Dans un mois, j'ai 20 ans........(2)

Publié par Unan le 16.01.2012
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Evelyne m’a envoyé vers Denis…. Denis, grand, blanc, ni beau ni laid. Denis et ses yeux bleus malicieux, son sourire de circonstance, sa blouse blanche parée de ses stylos colorés en guise de barrettes, sa petite panoplie de blagues pré-consumées. Denis et/ou l’art et la manière de présenter de manière légère des mots dont les sens sont tous sauf anodins. Denis, la gravité potache en bandoulière. Denis, mon contrôleur aérien. « Allo ??!!?? Tour de contrôle ?? Mes défenses s’épuisent… Vous avez trouvé pourquoi ? Ca va tenir encore longtemps ? » Autour de lui s’affairent les fées….Différentes couleurs pour différentes missions. Une organisation paramilitaire à la fois douce et dirigiste. Je t’invite à t’assoir, je t’invite à me parler, je t’invite à te livrer, je t’invite à te taire, je te cuisine avant l’arrivée du maitre, je te pique, je te fais mal, je m’en excuse, je reviens avec de quoi te réconforter….A cette époque j’ai compris que mes bras étaient autonomes, savaient exprimer leur ressentiment… « Hé ! Oh ! La tête !! Ici le membre supérieur droit….Le truc avec des doigts au bout pour te gratter….Hummm… La dernière fois c’est moi qui m’y suis collé….Faudrait pas abuser…Aujourd’hui c’est niet !» Dommage… le gauche n’est pas plus disponible… Résultat : la veine se vrille, se tourne, aspire l’aiguille, s’enfonce au plus profond… et tout mon corps se révolte.

En attendant j’opte pour une drôle de vie….La nuit : je fais la fête. Je bois, je fume, j’inspire des trucs étranges, j’expire des fumées jaunes et au coucher la fièvre me gagne…Faut bien échapper aux pensées, les flouter, les rendre illisibles.  Pour continuer à faire (à me payer, devrais-je dire) tout ça, le jour je taffe. L’oublie coute cher. Je m’installe dans ma roue et je cours. Le seul instant ou je n’oublie pas, c’est quand au détour d’une conversation on apprend, on comprend, on sait. Piètre menteur, j’ai eu la chance de ne jamais avoir à faire à de la violence. Ni physique, ni verbale. Plutôt des regards de tristesses….Vous savez, ces regards, ceux qu’on porte sur un chien qui n’a plus que 3 pattes et qui sautille pour avancer. Et cette question qui vient, sincère : « oh le pauvre…n’aurait-il pas mieux valu… » Je ne sais pas ce qui est parfois le plus difficile. La haine ou la fausse compassion. Cathy, droite dans ces bottes m’attends pour le café mes jours de prise de sang….de coup de blues… quand le soleil est là… dans mes fou-rires. Auprès d’elle, pas de question, pas de jugement…. Quelques coups de pieds au cul de temps à autre… mais un vrai souci de moi.

Pourtant, depuis l’annonce, personne ne s’est rendu compte de rien. Ni Evelyne, ni Denis, ni Cathy, ni moi-même. En versant dans le grand bain sans aucune bouée, mon esprit s’est inexorablement enfoncé dans des eaux troubles, nauséabondes et froides. Petit à petit, jours après jours, mois après mois, en quelques années, mon corps a sombré. Lentement mais surement en direction du fond. Et dans la même posture de prostration qu’au premier jour. J’aurais du sentir mon pied prendre contact avec le fond. Quand mon genou a pris la suite, j’aurais du comprendre. Quelques séries de fiestas/nuit, de travail/jour, ou bien l’inverse, ont fait le reste. Mon corps est en vrac. Désarticulé. Il fait nuit. Ces nuits pleines mais sans bruit. Ou le son du silence est épais. Sur ma joue gauche le bitume est froid. Sur ma joue droite la pluie me caresse. Je ne sais pas à quoi ressemble ce corps sur la chaussée.  Aucun souvenir ne me rappelle comment, pourquoi ni quand il est tombé. D’où ? A l’intérieur de la petite entreprise, plaquettes sanguines, T4 et T8 viennent de démissionner. Minas Tirith s'est livrée au démon.

Pourtant, au moment où s’ouvrent mes yeux, un sentiment de plénitude me gagne, un éclair m’investit. Je viens juste de comprendre que la piscine a un fond…que le bassin était plein…et que je sais nager.

http://www.youtube.com/watch?v=ivaWgy4gbh0 

Commentaires

Portrait de nathalie11

Oui tu sais nager !!

Bises

Nath

Portrait de frabro

et profondeur du témoignage. Merci de continuer à nous le livrer billet après billet.

Bises

François