Un risque élevé de méningococcies invasives chez les personnes infectées par le VIH

Publié par Paradixman le 19.02.2014
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Il est acquis que l’infection VIH augmente le risque de nombreuses maladies infectieuses, à Mycobacterium tuberculosisStreptococcus pneumoniaeSalmonella non typhi, Haemophilus influenzae et Staphylococcus aureusnotamment. Les données concernant les relations entre VIH et Neisseria meningitis sont plus limitées mais quelques publications font état d’un risque plus élevé d’infections méningococciques invasives (IMI) chez les sujets séropositifs et un rapport récent, paru en 2013, émanant des Centers for Disease Control (CDC) signalait un risque 13 fois plus grand de IMI en cas d’infection VIH. En 2005, un vaccin polysaccharidique tétravalent anti-méningococcique (MCV4) a été autorisé et recommandé en pratique quotidienne pour les adolescents de 10 à 12 ans vivant en collectivité mais la population de sujets séropositifs ou atteints de SIDA (PLWHA : people living with HIV/AIDS), autre que celles des adolescents infectés par le VIH n’a pas été incluse dans ses recommandations.

Etude sur la population new yorkaise

Dans un article publié en Janvier 2014 dans Annals of Internal Medicine, L Miller et ses collègues ont estimé le risque d’IMI et la létalité correspondante chez les PLWHA de l’agglomération new yorkaise (NYC) et ont corrélé ce risque au nombre de CD4+ et à la charge virale (CV). Ils ont analysé également les différents sérotypes de méningocoque en cause.

L’infection VIH comme les IMI étant des maladies à déclaration obligatoire, tous les cas survenus entre 2000 et 2011 ont pu être retrouvés à partir des registres officiels de NYC, dont le NYC HIV Surveillance Registry et le DOHMH’ s Office of Vital Statistics Death Registry. Ont été exclus de l’étude les sujets de moins de 15 ans et ceux de plus de 64 ans. En cas d’IMI, le sérotype a été identifié par agglutination sur plaque ou par polymérase chain reaction. Les auteurs ont calculé  l’incidence des IMI pour 100 000 personnes, en fonction de 3 tranches d’âge (15-24 ans, 24-44 ans et 45-64 ans), à la fois dans l’ensemble de la population et pour les PLWHA , et donc le risque relatif (RR) de survenue d’une IMI. Le taux de mortalité a également été déterminé, le rôle du tabac dans la pathogénie des méningococcies évalué. Les auteurs se sont efforcés par ailleurs de supputer le nombre de cas d’IMI liés aux sérogroupes A, C, Y et W, qui auraient pu, en théorie, être prévenus par la vaccination. Enfin, en cas d’infection parmi la PLWHA, le risque relatif (RR) a été corrélé au nombre de CD4+ (< ou> à 200/ mm3) et à la CV (< ou > 400 copies/mL).

Un peu plus de quatre cents cas en 12 ans

Entre 2000 et 2011, dans la population de NYC, on a dénombré 408 cas d’IMI, dont 74 mortels ; 65 % des infections méningococciques et 74 % des décès concernaient des patients entre 15 et 64 ans (n = 265). L’incidence moyenne des IDI a été calculée a 0,39 cas/ 100 000 personnes et par an et le taux de mortalité à 21 %. Durant la même période, le nombre de sujets séropositifs ou ayant le SIDA était de 98 477 et le nombre de sujets non infectés de 5 507 963 dans l’ensemble de la population new- yorkaise. Comparativement aux malades non séropositifs, les sujets VIH+ ayant contracté une IMI étaient souvent dans une tranche d’âge plus élevée que 15-24 ans et plus souvent des hommes. Le tableau clinique était plus rarement la forme de la classique méningite méningococcique. La prévalence du tabagisme était plus forte (75 % vs 38 %, p= 0,015). Le diagnostic d’infection à VIH avait précédé en moyenne de 6,5 ans l’IMI (0,0 à 15,2 ans).

Parmi la population non VIH, le taux annuel d’IMI s’élevait à 0,34 cas pour 100 000 individus. Il atteignait 3,4 cas pour 100 000 dans la PLWHA, soit un RR de 10,0 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 7,2- 14,1). Le risque était plus élevé chez les sujets VIH+ entre 25 et 44 ans avec, un RR culminant à 12,2 (IC : 8,1- 18,5) chez les hommes et à 7,6 (IC : 4,0- 14,5) chez les femmes. De façon à priori paradoxale, le taux de mortalité a été moindre en cas de séropositivité : 4 décès sur 40 (10 %) vs 51 sur 223 (23 %) chez les non VIH, soit un RR de létalité abaissé à 0,44 (IC : 0,17- 11,4). Au total, 74 % des souches de méningocoques identifiées comportaient un sérogroupe potentiellement accessible à la vaccination (respectivement 87 % dans la PLWHA et 72 % chez les non VIH). Il est apparu que le risque d’IMI était 5,3 fois plus élevé (1,4-20,4) quand le nombre de CD4+ était inférieur à 200/mm3 et 4,5 fois (0,9- 22,2) quand la CV n’était pas contrôlée.

Risque plus élevé pour les séropositifs mais mortalité moindre

L Miller confirme donc, dans cet article, que, sur une période de 12 ans, à l’ère des traitements antirétroviraux hautement actifs (HAART), le risque d’IMI dans la population new- yorkaise, reste notablement plus élevé chez les séropositifs. Contrairement au travail préalable de Cohen qui, dans AIDS en 2010, avait conclu à un risque de mortalité plus grand chez des sidéens sud-africains, l’étude rapportée ici retrouve une létalité plus faible dans la PLWHA en cas de méningococcie. Plusieurs éléments pourraient expliquer cet « effet protecteur lié au VIH », en apparence paradoxal. Il est possible que les sujets VIH+, plus sensibilisés, aient réagi plus rapidement aux premiers signes de maladie à méningocoque. Il est aussi plausible que nombre d’entre eux aient été sous une antibiothérapie prophylactique ayant pu améliorer la survie en cas d’IMI. On peut aussi envisager que certains aient reçu une vaccination anti-méningococcique, donc qu’ils aient pu posséder une immunité partielle et de meilleures chances de survie. Ces dernières hypothèses sont, toutefois, en contradiction avec le nombre plus élevé d’IMI constaté en cas de séropositivité.

Plus de 80 % des infections auraient pu être prévenues par la vaccination

Entre 2000 et 2011, parmi les 25-44 ans, tranche d’âge la plus touchée, 87 % des IMI auraient pu, en théorie, être prévenues par une vaccination. De fait, de rares études menées chez des adolescents infectés par le VIH ont montré qu’il existait une réponse immunologique après vaccin anti- méningococcique conjugué mais que cette réponse était plus faible que celle observée chez des adolescents sains, notamment quand les CD4+ étaient très abaissés. Dans l’avenir, des travaux devront être entrepris, à l’aide de vaccins plus immunogènes chez des adultes VIH+ et leur rapport coût/efficacité quantifié mais, dès à présent, il paraît licite d’envisager une vaccination anti-méningococcique chez tous les adolescents infectés par le VIH, à un stade précoce de leur maladie, avant l’effondrement des défenses immunitaires.

Source (réservé aux professionnels de santé)

Commentaires

Portrait de Vladim

comme lecture matinale, au saut du lit, ça vous donne une sacrée pêche !

Portrait de pascalcoucou

Je passerai le revoir plus tard, mon décodeur est au ralenti !!!!!

              Pascal ... .. .