Ouvre déstructuré Picasso

Publié par jl06 le 22.10.2019
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VIDEO. Lyon : Picasso comme vous ne l'avez jamais vu

EXPOSITION La ville de Lyon accueille en avant-première mondiale une exposition immersive baptisée « Imagine Picasso »

Caroline Girardon

 Lyon, le 17 octobre 2019<br />
Exposition immersive Picasso à la Sucrière de Lyon.Lyon, le 17 octobre 2019 Exposition immersive Picasso à la Sucrière de Lyon. — Caroline Girardon/20 Minutes

  • La ville de Lyon accueille « Imagine Picasso », la première exposition immersive consacrée au peintre.
  • Il s’agit de plonger les visiteurs dans un univers où les toiles du maître, projetées au sol et sur les murs, s’enchaînent au rythme de la musique.
  • Pour les organisateurs, il s’agit de montrer les œuvres sous un autre angle.

Une invitation à la déambulation. Pas de textes, pas de tableaux accrochés aux murs, ni de légendes pour évoquer la source d’inspiration du peintre. Pas de chaises non plus pour contempler les toiles. A la place, une expérience inédite et une avant-première mondiale. La Sucrière de Lyon accueille jusqu’au 19 janvier une exposition immersive consacrée à Pablo Picasso. Il s’agit pour le visiteur, d’imaginer « son » Picasso, à partir de 200 œuvres du maître catalan, projetées sur les murs, le sol. Mais aussi sur des plans inclinés.

 

 

 

Chaque toile a été en quelque sorte destructurée pour être présentée sous un autre angle. L’objectif : montrer les détails que votre œil n’aura peut-être jamais remarqués auparavant. Et observer le travail du peintre d’un regard différent. « Vous accédez ainsi à des traits de peintures qui vous avaient jusque-là échappé », précise Annabelle Mauger, l’organisatrice de cette exposition qui a eu envie de « sculpter les images » afin de « créer quelque chose de nouveau ».

Aucun discours

Dans la salle, les toiles défilent, s’enchaînent au rythme de la musique pendant trente minutes. Période bleue, période rose, cubisme et surréalisme… Chaque période du peintre se suit de façon chronologique. Première approche timorée avant de se laisser happer par les images surgissant de toute part ou s’immisçant sous nos pieds. On va et vient dans la salle, retournant sur nos pas, levant la tête pour mieux appréhender chaque coup de pinceaux. Les demoiselles d’Avignon sont là mais postées à l’horizontal. Comme si elles dormaient sur un immense lit. Au loin, Guernica envahit les murs.

« Il n’y a aucun discours. Cette exposition fait appel à l’intelligence sensible et s’adresse à tous, de 7 à 77 ans, sourit Annabelle Mauger. Souvent, les visiteurs non aguerris démissionnent devant de telles œuvres. Ils ne cherchent pas à comprendre. Le fait de modifier les perceptions va permettre aux gens d’éprouver quelque chose à défaut de tout comprendre ».

 

L'exposition est ouverte tous les jours le 10 heures à 18 heures, samedis et dimanches et vacances scolaires de 10 heures à 19 heures. Entrée : entre 12 et 14 euros pour les adultes, 10 euros pour les enfants de 5 à 18 ans.

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Liban, Hong Kong, Etats-Unis… Quand le masque du Joker surgit dans les manifestations

Depuis la sortie du film "Joker", le maquillage de Joaquin Phoenix a fait son apparition dans plusieurs manifestations à travers le monde. Sans détrôner, pour le moment, le masque de Guy Fawkes.

franceinfoFrance Télévisions - Mis à jour le 22/10/2019 | 15:48 - publié le 22/10/2019 | 12:00Le Joker, criminel facétieux et clown sans foi ni loi, fait le tour du monde. Et pas seulement dans les salles de cinéma, où le film de Todd Phillips cartonne. En quelques semaines, il est devenu l'un des visages les plus repris dans les manifestations qui secouent certains pays. Des rues de Beyrouth, au Liban, à celles de Hong Kong, ou encore à Londres et aux Etats-Unis, le maquillage de Joaquin Phoenix a fait son apparition dans nombre de soulèvements populaires.

Pour autant, le Joker n'a pas encore détrôné son grand rival des manifestations : le masque de Guy Fawkes dans V pour Vendetta, bien plus répandu, notamment à Hong Kong, à en croire les photographies publiées par les agences de presse. "Les manifestants les plus pauvres (…) portaient beaucoup le masque de V. Le Joker, beaucoup moins. J’ai vu trois ou quatre filles de 19 ou 20 ans maquillées en Joker, mais c’est tout", rapporte Patricia Khoder, qui a suivi les manifestations au Liban pour L'Orient-Le Jour, à CheckNews. La victoire du Joker sur les autres personnages de la pop culture n'est pas encore acquise. Franceinfo fait le tour du monde de son apparition

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Une manifestante à Beyrouth (Liban), avec un maquillage du Joker, le 19 octobre 2019. PATRICK BAZ / AFP

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Des militants hongkongais, dont une (au fond, à gauche) portant un masque du Joker, le 20 octobre 2019. IVAN ABREU / SIPA USA

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Un tag représentant le Joker dans les rues de Beyrouth, au Liban, le 19 octobre 2019. ANWAR AMRO / AFP

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Un manifestant à Hong Kong, le 20 octobre 2019, avec un masque du Joker. KIN CHEUNG/AP/SIPA / SIPA

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Le visage du Premier ministre britannique, Boris Johnson, est grimé en Joker, sur une pancarte à Londres, le 19 octobre 2019. MAXPPP

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Une manifestante à Beyrouth (Liban), avec un maquillage de Joker, le 19 octobre 2019. PATRICK BAZ / AFP

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Une œuvre du groupe de street artists libanais Ashekman, à Beyrouth, le 18 octobre 2019. ASHEKMAN / AFP

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Un manifestant anti-Trump avec un masque du Joker à Minneapolis, aux Etats-Unis, le 10 octobre 2019. JIM URQUHART / REUTERS

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TRIBUNE. Le Joker, l’emblème radical de nos sociétés malades ?Joaquin Phoenix dans « Joker », de Todd Phillips. (LILO/SIPA)

Le psychiatre Serge Hefez et le chercheur Sébastien Boussois reviennent sur la figure du clown maléfique, au cœur du dernier film de Todd Phillips, et tentent de comprendre en quoi ce personnage est symptomatique d’un processus de dérive de certains jeunes en marge d’une société déjà largement violente.

Par Serge Hefez (psychanalyste et psychiatre) et Sébastien Boussois (chercheur en sciences politiques)

Publié le 24 octobre 2019 à 10h12   

« Joker », film emblématique de Todd Phillips, largement acclamé actuellement dans les salles françaises, a suscité une avalanche de critiques passionnées, le qualifiant tour à tour de chef-d’œuvre ou de film dangereux aux relents fascisants. Beaucoup d’articles se sont penchés sur la qualité du film, le niveau de l’adaptation, le jeu exceptionnel de Joaquin Phoenix.

Mais peu ont essayé de comprendre en quoi ce personnage, et tout ce qu’il a vécu pour en arriver là, est symptomatique d’un processus de dérive de certains jeunes en marge d’une société déjà largement violente. Il est la démonstration flagrante que le ver est déjà dans le fruit et qu’une idéologie forte et des discriminations peuvent produire le pire pour un individu isolé, marginalisé, exclu, montré du doigt, puis frappé pour sa différence. Comme le disait l’Abbé Pierre, l’enjeu pour nos sociétés en mal de compassion et de bienveillance est de taille si nous ne voulons pas voir proliférer des centaines de Joker, car « une civilisation se mesure à la qualité des objets de colère qu’elle propose à sa jeunesse ».

 

En effet, le scénario, qui revient sur les jeunes années du grand ennemi de Batman, Arthur Fleck, tente de décortiquer le processus qui l’a conduit à basculer dans l’extrémisme et la violence sanguinaire. Fils adoptif d’une mère psychotique, Arthur est baladé dans la vie, abusé, violé, maltraité, blessé. Il n’est rien, et tout le monde semble prendre un malin plaisir à le lui rappeler. Clown malgré lui pour gagner sa vie, il ne fera jamais rire pour de bonnes raisons et, un jour, le trop-plein d’humiliation le fera passer à la violence extrême en tuant trois jeunes cadres de la finance dans le métro. Rejet et haine de ceux qui réussissent ? Non, ces trois jeunes, dans un état d’alcoolisme avancé, s’en sont pris à lui alors qu’il avait tenté de venir en aide à une jeune femme qu’ils importunaient. Ils finiront avec une balle dans la tête. Et tout s’enchaînera : le clown, dépassé par son propre geste, va être glorifié par des milliers de manifestants révoltés, arborant eux-mêmes un masque de clown, et mettant la ville de Gotham à feu et à sang. La paranoïa d’Arthur est l’étincelle qui allume une folie collective qui ravage la cité.

Du Liban au Chili, le Joker devient peu à peu un symbole de contestation sociale

 

Arthur, l’archétype du vilain petit canard, voulant se venger de tout contre tous dans une société injuste, commet l’acte fondateur qui légitime la rébellion de toute une ville. Son parcours et sa souffrance pouvaient-ils le prédestiner à cette folie ? Le récit nous éclaire dans ce sens en dévoilant la paupérisation des services de psychiatrie générale des hôpitaux. Notre réalité aujourd’hui dépasse la fiction : alors qu’Arthur voit son centre de soins fermer, et la fin de la prescription de ses médicaments, combien sont-ils dans notre société à faire les frais d’une psychiatrie publique qui devrait prendre à bras-le-corps les milliers de « déséquilibrés » mais qui n’en a largement plus les moyens ?

Les malades psychotiques, paranoïaques ou schizophrènes peuvent être soignés et ils sont très rarement dangereux s’ils ne sont pas livrés à eux-mêmes. Alors que les personnages isolés et solitaires sont les premières victimes d’une société qu’ils prennent de plein fouet, et ils risquent de retourner sur les autres la violence qu’ils subissent. De personnage zéro, comme dirait le psychanalyste Fethi Benslama, Arthur-le Joker deviendra petit à petit, après chaque atrocité commise et glorifiée, le personnage héros dont il rêvait tant : avoir du respect, de la crainte et de la reconnaissance. Invité sur le plateau de l’une des plus grandes émissions de Gotham, Arthur rayonne. L’humiliation passée, il est devenu terrifiant de confiance et d’imprévisibilité. Au point de tuer en direct le présentateur phare qu’il accuse une fois encore de l’avoir invité pour le ridiculiser.

« Joker », « Chambre 212 », « Pour Sama »… Les films à voir (ou pas) cette semaine

Outre le fait que ce type d’histoires, tirées des comics publiés dans les années 1940, garde une effrayante actualité, le film nous projette dans des sociétés futuristes pour l’époque où la violence explose et les phénomènes de guerre civile se multiplient comme chez nous aujourd’hui. Le film, et on peut le lui reprocher, peut être incitatif. Du reste, nous avons pu observer en salle une certaine jouissance du jeune public au spectacle de cette violence. Voire même des applaudissements nourris pour le Joker. Ceci est probablement dû au point de vue adopté par la réalisation : celui de la légitimité de la rage destructrice de son héros, pourtant délirant et halluciné. Un pauvre homme fracassé par la vie devient le méchant qui finit par gagner. Plutôt rare à Hollywood.

Au-delà du héros de la saga, il se métamorphose en modèle pour les habitants en guerre de Gotham City. Tuer les financiers, tuer les personnages des médias accusés d’être contre eux : ce phénomène global de rejet des élites par les masses, mais également des riches et des possédants, devient universel. Au sein d’une société profondément capitaliste, individualiste, discriminante et inégalitaire, le Joker, sombre simplet, passera du rang de clown triste à celui de clown illuminé : plus il tuera, plus il se vengera, plus son rire effrayant et incontrôlable disparaîtra. Plus il aura confiance, plus il se révélera.

La folie révélée du personnage du Joker nous en dit long sur nos jeunes qui dans nos sociétés agressives et injustes ne trouvent pas les outils et les moyens de parvenir à l’épanouissement identitaire et à la reconnaissance sociale autrement que par l’extrémisme violent. Nous sommes donc bien au-delà des thématiques de djihadisme, d’ultradroite, d’ultragauche et de « self issue terrorism ». Nous sommes dans un bouleversement civilisationnel dans lequel, si les inégalités continuent de se creuser, les Jokers vont inexorablement se multiplier comme un virus incontrôlable.

Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques, chercheur associé à l’Université libre de Bruxelles et chercheur consultant pour S.A.V.E. Belgium (association de lutte contre toutes les formes de radicalisation violente), est l’auteur de « Daech la suite » (Editions de l’Aube, 2019)

Serge Hefez, psychanalyste et psychiatre, est responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris

L'Obs

Serge Hefez (psychanalyste et psychiatre) et Sébastien Boussois (chercheur en sciences politiques)