De l'excès et de la mesure.

Publié par Rimbaud le 30.09.2017
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         Plus que quelques jours avant de retrouver mon infectiologue aimée, comme un rendez-vous amoureux, comme on fait le point après un mois de relation intime (avec Triumeq). Il va falloir que j’analyse cette liaison, savoir si elle est dangereuse, si elle est syntaxique, si elle est douce, si elle est compromise. Je sais que des mots que je choisirai dépendra la survie de notre cohabitation, un divorce ou un prolongement. Elle me scrutera de la douceur de son regard et je verrai les analyses se fabriquer au rythme de mes paroles.

            Je sens en moi chaque jour le poids du poison vital. Il rend mon corps plus lourd et fausse la vision que j’ai de mon apparence. Le matin, j’ai le sentiment d’avoir les joues gonflées et je fais ce rêve inlassablement : je suis à genoux et je ne peux plus me relever. Je fais des efforts, je mets toute mon énergie, je concentre les puissances de ma volonté sur les jambes mais rien n’y fait, les picotements se multiplient et je ne peux me mettre debout, la liberté annihilée, tel le capitaine qui ne peut parvenir à poser les mains sur le gouvernail. Je navigue à vue entre insomnies et repos réparateurs. Je jouis du plaisir de la descente inconsciente tout en maugréant contre les heures perdues. Le premier traitement avait eu les mêmes effets puis l’accoutumance avait été totale. Mais je ne suis pas dans le rejet. Je m’interroge sur les modifications engendrées. « Au fil des jours, tu deviens tranchant, péremptoire, et donneur de leçons », écrit celui qui a lu tous mes textes et qui rejette, faute de ne plus s’y reconnaître. Il a raison et je m’en réjouis. Je n’ai pas sombré dans le silence. Je n’ai pas renoncé à donner de la voix, à m’opposer, à penser, à condamner, à me dresser. Je ne cherche pas l’accord, le compliment ou la caresse mondaine. Je ne cherche aucun consensus. Je ne mendie pas un amour réciproque. Je sais que plus on se rapproche du cœur de l’identité, plus on éloigne de nous le reste des hommes incapables de suspendre leur jugement. Je crois n’avoir jamais attaqué aucun individu. Aucun. Je ne m’en prends qu’à des idées, des productions ou des postures. Qu’on cherche à réduire qui je suis en trois expressions me blesse car je n’ai pas renoncé à l’amour, au partage, aux échanges. Je ne me pose pas en philosophe, ni même en écrivain – ce que je suis malgré moi. Mais j’ai perdu la nuance. J’ai perdu les nuances. J’ai perdu le tremblement, le dégradé, les tons, les modalisateurs parce que, plus que tout, je dois suivre un cap, je dois tenir une direction et ne pas laisser le virus prendre le contrôle, m’éloigner du travail, gagner du terrain, consolider les murs épais du silence, tuer les images, détruire la voix. La beauté d’un excès est à percevoir dans ce qu’il crie en voulant cacher. Ce n’est pas un état permanent. L’excès est transitoire, transition, expulsion, déblayage. Les mots sont alors l’aéronef qui conduit l’inutile, le parasite, le trop-plein vers des terres amères où se déposer. Le voyage instaure la distance nécessaire à la compréhension pour que le regard devienne oblique, malicieux, juste. Les textes sont la formalisation de la présence en moi qui n’est pas le virus. Ils sont la preuve que quelque chose d’autre existe, se tient là, bien planté droit comme un i, quelque chose qui est de l’ordre d’une pensée réfléchissante, d’une affirmation tenue, d’un refus au laisser-aller. J’exulte pour mieux tomber dans le sommeil. Je formule pour mieux me reposer dans un silence qui ne soit pas contraint. Je convoque pour mieux congédier. Je ressuscite pour mieux disparaître. Je multiplie le « je » pour mieux m’en délester et retourner aux réalités quotidiennes le pas léger, en dansant devant le miroir et me dire que non, les joues ne sont pas gonflées, les traits n’ont pas été modifiés, que le sommeil et l’écriture ont englouti toute forme d’excès et que je peux à nouveau voler et rire le long des grèves délaissées. Que la démarche implique un rejet du lecteur, je ne le crois pas. J’en connais qui ont tout deviné. J’en connais qui portent un regard tendre, un regard heureux de voir l’enfant sortir enfin de sa tanière, dans le courage d’une confrontation au monde, avec son cortège d’aveugles et de sourds. Ces lecteurs-là ont des gestes tendres et rassurants. Ils ne cherchent ni à dévier la course, ni à modifier la cadence. Ils sont devins. Ils ont les codes secrets qui permettent de déceler l’absence et ils savent le pouvoir créateur d’une consolation. Ils décryptent les hiéroglyphes. Ils accueillent. Leurs paroles ont la générosité désintéressée de ceux qui ne demandent rien, qui n’exigent rien, qui ne réclament rien. Ils savent être avec. Avec. Ils savent que la mort de l’écriture serait la barbarie finale qui emporterait définitivement l’individu hors de toute possibilité d’une survie, d’un endroit où demeurer. Ils ont renoncé à tout alignement, à toute emprise, à toute anthropophagie. Ils regardent le pronom danser dans les feux de ses excès en souriant, conscients qu’en d’autres lieux, en d’autres moments, en d’autres terres, il arbore les oriflammes de la douceur et de la paix retrouvée.

Commentaires

Portrait de ballif

moi avec les infectiologues je leur apporte des gâteries qu'ils aiment  en les écoutant parler et regardant ce qui se trouve dans leur réfrigérateur   en 1998  j'ai dépensé plus de 600 francs  pour me faire dire que cette attitude était le comportement d'un bébé qui donne ces excréments à sa mère  manque de pot avec ma mère la rélation m'était pas au beau fixe

les variations humeurs je les ai sentit avec certain médicament   la pire est la diharée soudaine incontrôlée  cela m'a valu plus de 3 mois d'hôpitalisation en psychiatrie  elles pensaient que je ne mettais nu pour le plaisir  elles ne savent pas les effets secondaires des trithérapie et du sida en général

c'est la France dans toute sa splandeur  !!!!