Pénalisation de la transmission et de l'expositon par voie sexuelle au VIH (1ère partie)

Publié par skyline le 01.09.2010
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La pénalisation de la transmission sexuelle du VIH donne un contre-signal aux citoyens sexuellement actifs : ne vous faites pas dépister, car en cas de séropositivité, vous pourriez désormais être trainés en justice. Du point de vue strictement médical c’est absurde : plus tôt on est dépisté, moins l’impact de la maladie sera fort (et la mort évitée). Et vis-à-vis de la lutte contre le VIH-sida, c’est catastrophique ! Mais au-delà des effets contre-productifs en termes sanitaires, c’est l’impact sur les représentations sociales à propos des PVVIH qui est tout autant inquiétant : elles sont toutes assimilées à des contaminateurs potentiels, des criminels voire des assassins en puissance. On sait que la stigmatisation vulnérabilise les individus touchés : elle altère l’estime de soi, le bien-être et les capacités de dévoilement du statut sérologique – condition sine qua none pour négocier des pratiques sexuelles à moindre risque. Alors même que certaines minorités ethniques et sexuelles fortement séroconcernées (migrant-e-s, travailleurs et travailleuses du sexe, prisonniers, toxicomanes, trans et homosexuels) vivent déjà des discriminations en raison de leur identité, est-ce pertinent de leur adjoindre une autre source de stigmatisation quand elles vivent avec le VIH ? [[Les travailleuses et travailleurs du sexe connaissent une pression énorme de la part de leurs clients contre l’utilisation des capotes alors même que leur travail et leur vie sont déjà amplement criminalisés !]]. Ce cercle vicieux d’exclusions multiples  n’a pas de sens : alors que l’écrasante majorité des PVVIH sont responsables [[95% d’entre elles n’ont pas transmis le VIH en 2006 aux États-Unis [3].]], il semble logique que de nombreuses personnes préfèrent rester séro-interrogatives à l’idée de devoir vivre avec le stigmate de la séropositivité et d’être potentiellement criminalisées.

C’est précisément pour toutes ces raisons que l’Organisation Mondiale de la Santé, l’Organisation des Nations Unies pour le Sida [4] et l’International Aids Society s’y opposent fermement, en particulier lorsque les preuves de transmission effective (qui nécessite un test phylogénétique – pas toujours fiable [5]), de tromperie manifeste (falsification d’un test de dépistage, dissimulation des traitements…) et de non-consentement, ne sont pas établies. Il n’est bien sûr pas question d’oblitérer la souffrance des personnes qui ont été contaminées par le VIH dans des situations où la volonté de nuire – la délinquance – est clairement avérée. Celles-ci ont bien sûr un droit légitime à une compensation pour le préjudice moral et peut-être physique qu’elles ont reçu. Mais pourquoi en cour criminelle ? N’existe-t-il pas d’autres moyens de dédommagements, comme pour le cas des transmissions par transfusion de produits sanguins dans les années 90 ?

Et puis, quid des autres maladies transmissibles ? La transmission du virus du papillome humain (VPH), responsable de tant de cancers du col de l’utérus et de cancers colorectaux, et dont une écrasante majorité de la population est porteuse, va-t-elle être à son tour criminalisée ? Et les hépatites B et C ? Voire même l’herpès… Va-t-on pouvoir poursuivre son collègue de travail qui ne s’est pas fait vacciné contre la grippe A(H1N1) ?

Commentaires

Portrait de nathan

Il faut que nous apprenions la communication efficace.
Portrait de nathan

Tout est dit.
Portrait de Mistigri

Qu'il est doux de lire des informations non sous-tendues de phobie quelconque...