KEKET's story ou télithromycine ? Non, merci !

Publié par Maripic le 28.07.2008
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Au cœur de tous les épisodes de l'histoire de l'épidémie, Maripic a pris l'habitude de transcrire ses (més)aventures du quotidien dans de petits billets destinés d'abord à ses proches. Nous les avons lus. Ils nous ont plu. Nous avons choisi de vous les proposer. Rendez-vous régulier qui démarre aujourd'hui.
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"Trois crèves en trois mois. Les températures jouent au yoyo et la grande ville se remplit de miasmes cavaleurs. Je me traîne chez mon toubib de ville préféré qui me connaît si bien, puisque c’est le même depuis dix-sept ans. "Encore ! ", dit-il et à l’autre bout du stéthoscope : "C’est moche ce que j’entends là. Cette fois, vous n’y coupez pas !" A quoi donc ? Aux an-ti-bio-ti-ques, qui, comme chacun sait, ne sont pas au-to-ma-ti-ques, et qu’on avait évité les deux premières fois. "Vous prendrez du Ketek®, un spécial poumons. C’est très bien, vous verrez. Deux tout de suite en rentrant, et bla bla…"

 

Pilote automatique direction maison via pharmacie, je gobe les deux comprimés, me fourre deux kleenex roulés en mèches dans les narines pour en colmater les voies d’eau, une vraie splendeur, et m’affale comateuse sur le canapé devant la télé. Assez vite, un sale goût dans la bouche. Mmmm, costaud, celui-là, me dis-je, en vieille routarde de la pharmacopée, mais confiante. Puis un vague mal au cœur s’installe. Le dîner ? Beurk. Une soupe pour avaler le traitement anti-VIH, et au lit, demain est un autre jour. Peu après, ça commence : une nausée puissante, violente, surgie de mes doigts de pieds, me balaie, telle une lame de fond, et me propulse illico vers la cuvette réceptacle au-dessus de laquelle j’arrive juste à temps. Et je vomis, vomis, jusqu’à mon âme, le corps révulsé. Aie ! Combien de temps depuis la prise des antirétroviraux ? Deux heures ? Ça va, ils sont passés. Très vite, plus rien à rejeter, alors c’est de la bile, des flots de bile, jaillissant avec une telle impériosité de mon estomac que je crains qu’il ne parte avec. Je suis retournée comme un gant. Ravageuse, la bagarre va durer plusieurs heures, et chaque épisode me jette, hagarde, sur mon matelas tanguant comme le radeau de la Méduse. Je profite d’une accalmie relative pour déchiffrer la notice du merveilleux antibiotique. Les notices ? Je les lis toujours, non pas pour "vérifier", mais parce que j’aime bien savoir exactement ce que j’avale (je ne parle pas de la liste interminable des effets secondaires répertoriés qui filent le bourdon). Là, je ne l’ai pas fait. Et je lis dans le chapitre "Ne prenez jamais Ketek® en cas (…) d’insuffisance rénale (…) hépatique(…) si vous êtes déjà traité (…) avec un inhibiteur de protéase", et plus loin dans "Prise d’autres médicaments (…) informez votre médecin si vous prenez (…) du ritonavir (ou Norvir®)" Bingo ! En plein dans le mille. C’est pas très, très clair, mais c’est ça, j’aurais pas dû prendre ce machin, c’est CONTRE-INDIQUE ! Mais pourquoi me l’a t-il prescrit, Lui, MON toubib ? Début de panique, je suis empoisonnée. Je me déshydrate, impossible d’avaler la moindre gorgée d’eau, ça repart aussitôt. Me faut une perf, l’hosto, il est trois heures du matin, appeler SOS Médecins ? J’ai peur, tant la réaction de mon corps est violente, mais j’ai tort, il se défend. Il fait bien son boulot. Je me calme et laisse filer les heures entre allers-retours titubants et innombrables au cabinet des vomitudes, lumière et radio allumées (c’est bien, la radio la nuit !)

 

Le chat avait d’abord fui, indigné par tout ce remue-ménage, puis il est revenu, inquiet, et m’observe d’un coin de la chambre. Sa présence m’apaise. Enfin arrive l’heure décente où je peux appeler mon prescripteur. Stupeur. Je lui lis les passages incriminés de la notice, je lui dis qu’elle a été révisée récemment, en mai 2007. Voix blanche, il est désolé. Il ne savait pas. Il prescrit ce médicament couramment et sans problèmes. Et la communication du labo sur les nouvelles recommandations ? "Pffff….sur dix "infos", neuf sont de la pub déguisée", me dit-il. Alors oui, il zappe souvent. Je flippe pour mon foie, j’ai terminé un traitement VHC il y a peu. Il me rassure, il ne pense pas que les fonctions hépatiques aient été touchées. Le bilan pratiqué par la suite le confirmera.

 

Cette aventure va durer deux jours en tout, passés à jongler avec soupes, compléments alimentaires (pouvais rien avaler) et prises des médocs anti-VIH, le jeu consistant à ne pas vomir trop tôt après. Elle m’a laissée ratatinée de trois kilos. Je n’en veux pas vraiment à mon médecin, jamais une erreur pendant toutes ces années, mais cet épisode a été un électrochoc. Pour lui aussi j’espère. Prenons garde à la pernicieuse routine qui nous endort sournoisement, vigilance ne veut pas dire perte de confiance. Restons des "patients" éveillés et cultivons l’échange avec nos soignants, les questionnant sans relâche pour que vogue au mieux la galère…"
Maripic

Maripic vit et travaille à Paris. Elle est coinfectée VIH et VHC depuis plus de vingt ans.

Commentaires

Portrait de BESA

avant la grande cata...

Merci pour la fraîcheur (si je peux dire)

de ce billet.