Le sens précède la contamination.

Publié par Rimbaud le 04.08.2017
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Mon VIH est le fruit de ma débauche (on notera l’usage du possessif indiquant que je ne fais pas de mon cas une généralité). Je ne me reconnais pas du tout dans la tendance actuelle des gays qui veulent et ont désormais le mariage, l’adoption, le mari, le chien, le pavillon de banlieue et l’apéro anisé (bientôt les sandales, le bermuda, la caravane et la glacière bleue). Bien qu’en couple depuis douze ans (j’en suis le premier étonné), bien qu’ayant la maison et le chien (faut que je fasse gaffe quand même !), la comparaison s’arrête là. Qu’on se le dise, je ne me reconnais pas non plus dans la gay pride, les folasses déguisées et le vide intersidéral des conversations superficielles d’un petit milieu parisien arrogant, narcissique, persuadé d’incarner l’homosexualité.

Je vis en province, dans un village de 235 habitants et je pense être beaucoup plus représentatif de cette « communauté » imaginaire. Qu’on cesse de réduire l’homosexualité au jeune éphèbe parisien. Le réel n’est pas un cinéma grand public. J’aime obtenir les contraires : la liberté d’un amour chaque jour réaffirmé, non contraint par un engagement quel qu’il soit ; le calme envoutant des villages et la folie des nuits New Yorkaises ; l’immobilisme de mon bureau et les road trips les plus lointains ; la chaleur du tajine et la fraîcheur de la salade grecque ; la tendresse de faire l’amour à mon homme et la sensuelle bestialité des backrooms.

La débauche n’est pas de l’inconscience, quiconque a lu la littérature des siècles passés le sait. Je ne pratique pas le bareback, je n’ai jamais cherché à me faire contaminer. Il ne s’agit pas d’une pulsion suicidaire refoulée. Ce plaisir est comparable à celui de la première gorgée de bière décrite par Delerm : c’est l’excitation des corps nouveaux à découvrir, à scruter, à palper, à humer, à apprivoiser, à caresser, à dompter. Plaire rassure. Comme une injection d’existence. C’est retrouver l’oubli originel (la prévention sait la difficulté de penser protection et lâcher-prise). C’est cultiver l’intuition de la vie de cet autre dont on ne connaît rien mais dont les attitudes disent tout. Ce n’est pas de la violence. C’est une acceptation réciproque et consentie. C’est la puissance de ce qui est éphémère, jouissif, libératoire et partagé. La débauche n’est plus la destruction dans l’espoir vain et chimérique de faire table rase pour voir s’il reste un peu de pureté dans l’humanité. C’était le XVIIIième siècle, ça. Derrière ces corps nus se tiennent, en attente, un banquier, un vendeur, un ouvrier, un chômeur, un patron. Le statut social est aboli. Le corps est comme démultiplié, attisé, en transe. Les plaisirs sont multiples et précèdent de beaucoup le moment de l’orgasme. Le contraste est saisissant entre le glauque de certaines salles mal entretenues, les lumières blafardes, la vulgarité affichée de lieux dits de perdition (alors qu’il y est question d’un retour, d’une trouvaille) et le frôlement, les regards, la suavité, la fougue des baisers. Il ne s’agit pas d’une projection romantique : il est bien question de plan, de baize, de suce, de sodomie voire de soumission mais l’attente, la recherche, la rencontre démultiplient le désir et font plonger dans cet inconnu fugace par la perte des repères quotidiens. Donner sa chance à l’inexploré de nous surprendre à nouveau. Faire de nous des êtres en éveil et donc, en devenir.

Le sens précède la contamination qui n’est plus alors qu’un épiphénomène. 

Commentaires

Portrait de jean-rene

Pour moi aussi, "mon VIH est le fruit de ma débauche".

Débauche afin de trouver enfin un bonheur toujours refoulé.

Débauche afin de contacter, dans le corps à corps affamé, l'apaisement d'une faim primordiale de l'autre, toujours pas assouvie.

Débauche afin de casser la bienséance étouffante qui soude le lien social.

Et tant pis si la mort est au bout de cette folie.

Portrait de didfie

Je me reconnais tout à fait dans ton message Rimbaud.

C'est ce que j'ai vécu pendant des années et quand j'ai annoncé ma séropositivité à un de mes amis qui connaissait mes pratiques il 'a pas été étonné . Je suis du genre salope hard sm et , malgré le VIH , j'ai encore une envie de vivre énorme.

 

Depuis j'ai découvert l'amour . Depuis 1 an et demi j'ai un amant qui connait ma séropositivité . Je vis avec lui des moments d'amour et de tendresse fous.

Oui je l'admets j'ai pris des risques car j'aimais les plans de débauche où je jouais un rôle .

Oui je pensais ne pas pouvoir me débarasser de cette envie envahissante et à jamais rassasiée. Je me disais que le plan cul à venir serait meilleur que celui que je vivais.

Et un homme a traversé ma vie. Et l'a complétement chamboulé. Je suis marié , lui vis avec un homme depuis 9 ans.

Et nous vivons ensemble , par SMS et quand nous nous voyons , des moments géniaux et plein d'amour.

La vie est faite d'erreurs , mais aussi d'amour et de joie. Sacohons profiter de ce passage unique sur Terre.