La dernière tranche

Publié par ionesco le 04.05.2011
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France inter

Philippe Lefébure

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C'est par journaux interposés qu'ils s'envoient des mots doux, en ce moment. Dans les Echos, la semaine dernière, François Baroin ironise en évoquant l'économiste Thomas Piketty, le "gourou fiscal du Parti socialiste" dit le ministre. Réplique, hier, dans sa chronique publiée par Libération: Thomas Piketty fustige les mensonges du gouvernement. "Mensonges d'Etat", écrit-il. Au centre de cette bataille: la réforme de l'ISF... l'Impôt de Solidarité sur la Fortune. Pour Thomas Piketty, c'est le "plus énorme cadeau fiscal du quinquennat, fait aux plus riches". Plus gros encore que le bouclier fiscal. C'est non seulement politiquement significatif et sensible (bien que "mal assumé" par la Droite), mais c'est budgétairement irresponsable en cette période de disette. Pour François Baroin, c'est exactement l'inverse: "il n'y a aucun cadeau. A personne. Et la réforme est intégralement financée". Le ministre s'explique: "oui, on réduit les taux d'imposition de l'ISF" (les rentrées fiscales seront, donc, moins importantes), mais paraléllement, on supprime le bouclier fiscal et on créée (ou on augmente) 4 taxes qui pèsent sur les plus fortunés: les grosses sucessions et les donations, notamment. Au Parlement, les experts de ces questions s'opposent pour savoir si ce montage de Bercy est effectivement équilibré. "C'est un peu de bric et de broc" lâche un élu de la majorité, "mais ça passe". Au PS, on estime, à l'inverse, que la perte sera proche d'1 milliard d'euro par an. Et plus encore cette année et l'année prochaine, puisque le bouclier fiscal pourra encore être actionné par qui veut (et qui peut). "Une réforme coûteuse", c'est aussi ce que dit Thomas Piketty, qui n'en démord pas. "C'est ma réputation de chercheur que je défend" dans cette affaire, dit-il. Son simulateur (mis en place sur internet, et qui remporte un franc succès) intègre 800 mille profils fiscaux, "mes calculs sont donc fiables" dit-il. Et sa conclusion sans appel: dans la dernière tranche de l'ISF, c'est-à-dire celle où on trouve les contribuables les plus riches (ceux qui déclarent un patrimoine de plus de 16 millions d'euros), le gain moyen de la "réforme Baroin" sera de 160 mille euros.

Didier Lombard revient. L'ancien patron de France Telecom, qui a quitté son entreprise dans les conditions que l'on sait- a été porté, hier, à la présidence de St Microelectronics, le fabricant de semi-conducteurs. Dont l'Etat possède une partie, via le Fonds Stratégique d'Investissement. C'est l'Assemblée générale des actionnaires de St Micro qui en a décidé ainsi: Didier Lombard préside, donc depuis hier le Conseil de surveillance de l'entreprise. Il en était membre depuis 2004. Peut-être pour éviter toute polémique avant cette nomination, le communiqué officiel annonçant la tenue de l'Assemblée générale d'hier ne mentionnait pas cette résolution.

Lisbonne à son tour. Après la Grèce. Après l'Irlande. Le Portugal obtient l'aide financière de l'Union européenne et du FMI, pour éviter la faillite. L'aide financière atteint 78 milliards d'euros. Et Lisbonne obtient un léger assouplissement du calendrier pour redresser ses comptes.

Toujours en hausse. Les bénéfices de BNP Paribas, pour le premier trimestre de cette année. Ils sont publiés, ce matin. Plus de 2 milliards 6, en 3 mois. Ils sont hausse de presque 15%, sur 1 an.

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Réforme customisable en ligne

Pour une révolution fiscale est bien plus qu’un livre. Alors que ses trois auteurs n’ont mis qu’un mois pour rédiger leur manifeste pour un impôt sur le revenu adapté à la France du XXIe siècle, ils ont passé plus d’un an à mettre au point le simulateur fiscal en ligne (www.revolution-fiscale.fr) lancé à la même occasion. Un outil unique, ouvert à tous et susceptible d’être étendu «dans toutes les directions fiscales et sociales, de l’indemnisation du chômage aux retraites», explique Thomas Piketty.

Basé sur un fichier ultradocumenté de 800 000 individus virtuels représentatifs de la société, le site permet notamment de simuler en temps réel les effets sur les finances de la France et le degré d’inégalité sociale de la moindre variation du barème de l’impôt. «Pour chaque variation du taux d’imposition, le simulateur balaie les 800 000 fichiers et livre son verdict en quelques secondes, se félicite Guillaume Saint-Jacques, étudiant à Normale Sup chargé par le trio de développer le site. On peut jouer les ministres du Budget de gauche ou de droite, surtaxer les hauts revenus ou matraquer les classes moyennes, les possibilités sont infinies.»

Cofinancé par l’Ecole d’économie de Paris et l’université de Berkeley - où enseigne Emmanuel Saez, un des trois auteurs de l’ouvrage - avec un budget annuel d’environ 50 000 euros, ce simulateur constitue un précieux outil pour les parlementaires. «Ils vont pouvoir procéder librement à leurs calculs, sur le mode de ce qui existe aux Etats-Unis avec le Congressionnal Budget Office, explique Piketty, alors que Bercy leur fournissait des chiffrages au compte-gouttes.» Deux jours après son lancement, ses créateurs n’avaient qu’une crainte : qu’il ne tienne pas le choc devant l’afflux des demandes. De 15 simulations simultanées, le serveur a été musclé à la hâte pour pouvoir mouliner 100 réformes fiscales en même temps.

http://www.revolution-fiscale.fr/

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