Le sérochoix en est-il un ?

Publié par Emy-seronet le 22.06.2010
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On en parlait sur le tchat il y a quelques semaines. Choisir son partenaire en fonction de sa sérologie ; la pratique – ou au moins l'idée – est entrée dans la vie de chacun, en même temps que le VIH. Et il existe, désormais, un terme pour la nommer: le sérochoix*.
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Peur du rejet, peur de la contamination, lassitude parce qu'il faudrait, encore une fois, expliquer sa vie intime à l'autre... Les raisons invoquées pour justifier le sérochoix sont diverses, et elles invitent à s'interroger sur la nature des motivations de ceux qui le pratiquent.

L'incompréhension...


Privilégier les partenaires séropositifs quand on est soi-même séropositif ; sur le tchat du 4 mai 2010 ("Le sérochoix, ça vous concerne ?"), les arguments ne manquaient pas pour justifier cette préférence. Il y aurait, tout d’abord, une grande majorité de prudents qui craignent de contaminer leur partenaire malgré les affirmations scientifiques rassurantes, telles les déclarations du professeur suisse Bernard Hirschel qui explique que le traitement réduit considérablement le risque de transmission. Cette crainte de nuire à l’autre, même infondée, serait d’ailleurs le premier obstacle à l’épanouissement sentimental et sexuel des personnes séropositives. D'autres, qui connaissent leur statut et ne souhaitent pas se protéger pendant leurs rapports sexuels, optent pour cette liberté que permet le sérochoix. Mais, si la question est d’ordre pratique dans ces exemples (puisqu'elle permet à ceux qui l'ont choisi de se passer de préservatif), le recours au sérochoix semble regrettable dans les autres cas… lorsque le choix n’en est plus un. Pendant le tchat, en effet, les séronautes semblaient s'accorder sur un point : la représentation que le public séronégatif se fait du VIH/sida (conséquence d'un mode de vie "déviant", image morbide de la maladie...) continuerait de faire obstacle aux éventuelles relations entre partenaires sérodifférents. D’après les témoignages recueillis sur les lignes d’écoute de l’association Sida Info Service, révéler sa séropositivité à un conjoint ou à un partenaire sexuel serait d'ailleurs source de rejet dans près d’un cas sur cinq (Enquête sur les discriminations liées à l’encontre des personnes vivant avec le VIH, Sida Info Service, 2009). Parce que les séronégatifs seraient mal informés et parce que les représentations du début de l’épidémie persistent, les séropositifs victimes de discrimination dans la sphère intime demeureraient donc très nombreux. Dans un tel contexte, rester entre séropositifs permettrait donc aussi de se sentir soutenu et compris.

…mènerait au communautarisme ?

Les personnes séropositives qui refusent les relations avec un autre séropositif existent. Comme l'a confié un séronaute, au cours du tchat, une seule maladie représente un fardeau psychologique suffisant lorsque l'on n'a pas encore fait "le deuil" de sa propre séropositivité. Mais alors, ces séropositifs qui ne veulent pas des leurs, "ne seraient-ils pas un peu sérophobes ?" s'est interrogé un autre intervenant. Et, puisque notre faculté naturelle à juger nous soumet tous, malgré nous, à envisager le sérochoix, ne sommes-nous pas tous un peu discriminant envers l’autre ? Si, en théorie, les campagnes de prévention prônent la communication et incitent à dévoiler son statut sérologique pour rapprocher les séronégatifs et les séropositifs, la pratique semble parfois nous éloigner les uns des autres. Depuis le début de l’épidémie, face à une communauté séronégative discriminante, les personnes séropositives ont été forcées de s’armer pour rencontrer leurs paires. Il y a peu, on fréquentait les lieux associatifs. Avec Internet, de nombreux sites de rencontres spécialisés ont permit de faciliter la pratique du sérochoix, de le développer et de le rendre accessible à tous. Rechercher un partenaire en fonction de son statut sérologique, annoncer sa séropositivité sur son profil, écrire que l’on est prêt à négocier pour adapter les positions sexuelles et les modes de protection en fonction du statut de l’autre pour réduire les risques de transmission… Des outils dont la légitimité n'est plus à démontrer, des outils utiles et confortables, mais des outils qui accompagnent les personnes dans le processus de "séparation sérologique", et mènent les personnes à s'exclure des uns pour se rapprocher des autres, reprochent certains.

*Issue du terme anglais "serosorting" et élaborée par The Warning (www.thewarning.info), la notion de sérochoix désigne le fait de choisir ses partenaires en fonction de leur statut sérologique.

Crédit illustration : svilen001

Commentaires

Portrait de lilit88

mais quand je tombe amoureuse ,je ne choisis pas le statut sérologique de mon partenaire......je balance le gros du problème en bloc d'entrée et.....ça passe ou ça casse,voilà.je n'ai pas envie de me réduire dans ma vie ,quitte à prendre des claques,et tant pis.je me suis toujours posé la question  :"est ce que cela serait plus facile avec un séropo...?" je n'ai pas de réponse car tous mes amoureux furent séronegs et le sont restés,cela ne facilite pas les relations c'est vrai car même si l'autre vous prend en bloc ,il y a une usure de l'empathie avec le temps.....mais en même temps ,la personne avec qui je suis actuellement  est une vieille carne (comme moi!)qui a bourlingué(humanitaire en afrique de l'ouest ,s'est retrouvé sdf au mali,connaît l'adversité,la pauvreté et la maladie) : il en a vu d'autres dans la vie,son regard est zen ,il me réconforte et même me pousse à essayer de me surpasser ,de croire en moi ,parce que lui y croit.à voir en situation difficile (hospitalisation,ect.....) mais même un autre séropo pourrait "craquer" face à l'adversité.....je sais pas quoi dire d'autre.chacun fait ce qu'il peut,moi je ne veux pas m'enfermer dans quoique ce soit....c'est tout.Clin d'oeil
Portrait de barebackette

"Des outils dont la légitimité n'est plus à démontrer"

ah ouais ?

vous tirez ça d'où ? pffff. 

Portrait de lilit88

ça ne te dit rien?
Portrait de christophe1968

Le sérochoix n'est pas choix pour moi, mais un comportement auquel la réalité m'a forcé. Lors d'une rencontre deux options s'offrent à moi :

1) annoncer d'emblée ma sérologie :  je fais alors le constat suivant, si mon flirt est séropo il reste, s'il est séronégatif il se sauve.  

2) ne pas annoncer ma sérologie au début, mais le faire quand on commence à éprouver des sentiments qui dépassent l'attirance physique, votre amoureux se sauve également, et ça fait encore plus mal...

Du coup vous finissez par rechercher des personnes séropositives en excluant les personnes dont vous n'êtes pas sûr du statut sérologique.

Portrait de lilit88

je suis surprise...de ce que tu dis,christophe;peut être est ce une différence hétéro gay bien que ....je ne vois pas pourquoi?il y a plus de sensibilisation à la séroposivité chez les gays (enfin je croyais) mais la discrimination est tellement banale et elle touche tout le monde,alors on va dire que mon parcours est "entre guillemet" chanceux ,je n'en avais pas conscience jusqu'ici.cela me fait chier parce que cela veut dire  que les "gens" n'ont tjs pas compris les modes de contamination et  que toute la prévention et les campagnes de sensibilisation n'ont pas servi à grand'chose......bon dimanche à toi.
Portrait de christophe1968

On vit dans une société où il faut être performant, sans défaut. Cela est bien illustré par la réponse de beaucoup lorsque je leur annonce ma sérologie  : « désolé mais je ne peux pas gérer », ce que je traduis par  « je n'ai pas envie de me prendre la tête »... 

C'est ainsi.  La société prend en charge le VIH etc..., les individus qui ne sont pas concernés n'ont pas envie de se prendre la tête avec ça... et encore moins dans le cadre d'un couple. 

A propos du couple justement, beaucoup de mecs mettent en avant l'avantage de pouvoir enlever la capote, les relations avec capotes deviennent donc les relations éphémères, ou clandestines.  Vivre avec un séropo s'est donc rendre cette chose impossible et au fond être un sous-couple.

C'est dit sans trop de nuances, j'espère néanmoins que mes propos ne blesseront personne.