Sirop people

Publié par Ferdy le 13.11.2011
128 lectures

Dommage que Thomas Dutronc chante toujours avec le nez bouché.

Il a de bonnes mélodies faciles à retenir, un rythme de manouche dans les cordes de sa guitare, mais une voix qui rappelle celle de son père quand il est enrhûmé. Sinon, je l'aime bien. 

Cela me rappelle ma mère, à l'issue d'un dîner, comme pour conclure une conversation au cours de laquelle j'affirmais m'enthousiasmer chaque jour davantage d'avoir opté pour une carrière artistique encore assez floue, -  tu n'as pas eu de chance, c'est tout.

Cette chance que je n'ai peu, mais il y en a des millions de milliards, c'est déjà de ne pas être né de Françoise Hardy et Jacques Dutronc. Mon carnet de correspondance, au collège, n'aurait pas pris cette petite direction ratatinée et sournoise, si les mots d'absence avaient été rédigés par l'un ou l'autre de ces progéniteurs de rêve. 

Ce n'était pas avec Claude et Liliane que j'allais pouvoir fumer mon premier pétard. Au fond, je ne leur en veux pas d'avoir loupé la case People. J'aurais pas aimé qu'on me voit comme un héritier, la voix de son père, le charme de sa mère, l'envoûtement du couple. Il m'aurait fallu des années de divan, quelques dépressions, pour qu'après cinq ou six cures de désintox, je prenne soudain les commandes de mon pédalo.

Thomas Dutronc, c'est l'arbre qui cache la forêt.

Il y a un autre type un peu de cette espèce. Marius Collucci qui me paraît toujours aussi convaincant dans la série tv, "Les petits meurtres d'Agatha Christie", dans ce rôle de Lampion, inspecteur de police, homosexuel et habile.

Alors, bien sûr, le talent n'est pas héréditaire. Un oxymore de locution me ferait dire : mais il y contribue. La question n'étant plus de trop de savoir si ces héritiers là partent avec des avantages ou des handicaps, mais ce qu'ils sont capables d'en faire. Est-ce une particularité de ces familles offertes en spectacle, à travers la musique, le cinéma, le théâtre que d'ouvrir à sa progéniture l'occasion de s'y épanouir à son tour ? dans les arts plastiques la chose est devenue rare, la descendance Picasso a produit des hommes et des femmes d'affaires, plus soucieux de faire marcher un empire que d'improviser sur la toile.

C'est pourquoi je n'oserais dire quoique ce soit qui puisse être désagréable à l'encontre de Thomas Dutronc, même l'idée de lui tendre un mouchoir paraît désastreuse, vengeresse.

J'aurais tant aimé entendre ma mère chanter "Tous les garçons et les filles de mon âge", en faisant son repassage, plutôt que Tino Rossi et Jean Ferrat.

Dans le même temps, il m'est quasi impossible d'imaginer Françoise Hardy manier le fer à repasser sur une table du même nom. Sauf pour les besoins d'un shooting organisé par Paris-Match.

Blog vintage, transmis par minitel.