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Publié par ouhlala le 12.06.2008
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De toute évidence, nous sommes dans le monde pour ne rien faire ; mais, au lieu de traîner nonchalamment notre pourriture, nous exhalons la sueur et nous nous essoufflons dans l’air fétide . L’histoire entière est en putréfaction, ses relents se déplacent vers le futur, nous y courons, ne serait-ce que par la fièvre inhérente à toute décomposition. (…)La respiration elle-même procède d’un fanatisme en germe, comme toute participation au mouvement…. (…)

La vie n’est possible que par les déficiences de notre imagination et de notre mémoire. (…)

La raison s’attache vainement à nous montrer les proportions infinitésimales de nos accidents : elle échoue devant notre propension à la prolifération cosmogonique. (…)

Le salut finit tout ; et il nous finit. Qui, une fois sauvé, ose se dire encore vivant ? On ne vit réellement que par le refus de se délivrer de la souffrance et comme par une tentation religieuse de l’irréligiosité. Le salut ne hante que les assassins et les saints, ceux qui ont tué ou dépassé la créature ; les autres se vautrent –ivres morts- dans l’imperfection. (…)

CIORAN.   Précis de décomposition.  Gallimard 1990 (47).