40 mousquetaires pour un seul homme.... ké santé !

Publié par jl06 le 12.06.2019
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Cet historien veut percer le mystère du masque de fer

 10h00 , le 12 juin 2019 - Par Antoine Dreyfus

L'historien Christophe Roustan Delatour cherche, depuis cinq ans, l'identité du mystérieux prisonnier au masque de fer, incarcéré du temps de Louis XIV près de Cannes. Une exposition, sur l'île Sainte-Marguerite, retrace sa quête.

Christophe Roustan Delatour, dans la tour du musée de la Castre, à Cannes, le 15 mai.

Christophe Roustan Delatour, dans la tour du musée de la Castre, à Cannes, le 15 mai. (Loïc Malavard pour le JDD)Partager sur :

"C'est le plus grand secret d'Etat de toute l'histoire de France. Il y a tous les ingrédients d'une machination : un roi de droit divin, une prison dorée, un détenu mystérieux, des traces, mais pas de preuve ­ultime et de multiples pistes." Précis, passionné, intarissable, Christophe Roustan Delatour arpente une terrasse du fort royal de l'île Sainte-Marguerite, située à vingt minutes de Cannes en ­bateau. A l'endroit où, il y a plus de trois cents ans, le célèbre prisonnier pouvait vraisemblablement se promener, à l'abri des regards. A la demande du maire, l'historien et directeur adjoint des musées de la ville a conçu une exposition pour raconter le quotidien du détenu et surtout la folle énigme, toujours irrésolue, qui a inspiré Alexandre Dumas dans Le vicomte de Bragelonne.

L'ordre d'incarcération était venu de très haut

Lecture de dizaines d'ouvrages, plongée dans les Archives nationales à Paris, exhumation de documents inédits, etc. Depuis cinq ans, l'ancien élève de l'Ecole du Louvre et de l'Inalco, spécialiste des arts premiers, vit sous l'Ancien Régime, au temps de Louis XIV et des lettres de cachet. Parfois jusqu'à l'overdose.

Par des mots précis, il ressuscite la base militaire royale dont la vocation était de bloquer l'accès des navires espagnols. Soudain, en 1687, la voilà transformée en prison. L'ordre est venu de très haut : Louvois, le ministre de la Guerre, demande au gouverneur Saint-Mars de construire une geôle spacieuse. "De nouvelles cellules viendront s'ajouter plus tard pour d'autres détenus mais, clairement, le fort est aménagé en prison pour cet unique prisonnier", détaille Christophe Roustan Delatour en faisant visiter l'antre dans lequel "le masque" passa onze ans, de 1687 à 1698. Confortablement meublée, la geôle de 30 mètres carrés est dotée d'une belle hauteur sous plafond et d'une fenêtre laissant passer la lumière. Mais les trois rangées de barreaux empêchent de jeter ou de recevoir un objet par la fenêtre.

40 mousquetaires pour un seul homme

Venu de la prison d'Exilles, ­aujourd'hui en Italie, le détenu a traversé les Alpes en chaise à porteurs, convoyé par une équipe de huit solides Piémontais qui se relaient au fil des étapes : Briançon, Gap, Digne, Castellane, Grasse, etc. Déjà, les premières rumeurs bruissent : "On a vu un prisonnier portant un masque en fer." En septembre 1687, une gazette vendue sous le manteau, Les Nouvelles ecclésiastiques, évoque un détenu dont l'identité est tenue secrète.

Pour le surveiller, rien de moins qu'une compagnie de 40 mousquetaires. Des soldats d'élite, triés sur le volet, au service exclusif du roi. "Là, encore, c'est très intrigant, ajoute l'historien. Quarante hommes pour un seul prisonnier!" Et même un valet, qui aurait occupé la cellule jouxtant la sienne. C'est le roi qui paie l'entretien, onéreux, de la cinquantaine d'habitants de la prison. Chaque jour, des fruits et des légumes, du poisson et de la viande sont livrés par bateau. Des blanchisseuses cannoises s'occupent du linge.

Une personne liée par le sang à Louis XIV?

Conditions de détention, organisation de la vie quotidienne, rapports entre le gouverneur Saint-Mars et Louvois, etc. Les archives fournies ne contiennent pas d'écrit révélant l'identité du prisonnier. Cinq ans après le début de ses recherches, il a néanmoins acquis une certitude : le détenu revêtait une importance capitale pour le souverain. "Si Louis XIV s'est donné tant de mal pour le cacher tout en lui assurant un confort relatif, c'est qu'il était lié par le sang avec lui." Une déduction qui appartient à l'historien.

Evacuant une cinquantaine ­d'hypothèses farfelues à la ­lumière des sources historiques, ­Christophe Roustan Delatour choisit d'en dévoiler trois. Il tient pour vraisemblable qu'Eustache Danger était l'homme au masque de fer, notamment parce que son nom apparaît dans le registre de la prison d'Exilles. Mais il laisse au visiteur la liberté d'opter pour Fouquet, le surintendant des finances du roi, pourtant officiellement mort en 1680, ou pour l'espion et traître Mattioli.

Enigme dans l'énigme : qui est Eustache Danger? Auteur de best-sellers sur le Roi-Soleil et historien de référence, Jean-Christian Petitfils assure que le gouverneur Saint-Mars aurait prétendu que ce simple valet était un seigneur afin d'obtenir – consécration suprême – la direction de la prison de la Bastille. Christophe Roustan Delatour, lui, juge que le gouverneur, veuf et septuagénaire, n'avait plus envie de faire carrière et de venir à Paris. "Sa correspondance avec Louvois montre qu'il prend ses ordres directement de Versailles, explique-t-il. Ce n'est qu'un exécutant."

Chaque recherche nourrit un peu plus l'énigme

Aux yeux du conservateur cannois, "le masque" ne serait pas un domestique mais une personne liée par le sang à Louis XIV. Tel un demi-frère, qui lui ressemblerait et qu'il aurait soustrait aux regards… Sans doute la version la plus romanesque. L'enquêteur sait bien que sa piste remet en question la légitimité des Bourbons. Si c'était vrai, Louis XIV ne serait pas le fils de Louis XIII, mais l'enfant d'un mousquetaire (un certain d'Angers) et d'Anne d'Autriche. Une thèse que nul historien n'a, à ce jour, osé défendre.

C'est un peu comme si, au lieu de résoudre l'énigme, Christophe Roustan Delatour l'avait nourrie et embellie. L'extrait d'un registre de la Bastille est présenté au public sur l'île Sainte-Marguerite. On y découvre que, lors de son séjour dans la prison parisienne, le détenu ne portait pas un masque de fer... mais de velours.

Commentaires

Portrait de parisien-breton_en_ligne

je dirais que le masque de fer pourrait être Alexandre Benalla... Foot in MouthInnocent