Toute consommation est une compensation.

Publié par Rimbaud le 02.08.2017
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Toute consommation est une compensation. L’alcool, les milliers de cigarettes, les plans culs à deux, à dix, à cent… tout ramène à l’enfance. Tout dialogue avec le début de la vie. Tout est réponse. C’est l’expression d’un refus, c’est le cri de l’enfant tapi dans le corps qui gueule que non, que c’est pas possible, que ça ne peut pas être « ça » la vie. Qu’on lui donne des caresses, qu’on déploie devant lui les voiles immenses de la tendresse, qu’on cesse d’exiger des codes, que son maigre corps d’enfant chétif ne soit plus cadenassé par des consignes, des impératifs, des exigences. Que la tromperie initiale soit lavée. Que la femme ne soit plus soumise. Que le dialogue renaisse et l’emporte sur la voix ferme et définitive qui jette à terre… tout : la possibilité d’un jeu. L’amour. La quiétude des paysages. Un regard de parents. Un foyer. Une camaraderie de cours de récré. La naissance d’un idéal. Un imaginaire. Une danse maladroite et envoutante. Un sac de billes renversé. Les effluves d’un gâteau sorti du four. Un sommeil réparateur. Une veillée prolongée. Une fête fraternelle. L’envol d’un papillon. Tout est flanqué au sol et piétiné, arraché, brûlé, nié car le corps tombe du dernier étage et la sonnerie du téléphone retentira dans la nuit tandis que l’enfant ne dort toujours pas parce qu’il sait tout. Ô la superbe intuition de l’enfant-mage ! Lui qu’on n’écoute pas, lui bâillonné, coupable d’un crime dont il ignore tout jusqu’aux circonstances. Dès lors, la vie se fait compensation et c’est un dû. C’est l’urgence d’inventer d’autres règles du jeu, de recréer l’amour, de parcourir les paysages, de pardonner, de construire une maison de pierres, de sacraliser l’amitié, de graver d’une lame inoxydable l’idéal en lui pour que l’imaginaire explose telle la châtaigne dans le feu et que dansent en lui, pour la première fois, des étincelles qui sont des étoiles sûres et éternelles. Le virus est né de ça : de l’impérieuse nécessité de se dresser contre le fatalisme pour que naissent les sensations et que la fusion du corps et de l’âme puisse mystérieusement opérer. La mort est à ce prix. La vie, tout autant.

Commentaires

Portrait de jean-rene

Tu viens d'écrire magnifiquement tout ce que je ressens depuis 77 ans.

Merci, Rimbaud.

Portrait de cbcb

Oui, à la magnificience de l'écriture ! Merci Rimbaud.

"sac de billes renversé, danse maladroite et envoutante, l'urgence d'inventer d'autres règles du jeu"

Aucun texte alternatif disponible.

Un rien les amusent... juste un petit bout de corde pour faire des cabrioles... Et les pendus; ils ont dû danser et jouer trop longtemps...

Portrait de jl06

beau texte merci , mais les nouvelles régles  ne sont pas pour demain non ...

par contre on se rejoint dans le vécu d,une vie (l,age ) comme on à tous à peut près fait le tour de la question

Après avoir passé  milles experience bonne ou malheureuse

On peut se permettre se flashback 

bonne journée Cool

Portrait de Sealiah

Texte que j'ai commenté dans un sens sur FB.Un ami virtuel, peut-être commun l'a partagé.Je t'en remercie Dany.

Je me pose la question de savoir s'il est autobiographique,réflexion à caractère philosophique voir psychanalitique ou juste un constat d'une triste réalité?

Les trois à la fois sûrement.Je te lis sur le site et un certain vécu ressort du texte.Le constat par  l'intitulé est accablant et sans équivoque.J'entends deux voix d'une même personne à des âges très différents par les mots que tu écrits.Je suis fasciné (mot choisi ).

La photo de cbcb est intérressante pour inventer les nouvelles règles du jeu.L'enfance innocente jouant auprès de leurs victimes.Les enfants-soldat, manipulation de l'innocence par l'adulte.La frustration n'engendre qu'un excés mortifère envers soi-même ou autrui.La consommation(abusive) est souvent une réponse inadéquate à une frustration ou une incompréhension d'une situation qui nous échappe.La frustration est difficile à combattre car elle n'a jamais de justificatif.Une situation incompréhensible peut devenir compréhensible.

La consommation(excéssive) peut n'être qu'une compensation passagère.

Portrait de Rimbaud

Oui, je ne sais pas écrire de fiction, ça sonnerait faux, immédiatement. Ce n'est pas philosophique, je n'en dégage aucun concept, aucune loi. Il y a une légère approche psychologique dans le parrallèle enfance/âge adulte. Je pense que je vais un chouillas au-delà du constat d'une réalité violente mais je n'aime pas trop les textes explicatifs donc j'essaie d'être le plus possible dans l'image réaliste et brutale.

Tout texte est polyphonique. L'enfant dialogue toujours avec l'adulte, comme chez tout le monde je pense. Davantage quand l'enfance n'est pas un moment apaisé.

Tu as raison, il s'agit bien d'une frustration originelle, d'un vol, d'une impossible compensation. Une compensation inachevée. J'aurais dû préciser ça, c'est dommage, je ne suis pas allé assez loin dans ma réflexion. Plus tard sûrement.

C'est marrant que mon texte soit sur face de book et que je ne puisse pas le voir. C'est comme publier un livre : après, il nous échappe, n'est plus à nous, vit en dehors de nous. C'est chouette.

Portrait de Cmoi

Je crois que c'est ce que l'on fait à dix ans et jusqu'à l'âge de Rimbaud sur la photo. Ensuite on passe son existence à essayer de concrétiser ce rêve. Et le fossé qui sépare l'imaginaire de notre enfance de l'adulte qu'on est devenu, est la source de toutes nos souffrances, de toutes nos frustrations, et de toutes nos addictions. Et le VIH n'y change rien. Il y a deux décennies de cela, toute l'énergie était consacrée à lutter contre la maladie et à rester vivant. Aujourd'hui les traitements sont si efficaces, qu'on peut se permettre le luxe d'être dépressif. C'est quand même formidable ! 

Portrait de Rimbaud

ma réponse sera dans mon post suivant. (rire)