La rubrique sexe de la journée ....

Publié par jl06 le 15.08.2019
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15 août : comment la mère de Jésus est-elle devenue la Vierge Marie, mère de Dieu?  

  15/08/2019 à 08h36vierge-marie Une statue à l'effigie de la Vierge Marie lors d'une procession à Los Angeles. - MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP Vierge ayant enfanté, femme et mère de Dieu, Marie apparaît comme un personnage unique du paysage religieux. Pourtant, il semble que des influences diverses ont façonné la manière dont Marie nous est parvenue.

"Je vous salue Marie, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pêcheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen". Après le Notre pèrel’Ave Maria est sans aucun doute la prière chrétienne la plus connue. Si l’évocation de la virginité de Marie en est absente, les deux autres traits saillants de la Madone y sont bien présents: Marie y est proclamée mère de Dieu et on la décrit comme capable d’intercéder en faveur des vivants dans le royaume des cieux.

Discrète Marie 

Figure bienveillante particulièrement populaire chez les catholiques et les orthodoxes, célébrée ce jeudi à l’occasion de l’Assomption, force est de constater qu’elle opère cependant des débuts discrets dans les écritures. Dans les tout premiers écrits chrétiens qui nous soient parvenus, en l’occurrence les lettres de saint Paul, elle n’est mentionnée qu’en une seule occasion, l’épître aux Galates, où elle apparaît anonymement au verset 4 du chapitre 4: "Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse". Plus tard, les Évangiles corrigent un peu le tir mais là encore, Marie n’y revient que de loin en loin.

C’est toutefois à partir de ce canevas pourtant lacunaire que la tradition et le dogme vont dessiner les contours d’une trajectoire en tous points extraordinaire, depuis sa naissance, elle-même exempte du péché, ce qu’on appelle l’Immaculée Conception, à son élévation vers le ciel, c’est-à-dire l’Assomption. Marie, vierge ayant enfanté, femme ayant accédé à la vie éternelle sans que l’Eglise sache bien si l'on peut parler de sa mort au sens propre, semble un vibrant démenti au principe de non-contradiction aux yeux de celui qui a la foi.

Mais, au-dehors de cette foi qui est le jardin du seul croyant, comment expliquer que Marie ait pris cette épaisseur, jusqu’à s’imposer comme un personnage incontournable de la culture mondiale, obsédant la peinture des catacombes romaines à Chagall, la littérature depuis les pères de l’Eglise jusqu’à Paul Claudel ou Emmanuel Carrère? Et Marie est-elle sans pareille?

village Marc Chagall, conservé au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid. - La Madone de village La parenté biblique 

La Bible, surtout dans son versant hébraïque, accumule en effet les grossesses miraculeuses. Sarah se met "à rire en elle-même" quand on annonce dans la Genèse à son époux Abraham qu’elle va sous peu engendrer un fils alors qu’elle se croit stérile et trop vieille pour enfanter qui que ce soit. Sa bru, Rebecca, se pense elle aussi stérile jusqu’au moment où elle met des jumeaux au monde par la volonté de Dieu. Enfin, dans l’Évangile selon saint Luc, Elisabeth est, elle aussi, persuadée de ne pouvoir tomber enceinte et n’en accouche pas moins de Jean le Baptiste.Cependant, aucune de ces femmes n’est vierge et si Dieu décide de ces naissances, il n’est pas le père pour autant.

Christian-Georges Schwentzel, historien spécialiste de l’Orient hellénistique et de la Judée de l’Antiquité, aborde ces naissances complexes dans son ouvrage Les quatre saisons du Christ. Interrogé par BFMTV.com, il évoque la spécificité du rôle dévolu à Marie en reprenant la notion religieuse de théogamie, c’est-à-dire l’union de Dieu et d’une mortelle:

"C’est une théogamie désexualisée dans le cas de Marie contrairement aux théogamies érotiques. Ce serait l’originalité de cette théogamie, c’est qu’elle est complètement spiritualisée." Complètement? "C’est une théogamie spirituelle mais ce n’est pas spirituelle jusqu’au bout car il y a accouchement. Et du coup, elle doit se purifier en raison du sang perdu durant l’accouchement", précise-t-il.

Coup d'œil vers la Grèce 

L’idée de théogamie nous jette sur une nouvelle piste. "La tradition chrétienne est de langue grecque", rappelle Christian-Georges Schwentzel qui poursuit par ailleurs: "Il y a peu de création, on refait en fait quelque chose de nouveau avec divers matériaux, de diverses origines. Mais toutes les religions se constituent par emprunt aux religions qui les précédées." C’est vrai, il n’est pas rare dans les polythéismes de l’Antiquité, notamment grec, que les divinités fassent des enfants parmi les mortels. De plus, la virginité n’est pas absente du panthéon païen, comme le montre, par exemple, la vierge Athéna. Toutefois, ces deux dimensions ne se combinent pas.

"C’est la manière dont ces éléments vont être réagencés par le christianisme qui est originale, nouvelle", avance Christian-Georges Schwentzel. L’historien estime de surcroît que la Vierge Marie retenue par les siècle répond à plusieurs fonctions, remplies séparément avant elle : "Il y a deux tendances contraires dans la figure de Marie. La raison du culte de Marie est qu’il satisfait diverses demandes : Marie devient une grande divinité syncrétique même si le christianisme ne peut pas le dire, ce n’était pas prévu car elle est discrète dans les Évangiles. Elle correspond aux déesses vierges mais aussi aux déesses mères comme Isis, Cybèle, Déméter."

Le reflet égyptien 

C’est bien d’Isis, déesse égyptienne mais dont l’aura s’est répandue dans tout le bassin méditerranéen à partir du IIIe siècle avant Jésus-Christ, que Marie est le plus fréquemment rapprochée. Laurent Bricault est professeur d’histoire ancienne à l’université Toulouse-Jean Jaurès, docteur en égyptologie et isiacologue confirmé, soit spécialiste d’Isis à laquelle il a consacré entre autres Isis, la dame du Nil. Il commence par souligner auprès de BFMTV.com: "Quand on s’intéresse aux cultes antiques, il faut essayer de s’extraire d’une grille de lecture christianocentrée".

Cependant, la ressemblance entre le thème de la Vierge à l’enfant, abondamment exploité par l’art, et les représentations égyptiennes d’Isisallaitant ou portant son fils, le dieu Horus, dans les bras, a souvent été notée. La question de ce modèle symbolique égyptien se pose avec d’autant plus de force que les chrétiens s’inscrivent dans la filiation d’une religion, le judaïsme, qui interdit les images.

"Malgré des différences notables, les similitudes et analogies sont indéniables", concède Laurent Bricault qui image aussitôt son propos: "Y a-t-il eu inspiration? Je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Quelle est l’influence du morceau Taurus du groupe Spirit sur Jimmy Page au moment où il écrit Stairway To Heaven pour Led Zeppelin? Y a-t-il copie, réminiscence, hommage?"

Le chercheur, citant la thèse d’une de ses consœurs, note toutefois: "L’image de Marie allaitant a toutes les chances d’être née en Egypte."

lactans Conservé à l'Institut papyrologique de Florence. - Papyrus égyptien du 6e ou 7e siècle représentant Marie en train d'allaiter.Le merveille d'Éphèse 

Utilisant les locutions latines, il développe : "Isis lactans comme Maria lactans ont attiré la vénération des femmes enceintes, des jeunes mères. Et elles ont vu leur image être appropriée par ces mêmes personnes. Ce serait donc dans l’utilisation des images et leur performativité qu’il faudrait voir un
lien". Le chercheur en voit un dernier:

"Un autre élément est à prendre en considération. En 431, au concile d’Ephèse, on va admettre l’épithète grecque de ‘theotokos’, c’est-à-dire ‘génitrice de Dieu’ et souvent traduite par ‘mère de Dieu’. Le concile a été conduit par saint Cyrille d’Alexandrie, un personnage très dogmatique, qui s’est opposé à Nestorius qui ne reconnaissait pas en Marie la mère de Dieu. Or, la quasi-totalité des occurrences, sinon la totalité, de cette épithète provient d’Egypte. Isis y est partout adorée sous l’expression de ‘mère de Dieu’. L’Eglise d’Egypte a sans doute pu se laisser convaincre d’adapter à la figure de Marie une épithète associée à Isis, qui souligne la féminité. Elle est la mère par excellence".

Christian-Georges Schwentzel s’est également penché sur l’importance théologique de ce concile lors duquel Marie a officiellement pris une plus grande envergure encore. Il livre une observation supplémentaire, remarquant que la cité a longtemps été connue pour abriter un temple à la déesse Artémis, d’ailleurs classé parmi les sept merveilles du monde antique : "La ville d’Ephèse était jusque-là dédiée à Artémis : On a le sentiment d’une déesse vierge qui en chasse une autre, Marie remplace Artémis."

marie Pierre Paul Rubens via Wikimedia Creative Commons. - L'Assomption de Marie.Un équilibre 

A partir de ces derniers feux de l’Antiquité, Marie, dont la virginité est désormais décrite comme perpétuelle, prend son envol. Littéralement, car c’est à la même période que les chrétiens se mettent à célébrer l’élévation au ciel d’une Marie, enlevée corps et âme au terme de sa vie terrestre. L’auteur des Quatre saisons du Christ y voit le prolongement d’un volet politique de l’ancien culte des Romains : "Marie, c’est l’impératrice idéale. Elle rappelle les personnages historiques, impériaux, divinisés. L’Assomption est une sorte d’apothéose gréco-romaine lors desquelles les impératrices s’élevaient vers Jupiter."

A compter du début du Moyen Âge, Marie accède en tous cas à une popularité immense au sein de la chrétienté. Des Notre-Dame s’érigent partout, comme en autant d’hommages de pierres. Icônes, vitraux et tableaux témoignent en sa faveur, et elle suscite une impressionnante dévotion. On s’en remet à elle pour obtenir de grands miracles ou de petites victoires. Christian-Georges Schwentzel affirme que ce succès marque un invariant de la foi des hommes: "Dans le cas de la Vierge, il semble qu’il y ait une continuité de la figure féminine de tous les temps. Une religion trop dominée par la figure masculine ne satisfait pas tout le monde".

 

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