REMAIDES

Publié par Rimbaud le 16.10.2017
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           Je prépare ma participation pour le magazine REMAIDES. Ils m’ont contacté. J’ai écrit un texte dans l’heure qui suit. J’en ai supprimé, à leur demande, les phrases les plus vulgaires, sans remords, sans état d’âme, sans avoir le sentiment d’un reniement, sans me draper dans des postures prétentieuses ni crier à la censure, dans la recherche de la possibilité de la justesse qui m’échappe trop souvent. A ce titre, les premiers lecteurs jouent un rôle essentiel. C’est après que les choses délicates ont commencé. Je me retrouve pour la première fois dans la nécessité de cacher mon identité. J’ai toujours signé mes textes. Je n’ai jamais cherché à me dissimuler. Je ne suis pas Romain Gary. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de créer un personnage d’écrivain pour me délivrer de moi-même et libérer mon pouvoir créateur – ce qu’un faux nom permet. Simplement, ma mère aurait pu bosser à la CIA ou INTERPOL tant elle est experte dans l’art de trouver la plus petite production de son fils. J’ai d’abord pensé adopter le nom de mon cher et tendre mais ce n’aurait pas été suffisant. Me voici donc depuis des jours à parcourir le net dans la recherche illusoire d’une aide quelconque, d’une inspiration, d’une clef. Le prénom, lui, était évident : mon pseudonyme SERONET appelait Arthur. Mais comment trouver un nom qui ne soit ni ridicule, ni surfait, ni faux, ni artificiel, ni compliqué, ni vide de sens ? J’ai mis tous mes amis sur le coup, j’ai harcelé mon homme de questions dans la voiture, j’ai consulté des générateurs d’anagrammes, de pseudonymes, j’ai lu des études universitaires sur le sujet et je sentais monter en moi la langueur de l’ennui lourd et angoissant. Comme une trahison de moi-même. Comme un aveu d’impuissance. Comme une faiblesse et un manque de courage. Comme une trahison. Comme une honte à devoir porter un masque. Arthur Thomas ? Naël Profitendieu en hommage à Gide ? Allons-y gaiement, Arthur Rainbow ! Les conneries défilent les unes après les autres mais ça ne m’amuse plus du tout. Je passe le week-end chez celle que je protège, celle dont je redoute plus que tout une énième colère, une énième crise, une énième séparation. Malgré moi, je deviens irascible, tout est colère. Je lui en veux de ne pas m’avoir donné la possibilité d’exister. Je lui en veux de ne m’avoir jamais présenté d’excuses pour les insultes passées. Je lui en veux d’être contre le mariage gay, quand bien même elle accueille mon homme chez elle et que nous passons des vacances ensemble, quand bien même l’ensemble de la famille l’apprécie, quand bien même le temps a passé et qu’elle me consulte au moindre problème. Il y a toujours chez elle ce poids écrasant de son regard et son intransigeance, sa promptitude à guetter ce qui dépasse et à condamner. Sa façon à elle de rester debout. Je ne sais plus très bien si c’est elle que je cherche à protéger, ou moi car ma fatigue est totale, elle s’étend sur chaque centimètre de mon corps et me pousse dans mes retranchements. Arthur Lewis ? Quand bien même je sais qu’une mère finit toujours par deviner et savoir, j’en repousse le moment car je sais que je n’aurai pas cette fois-ci la patience et l’énergie d’expliquer, et de me taire sous son mépris, et de me relever de ses paroles, et de regarder dans les yeux sa douleur de maman. Je revis l’enfer de la double vie, je deviens le maître des enfers, je suis Hadès lisant le marquis de Sade… Arthur Adès. Ce sera Arthur Adès mon pseudo. ADES, HADES, SADE, A(I)DES… Bienvenue à toi, Arthur Adès.

Commentaires

Portrait de fighter48

Ben dis donc ça fume la dedans !!!!! arrête tu vas foutre le feu . ;-)
Combien y a t il de chance que ta mère lise la revue REMAIDES ?
Excuse moi de te dire ça mais si ta mère accepte pas le fait que tu sois gay et de plus seropo, c'est son problème malheureusement. As tu dis à ta mère tout cà ??
"Je lui en veux de ne pas m’avoir donné la possibilité d’exister. Je lui en veux de ne m’avoir jamais présenté d’excuses pour les insultes passées. Je lui en veux d’être contre le mariage gay, quand bien même elle accueille mon homme chez elle et que nous passons des vacances ensemble, quand bien même l’ensemble de la famille l’apprécie, quand bien même le temps a passé et qu’elle me consulte au moindre problème. Il y a toujours chez elle ce poids écrasant de son regard et son intransigeance, sa promptitude à guetter ce qui dépasse et à condamner."
Si je vois la revue REMAIDES je penserais à toi Arthur RIMBAUD "Adés"

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c'est pas pour la revue, c'est que je ne compte pas choisir dix mille pseudos, j'ai déjà eu assez de mal à en trouver un, donc je l'utiliserai aussi pour d'autres publications, et crois-moi, ma mère est très forte mdr 

Oui, c'est "son problème" mais c'est ma mère et ses problèmes sont donc aussi les miens. On ne peut pas dissocier les choses ainsi. 

Portrait de fighter48

Donc si ta mère est forte elle encaissera !!! mais toi ???
Excuse moi, ne prend pas mal mais j'essaye de t'aider

Portrait de Rimbaud

forte pour dénicher mes publications.