons pas que parler de préservatifs, de dépistage ou de contraintes, mais que nous sommes un lieu d’échange sans jugement sur nos santés et nos vies sexuelles, (qui plus est dans des lieux conviviaux, avec des supports artistiques) est surement une des clés  de cet engouement.

Quant au public qui nous rejoint, il s'étoffe chaque année de nouvelles personnes tandis que certains nous suivent depuis la première édition. Ce public est aussi extrêmement  varié : hommes et femmes à parts égales, LGBT et hétéros à part égales, de tous âges, avec de plus en plus de personnes migrantes, puisque naturellement nous nous appuyons sur les communautés avec lesquelles  nous agissons toute l'année. Il est intéressant de voir qu'au-delà des communautés prioritaires identifiées, d'autres nous rejoignent (étudiants, libertins, noctambules invétérés, etc.), ce qui  enrichit les échanges et, nous l’espérons, lutte aussi contre les préjugés et les discriminations.

Un des objectifs de cette manifestation est de libérer la parole sur le sexe. Est-ce que cette parole se libère plus facilement aujourd’hui ? Craignez-vous que dans le contexte actuel cela devienne de plus en plus difficile, de moins en moins évident de le faire publiquement, dans un cadre collectif ?

Jusqu'à présent nous n'avons jamais été confrontés à des réticences ou des blocages, mais bien sûr, vu toute l'énergie déployée par nos chers  anti-mariage pour tous, anti-IVG, anti-gender, anti-etc., etc. on peut imaginer que cela ne doit pas leur faire très plaisir que des personnes se réunissent pour aborder les pratiques sexuelles sans tabous, en acceptant  toutes les identités et orientations, afin d’avancer ensemble vers un mieux-être sexuel qui peut passer par un affranchissement de certaines barrières supposément "morales". Notre objectif prend donc encore davantage de sens en ce moment, en ne laissant pas toute la place aux "anti" et en montrant publiquement qu'il  y a aussi  des militants, des participants et un public pour  organiser et apprécier des actions portées par AIDES comme X.Y.SEX.

Un autre objectif est de faire réfléchir aux stratégies de prévention. Est-ce que les participant-e-s abordent facilement la question des risques, les enjeux personnels de prévention ? Et est-ce que cela évolue d’édition en édition ou pas vraiment ?

En fait, c’est là le postulat de départ de ce projet, mais nous n’inventons rien puisque cela fait partie de nos principes d’action : nous avons depuis longtemps perçu sur nos actions que c’est en abordant la personne dans sa globalité et notamment en partant de ses pratiques sexuelles et de sa recherche de plaisir qu’elle arrive à identifier là où il y a potentiellement une prise de risque. Ce qui lui permet ensuite de voir très finement quels outils, quelle stratégie elle va pouvoir mettre en place pour réduire ce risque. Que nous fassions une soirée sur le sadomasochisme, la drague, la gorge profonde ou le multi-partenariat, arrive toujours naturellement dans l’échange le sujet des risques, du VIH, des IST, des modes de transmission et la RDR. Parfois, les personnes vont parler très longuement de la meilleure façon de faire une belle fellation, et c’est finalement là que les sujets sur la charge virale, la PrEP ou le dépistage vont émerger. La prévention n’est pas le sujet principal, on ne force pas non plus particulièrement son émergence, mais on se rend compte que cela fonctionne beaucoup mieux que d’annoncer : "Ce soir, soirée sur la prévention VIH lors d’une fellation".

Vous arrivez à associer des partenaires très différents à cet événement. Qu’est-ce qui les intéresse, les motive selon vous dans cet événement ?

Pour une bonne partie, ce sont avant tout des partenaires de longue date, dont il faut souligner la fidélité et l’engagement. Mais c’est vrai que ce projet nous permet chaque année de travailler avec de nouveaux partenaires artistiques, associatifs, universitaires, etc. Je crois qu’ils trouvent là une opportunité d’apporter leur énergie à la lutte contre le VIH, tout en se sentant peut-être plus légitimes d’être associé à une action estampillée "Santé sexuelle/sexualité" que purement "VIH/hépatites". Même si c’est  la même chose au final ! Par ailleurs, là encore, la dimension événementielle, ludique, médiatique, visible, festive, artistique du projet joue aussi en notre faveur, car c’est quelque chose qui les dynamise et les attire. Au risque de caricaturer… je dirais qu’on aime tous un peu les paillettes et la visibilité d’un tel projet ! Et c’est aussi vrai pour la mobilisation de nos propres militants. C’est souvent une première accroche un peu ludique et sexy pour ceux qui ne connaissaient pas bien l’association, une accroche qui permet de continuer à travailler avec eux toute l’année et sur des projets au long cours.