Hymne à la faiblesse

Publié par Rimbaud le 28.09.2017
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Plus le monde s’obstinera à faire rugir sa voix de stentor, plus il dressera la froideur de marbre de son cœur statufié, plus il percera les corps des enfants sacrifiés de ses lames tranchantes, plus je répandrai autour de moi les fragilités menacées. Ô les années de la honte où il faut se tenir droit, où les impératifs catégoriques sont édictés à longueur de lois, de directives et de sentences, où le doute est banni, où les chancelants sont exilés, où la faiblesse est condamnée de tout le mépris de ceux qui ne questionnent pas ! Mets ta cravate, ton costume de VRP, atteins tes objectifs et sois rentable, oh oui, surtout, sois rentable, mais ne t’avise pas de suivre le cours pernicieux de tes errances, cesse le tremblement de ton regard, comble les béances de tes failles et respecte les paroles des bienheureux ! Le bonheur est exigible et tu ne veux t’y soumettre ?

C’est l’histoire d’une société qui refuse les décalages, pour qui l’humanisme est menace. A chaque problème sa solution ! Et chacun avance sans même penser à stopper un instant sa course folle pour, le temps d’un hiver, vagabonder. Parfois, mes larmes amères se répandent le long des jambes abîmées. Aussitôt, ils en exigent la cause, réclament un protocole, une analyse experte, pour que cesse le flot ininterrompu de la faiblesse humaine. Les amis les plus proches sont des dictateurs privés de lumière. Qu’importe, je m’oppose par mon absence, et je m’échappe sans fuir, pour me rendre là où les médias ne sont pas, là où il n’y a rien à attendre, un livre à la main, les pieds nus. Un air de guitare portugaise vole jusqu’à moi et je me surprends à sentir la naissance du sourire inespéré. Ce fut un long voyage pour parvenir là où le téléphone ne sonne plus, là où on a le devoir de douter, de fermer lentement les paupières pour voir vraiment la vestale romaine à genoux, abdiquant. Tout a enfin été déréglé et un vent nouveau se lève. Il emporte avec lui les factures impayées, les images d’une amitié corrompue, les connaissances périmées, les rendez-vous manqués et le temps perdu. Ô comme on est bien dans ma faiblesse ! La fatigue est abolie et toute chose déambule au rythme des saisons et des vers éternels. Le courage n’y a pas sa place, pas plus que la volonté ou l’effort. Tout est facile. Tout est naturellement facile car appelé, désiré, aimé.

Mon confident séropositif est là, celui que j’attendais depuis longtemps. Il ne pose aucune question. Il est là. Juste devant moi. Il me prend dans ses bras. Il caresse mon visage. Il sait qui je suis. Il n’espère rien. Aucune attente déceptive. Il a les traits de ceux qui ont aimé et ses yeux ont la couleur naïve des croyants. Il n’est ni romantique, ni désespéré. Il porte en lui la part du monde qui n’a pas été concédée. Il sait que nous goûterons ensemble les désirs interdits. Que nous boirons les vins les plus onéreux, que nous sombrerons dans des délires hypnotiques, que nous dessinerons les courbes sensuelles, que nous livrerons les récits attendus. Son sang coule à contre-courant des rivières. Nos corps allongés dans l’herbe matinale sont chargés de nos fêtes nocturnes. Parfois, nous rejoignons ensemble la folie sociale simplement pour raviver la douceur du retour. Nous sommes créateurs de contrastes. Il a toutes les faiblesses d’une terre qui ne produit plus. Il est l’épuisement total de ceux qui ont tout donné, tout livré, de ceux qui se sont délestés, inlassablement, d’eux-mêmes, pour sombrer dans une légèreté aliénante et euphorisante. Son torse maigre résiste malgré tout. Ses fulgurances transpercent mon cerveau bancal et nous les célébrons de nos chants de pédés. Les bruits ne sont plus. Viens, dit-il… Viens contre moi… Nous allons voyager.

Commentaires

Portrait de cbcb

J’aimerai te dire que ta faiblesse est une force !

J’aimerai, comme toi, m’assoir, me coucher dans l’herbe encore humide par la rosée matinale, cette herbe qui se couche sous le poids des petites gouttes d’eau ! Ces petites gouttes, transparentes, étincelantes, limpides, qui naissent et renaissent pour nous prouver qu’un jour nouveau vient d’arriver, qui reflètent la simplicité de la vie, qui suggèrent la virginité, l’humilité de notre courte existence ….

Bah… !!!!

Mais le monde dans lequel nous vivons me fait peur !
Toutes ces personnes que nous côtoyons, tous ces gens qui sont là autour de nous, sont-ils aveugles, sont-ils sourds ?
Sommes-nous des intrus, allons-nous devenir des Winston Smith (1984) qui lisent clandestinement, qui se cachent pour se rencontrer !

La pensée unique (encore 1984), on y arrive à grand pas !

Et pourtant, tant de pauvreté, tant de cruauté, partout dans ce monde ! 
Tant d’inégalités, ici-même autour de nous, chez nous !
J’aime écrire, le papier étant devenu mon psy !
Mais là, je bloque ! 

Petit PS : on n’entend parfois parler d’un grave problème.. mais c’est juste pour nous annoncer qu’un super film vient de sortir !!! ou qu’une super émission va passer à la TV !!!

 

Portrait de jl06

 

pour vous reconcillier avec le beau .... ce matin  Régate Royale en baie de Cannes  !

Les 39è régates royales!