vous, SERONET et moi.

Publié par Rimbaud le 20.09.2017
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Je publie ces carnets sur un site dédié aux séropositifs, SERONET. Pour ne pas être seul avec le virus. Pour ne pas être la bonne copine qui garde les sacs à l’écart du bal. Pour ne pas devenir totalement misanthrope. Pour apprendre de ceux qui en savent plus que moi. J’ai tant de mal à fréquenter les autres. Depuis toujours. Si je renonce à exprimer ma personnalité, les liens se créent mais dès lors que je reste totalement moi-même, je me retrouve isolé, incompris, peu aimé. Je crois n’avoir que deux réels amis. C’est peu tout de même. Sur ce site, je dialogue avec des personnes que je ne rencontrerai certainement jamais, à partir d’un point commun qui permet des dialogues francs et sans détour. Il n’y a pas d’enjeu, pas de risque, pas de précaution à prendre. Je ressens une sincérité incroyable dans leur façon de s’exprimer. Ils ont vécu la contamination, les traitements, les doutes, les incertitudes, les décisions, le reniement des décisions : ils ont traversé. Ils ne font pas semblant. Ils ont tous un pseudonyme et pourtant, tout se passe comme s’ils ne portaient pas de masque. De fait, leurs réflexions sont plus que souvent chargées d’une densité, d’une justesse qu’on ne retrouve pas dans les lieux communs de la vie en société. Oh, ils ne sont pas ennuyeux, ni prétentieux, ni arrogants. Je les trouve délicats, justes et bienveillants. Ils ne sont ni complaisants, ni menteurs, ni flagorneurs. Il n’y est question ni de séduction, ni d’intérêt privé, ni d’obligations. Ils ne font jamais de longs discours, ils ne perdent pas leur temps, et j’ai constaté que beaucoup sont sensibles aux belles choses comme une musique, un film ou un bon jeu de mots. Ils ont pensé la vie. Ils n’ont pas eu le choix. Je ne suis pas du tout dans l’idéalisation. Je ne suis pas en train de les ériger en modèles. Je décrypte une façon de marcher avec eux dans le langage et de se mouvoir dans la pensée. Je ne sais d’ailleurs rien de leurs défauts, de leurs opinions politiques ou des mille choses accessoires qui composent l’individu. L’accessoire est peu présent. Ils choisissent leurs mots avec soin car ils savent que chaque parole sera débattue, contestée parfois avec véhémence. Je ne sais rien de leurs visages, rien de leur façon de sourire, ou de faire la gueule, de leur façon de regarder, ou de rester les yeux dans le vide. Tandis que nous ne parlons que du corps, le corps a disparu. Cette absence, paradoxalement, le fait surgir avec d’autant plus de précision. Sa disparition semble la condition nécessaire à sa préservation. Le mettre à distance permet de mieux l’étudier et, peut-être, de le dominer ou en tout cas de ne plus le subir totalement. Comme on reprend le pouvoir sur ce qui essaie de nous échapper. Tandis que je construis ces phrases, j’imagine leurs corps courbés sur l’écran de l’ordinateur, dans le déchiffrement de ce texte, certains indifférents, d’autres soupesant la justesse du propos, ou sombrant dans l’ennui, ou saisis par l’agacement d’une voix un peu trop ferme, ou préparant leurs idées, ou souriant à l’idée de jouer un rôle qu’ils ignorent dans la vie d’un petit mec de Franche Comté. Nous sommes débarrassés des contingences du quotidien et cela libère le langage. L’écriture est aussi une affaire de corps. C’est lui qui dicte les émotions, les inflexions de la pensée, les fatigues de l’esprit, les battements du cœur, les lueurs du regard, les mains qui pendent, la tête relevée, les jambes énergiques ou désarticulées. Il est le vecteur spirituel qui permet l’extraction, la sortie, la main tendue, le geste qu’on fait en direction de l’autre (une caresse ou un doigt d’honneur). Le corps se trouve donc transporté, transformé totalement en mots. Il est resté lui-même mais n’est plus l’enveloppe artificielle qui est donnée aux regards des autres. Il est devenu totalement textuel et apparaît infiniment plus complexe. Il est dit. Il se murmure ou se gueule. Mais il ne disparaît plus. Il n’est plus menacé. Il n’est plus objet de médication. Il n’est plus contraint. Il se dresse dans la brièveté d’un message adressé et se penche vers une oreille dressée, dans l’attente d’une rencontre suspendue.

Commentaires

Portrait de zombi

Chacun dit ce qu'il veut l'être humain est une mécanique complexe je ne suis pas pour les grands discoure je dis ce que je souhaite sans édulcoré la chose mais je cherche aussi les atomes crochus .On a tous plus ou moins une petite voie dans la tête qui dit ça passe ou ça casse peut-être notre ange gardien lol Wink