Le Prof Lambotte évoque les Hiv controleurs en primo infection

Publié par bernardescudier le 09.09.2016
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Réponse du Prof Lambotte de l'anrs ( responsable de la cohorte codex sur les Hiv controleurs )  sur la question des traitements pour tous en primo-infection, et plus particulièrement sur la question des Hiv controleurs en primo-infection.

Cher Monsieur, voici quelques éléments que vous pouvez mettre en ligne en me citant et qui éclaireront la discussion.

1/ le traitement précoce en primo-infection est à l'heure actuel essentiel et doit concerner la quasi totalité des patients. Les seuls pour lesquels ce traitement serait discutable sont des patients très rares où dans une situation de primo, la charge virale serait indétectable et cela, sur plusieurs prélèvements. Sur les 2000 patients de la cohorte Primo, il y en avait 6 dont 4 ont fini par avoir une réplication virale qui a augmenté : donc 2 sur 2000 étaient des controllers et n'ont pas été traités. Donc sur la question "faut il traiter tout le monde en primo? " ma réponse est "oui" sauf cas rarissime de CV indétectable où on peut attendre et surveiller de près

2/ "On n'aura plus de controllers si on traite tout le monde"... oui et non: on n'aura plus de controller détectés en primo infection, ça c'est vrai mais dans la réalité, très peu de controllers sont identifiés dès la primo infection. La grande majorité des patients ont été diagnostiqués controllers en phase chronique donc ce n'est pas grave, le bénéfice du traitement en primo est largement plus important à l'échelle d'une population et beaucoup de primo infections ne sont pas décelées.

3/ TARV et controllers... vaste sujet qui ne fait pas consensus: San Francisco traite tous les controllers, le NIH et Boston et nous seulement certains.
Ce qui est de mieux en mieux décrit: les patients HIV controllers sont en en fait un groupe hétérogène qui va d'un extrême à l'autre. D'un côté vous avez des patients qui ont des petits blips de charge virale, des CD4 qui baissent doucement et des paramètres inflammation supérieurs à ceux de la population séronégative et chez ces patients, en effet la mise en route d'un TARV se discute et peut être nécessaire. Mais ce n'est jamais une urgence et il faut que le patient et son médecin soient bien d'accord.
D'un autre côté, vous avez des patients controllers qui ont des CD4 normaux qui ne baissent pas, jamais de blips et des paramètres d'inflammation toujours normaux. Chez ces patients, la balance bénéfice/risque est clairement contre la mise sous TARV et nous considérons qu'il n'y a pas d'indication de commencer un TARV. Ensuite, si le patient est très anxieux, tout se discute mais les risques du TARV sont > au risque "inflammation"
Et entre les deux, vous avez la majorité des controllers....

Le message qui est le nôtre et celui d'autres groupes dans le monde est : prise en charge personnalisée++++, chaque controller est unique avec son passé et sa vie actuelle et la décision d'un TARV se discute au cas par cas.

J'espère avoir répondu à vos questions
Cordialement
Pr Lambotte, IP Cohorte ANRS Codex