Réduction des risques sexuels : définition et démystification - Hommage à Kaaphar (1ère partie)

Publié par skyline le 01.09.2010
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La réduction des risques sexuels ou « RDRS » n'est pas une fantaisie. Elle s'articule sur un principe philosophique - la réduction des risques - autour duquel se sont constitué des applications médico-sociales pratiques qui ont prouvé leur efficacité, comme dans le cas des produits psychoactifs :

                    

La philosophie de la réduction des risques postule que la prise de risque en tant que comportement constitue une caractéristique inhérente à notre Monde (pulsions ordaliques de la psyché humaine), et suggère que notre attention devrait se concentrer sur la minimisation des méfaits liés à ces comportements plutôt que sur la suppression de ces-derniers. La réduction des risques soutient l'implication des personnes concernées dans la création et/ou l'avènement de programmes et de services conçus pour les aider, qui doivent être offerts sans jugement et sans coercition. Elle prend en compte l'impact de problématiques telles que la précarité, les rapports de classes et de genre, le racisme, l'homophobie, l'exclusion sociale, les traumatismes antérieurs et les autres inégalités sociales, sur la vulnérabilité des personnes et sur leurs capacités à gérer efficacement les prises de risques.

La réduction des risques sexuels met donc au cœur de son action l'approche holistique en santé globale - qui constitue le cœur de la santé gaie - s'attachant à comprendre les déterminants économiques, sociaux, culturels, physiologiques, psychiques, émotionnels et libidinaux qui structurent la santé sexuelle d'adultes consentants ; sans jugement ni coercition, elle propose de minimiser les dommages potentiels liés aux sexualités sans latex. Pourtant certaines idées reçues perdurent à son encontre. Décryptage.

Idée-reçue n°1 : la RDRS s'oppose au préservatif...

Faux. Il est évident que le préservatif est l'outil par excellence pour se protéger et protéger autrui : il est accessible, facile d'utilisation et relativement peu cher. Qui remet cela en cause ? Certainement pas la RDRS. D'ailleurs, les homos utilisent la capote dans leur majorité. Dire que la RDRS s'oppose au préservatif propage en fait une fausse-rumeur. Car la stratégie RDRS de positionnement stratégique place justement la capote au centre de sa logique. En effet, dans le positionnement stratégique, on choisit de se protéger ou pas selon la position tenue lors du coït (le séropo sodomise avec capote, se fait sodomiser sans capote / vice versa pour le séroneg). Donc le positionnement stratégique propose aux personnes qui sexent parfois ou toujours sans latex de maximiser leur utilisation du préservatif : c'est-à-dire en l'utilisant au moins pour les situations les plus risquées statistiquement.

La RDRS négocie une ré-utilisation du préso dans les situations les plus contaminantes avec des personnes qui ne veulent plus en mettre. Elle passe de l'injonction normative à la pragmatique. Elle ne s'oppose donc ni au préservatif ni aux situations où il n'y en a pas, contrairement à la tradiprévention qui laisse seuls, sans réponse ni alternatives les individus en difficulté ou en refus du préso. En fait, elle complète la norme préventive afin de combler ses limites, en proposant des stratégies alternatives et cumulatives.