Merci de laisser cet endroit aussi pourri que vous l'avez trouvé en entrant

Publié par Ferdy le 07.12.2011
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Tout d'abord, au risque de froisser la sensibilité d'une certaine catégorie – tout à fait marginale – de notre fidèle lectorat, il vous est aimablement rappelé combien il est prudent de se laver les mains plusieurs fois par jour, et à commencer bien sûr avant de pianoter sur vos bécanes.
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Nous en avons désormais la preuve irréfutable, certains d'entre vous sont capables tout à la fois de grignoter un reste de pizza, avaler on ne sait trop quelle boisson alcoolisée, fumer des substances licites et illicites, et tout ceci presque simultanément, pour disparaître régulièrement de l'écran afin de se rendre aux toilettes, en sortir comme si de rien n'était, ouvrir la porte d'un placard pour piocher une poignée de cacahuètes dans un paquet éventré, et s'en retourner paisiblement vers le clavier.

La police scientifique est ainsi parvenue, sur la seule base d'une mise en culture de chacun des germes collectés sur les touches de vos claviers, à reconstituer le parcours ordinaire des comportements à risque entrepris parallèlement à cette activité domestique envahissante.

Donc, je vous en prie, allez tout d'abord vous laver les mains.

Ce genre de mise en demeure, ou du moins l'esprit qui l'anime, n'aurait rien de surprenant dans une publication en ligne émanant de cet Institut national chargé de prévention et d'éducation pour la santé (l'INPES.) Si toutefois leur site était encore en mesure d'émettre un signal audible à destination de la population apeurée. En l'absence de tout lien pertinent, l'Institut national se contente d'indexer une actualité antédiluvienne, agrémentée de quelques publications qui ont presque toutes en commun la particularité d'être obsolète.

Si les grandes causes sanitaires promises à la béatification républicaine, comme le cancer ou le sida, n'engagent plus que la Direction générale des affaires courantes (DGAC), de nouvelles campagnes de prévention assez farfelues (NCPAF) ont depuis lors fait leur apparition.

La dernière en date nous est offerte depuis plusieurs jours, sur les ondes matinales d'une station du service public. Et là, je dois admettre que mon écoute, toujours aussi distraite que confuse à cette heure, ne comprenait rien d'une recommandation officielle à propos de l'ouverture quotidienne de mes fenêtres.

Convenait-il de les ouvrir simplement pour aérer ma piaule et éviter ainsi la multiplication des germes dans une atmosphère confinée, ou fallait-il que je les ouvre pour que je puisse enfin sauter, autrement dit, était-ce un appel national à la défenestration ? Vivant en rez-de-jardin, cette recommandation me parut assez grotesque. A la première gorgée de café, je me suis un peu brûlé la langue. Et j'ai pensé qu'en ce jour assassin, le thème de la campagne de prévention aurait dû être consacré aux brûlures domestiques.

Or, on ne choisit pas son lot de prévention. Par exemple, je n'ai ni permis de conduire, ni voiture, par conséquent (quoique cette affirmation se trouve régulièrement contredite par de nombreux automobilistes de mon département d'adoption qui circulent sans y être autorisés), les messages répétés de la sécurité routière ne me concernent qu'indirectement, à titre passif ou de future victime potentielle, si j'ose dire, avec le fol espoir de ne jamais me retrouver à l'état de bouillie agglomérée à un amas de tôles, alors que j'étais simplement parti chercher une baguette de l'autre côté de la rue.

Après plusieurs décennies à lutter mollement contre l'alcoolisme, le tabac, les addictions en général, les accidents de la route, en montagne, ou ceux de la vie courante en particulier, (…) ou à promouvoir les sacro-saints cinq fruits et légumes... l'INPES a toujours été là pour me rappeler que mon existence douillette pouvait vite se transformer en un cauchemar délétère si je ne respectais pas certaines consignes pleines de bon sens.

Avec la nouvelle obligation faite aux automobilistes d'équiper leur véhicule d'un éthylotest, le chef de l'Etat complète ainsi la petite panoplie sécurisante de l'habitacle. Est-ce vraiment son rôle ?

Devra-t-il se fendre d'un discours aussi poignant lorsque le décret imposant un détecteur de fumée dans chaque logement sera enfin publié ? ("Imaginez toutes ces vies sauvées, grâce à moi ! Dans chaque taudis privé d'eau et d'électricité, je m'y engage, il y aura un dé-tec-teur de fu-mée ! Ainsi, je vous le dis, les pauvres ne mourront jamais plus, plus jamais, vous m'entendez, dans un incendie, ils pourront toujours crever de faim, ça oui, je m'y engage également, mais intoxiqués par de la fumée, plus jamais" (applaudissements prudents à la caserne des pompiers de Vesoul, avril 2017).

Les ceintures, l'airbag, le GPS, le détecteur de radars, le triangle lumineux, le gilet de sécurité... ce nouveau gadget saura-t-il convaincre un ivrogne anonyme de contrôler son taux d'alcoolémie après une soirée de biture, et si oui, pour quoi faire ?

Le rôle protecteur de l'Etat n'en finit pas d'étendre ses prérogatives à des champs dérisoires et mineurs de la vie quotidienne, lorsque sa mission essentielle se trouve gravement compromise sur des terrains autrement préoccupants. Le fiasco de la campagne de vaccination contre la grippe A [H1-N1], en 2009, outre son coût extravagant, a réussi à créer un véritable climat de défiance à l'égard de la vaccination. Quand la précarité galopante offre par ailleurs un terrain propice au redéploiement de la tuberculose dans de lointaines cités déshéritées.

Or, la prévention sanitaire ce devrait être l'anticipation, la sagesse, la prudence collective, la responsabilité individuelle, l'incitation plutôt que l'injonction, le conseil plutôt que la morale, le tout servi dans le cadre d'une information partagée, claire et objective, peu susceptible de se compromettre avec le très puissant lobby des compagnies d'assurance ou des laboratoires pharmaceutiques.

Car, s'il est facile de faire trembler régulièrement la population au prétexte que le sentiment d'insécurité progresse (qu'il puisse stagner ou régresser importe peu, pourvu qu'il soit perçu comme une menace sensible), cet argumentaire anxiogène ne bénéficie pas seulement aux différents partis politiques en lice, il alimente aussi un circuit financier des plus rentables, susceptible de prendre en charge le moindre pépin d'un assuré.

En bons gestionnaires de la peur et des catastrophes prévisibles et imprévisibles, les compagnies d'assurance se méfient tout autant d'un malade en bonne santé que d'un homme sain mais professionnellement vulnérable. Contracter un prêt pour l'acquisition d'un bien immobilier ? le sujet a été engagé ici-même dans un forum. La franchise même du contractant peut se révéler rédhibitoire s'il déclare une affection longue durée, quand la taire sera peut-être nuisible à ses intérêts. Alors, que faire ? Recourir à la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité) à chaque démarche, tromper l'ennemi, assumer positivement son statut tout en se sachant vaincu. C'est une question qui mériterait d'être poursuivie plus avant.

Je m'étais récemment autorisé à un numéro de cabaret, à travers l'interrogatoire absurde d'une compagnie d'assurance imaginaire. Il faut croire que le sujet me préoccupe actuellement. Il n'empêche que lorsque l'Etat se désengage progressivement de chacune de ses responsabilités, (ainsi le report de certaines prestations sociales vers les mutuelles), celles-ci incombent automatiquement au citoyen. Ici, il serait nécessaire de faire la distinction entre la clientèle (le consommateur) qui, par nature, choisit son mode de consommation et un usager qui ne fait qu'emprunter un réseau ou un monopole national auquel il aura certes contribué, mais qui ne lui appartiendra jamais. Le citoyen se trouve juste entre les deux, c'est celui qui paie le voyage sans en être le passager.

La disparition progressive de l'Etat dans la lutte contre le sida se trouve ainsi largement compensée par une multitude de campagnes qui n'engagent à rien. Le prochain colloque de l'INPES, auquel devrait participer Christian Andréo, directeur des Actions nationales à Aides, (9 décembre 2011, Palais des Congrès, Paris - chacun peut s'y inscrire) sera consacré à l'évaluation des campagnes de prévention.

Quand la seule question pertinente serait de savoir s'il a déjà existé, dans ce pays, une seule campagne de prévention valable (VIH/VHC.)

La réponse n'aura pas besoin pour être connue d'attendre les conclusions d'un colloque scientifique aussi prestigieux que prometteur, même réduit à une seule petite journée.

Bonus :
"Sur ce, très chère, adieu.
Car voilà trop causer,
Et le temps que l'on perd à lire une missive
N'aura jamais valu la peine qu'on l'écrive."

Verlaine
(Fêtes Galantes)

Commentaires

Portrait de pascal94370

à quoi sert donc le gel ?

Pascal

Portrait de frabro

Je m'insurge contre l'usage fait pour illustrer cet article d'un portrait de moi pris à l'insu de mon plein gré alors que je luttais vaillament pour protéger mon groin des miasmes environnementaux.

Gruikky

Horreur ! 

Portrait de bleuocean06-1

GRUIKKY  PRESIDENTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTT LOL

je plaisante francois

bisous 

Portrait de into the wild

veuillez laisser l'état dans les wc ou vous l'avez trouvez en entrant

vu que nos dirigeants me semble incapable de nous sortir de la m....

Clin d'oeil 

Portrait de saturne69

Superbement écrit et plein d'humour (noir parfois)... J'adore, j'adhère !!!!!
Portrait de gys

Comme Saturne69, j'adhère et je me suis bien marrée en te lisant, ça fait du bien en ces périodes de fêtes où s'affiche cet étalement de luxe alors que des êtres humains sont SDF...

merci à toi et bonnes fêtes de fin d'année à tous mes Séropotes, tous les Séronautes de Séronet...........et tous les êtres vivants de cette planète

Bizzzzzzzzz solidaires