Tous mes potes s'appellent Brigitte

Publié par Ferdy le 27.06.2012
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Pour celles et ceux que la perspective de l'union promise à Christophe et Gérard auraient gavé, et ils sont nombreux (et on les comprend), sachez qu'ils ont divorcé juste au lendemain de leur mariage.
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C'est vrai qu'ils étaient gonflants avec leurs conneries. Leurs rêves de bonheur idéal calqué sur du banal conforme. Finalement, Gérard avait rencontré un autre mec dans un sauna deux jours avant la cérémonie. Une semaine plus tard, Christophe a rejoint un ancien amant à Los Angeles. Et c'est très bien ainsi. De l'avis du chroniqueur, c'est le bonheur de toute part, semble-t-il.

L'amour c'est du pipeau (c'est bon pour les gogos), comme l'a si justement chanté Brigitte Fontaine. Il fait froid dans le monde, ça commence à se savoir. Plus la planète se réchauffe. Ce n'est rien. Ce n'était rien. Juste pour faire du bruit. Rien que des mots. Tout juste un peu de bruit. Comme à la radio. Ne partez pas, je vous en prie. J'aimerais vous dire combien je l'aime Brigitte. Folle et radieuse, emmerdante, on aurait presque tout dit. Talentueuse et rebelle. Poète, qui ne se prive pas de vous dire qu'elle vous encule si ça lui chante. Femme fatale...

Je rentre à peine d'un pénible séjour à Moscou. Je dois me remettre de mes émotions. Saviez-vous que là-bas on ne salue pas une personne inconnue que l'on croise dans un ascenseur ? Ça fait vulgaire ou entreprenant. J'ai pas compris. Les mecs sont capables de vous embrasser sur la bouche à la moindre occasion, mais un simple hochement de tête dans une cabine, ça craint.

Contrairement à la caricature climatique, il faisait déjà une chaleur accablante. Le mieux était encore de se réfugier dans le métro, "le plus bel endroit de Moscou" selon Emmanuel Carrère (*).

Pour celui ou celle qui ne maîtriserait pas parfaitement l'alphabet cyrillique, il faudra compter les stations sur les doigts, parce que la voix métallique qui vous annonce votre destination ne se préoccupe pas trop de savoir si vous parlez russe. De toute façon c'est inaudible. Et par chance, personne autour de vous ne saurait parler français ni anglais. Vous êtes seul dans un territoire potentiellement hostile.

Les babouchkas vous regarderont d'un air impassible, sans rien comprendre aux efforts démesurés que vous auriez accomplis pour articuler quelque chose ressemblant à Komsomolskaïa ou (plus difficile) Plochtchad Revolulioutsii (ligne 3).

Evidemment, vous éviterez le jeudi pour aller visiter les musées, ils sont fermés, mais pas tous. Les horaires en général sont incompatibles avec celui d'un touriste lambda. Au prétexte de l'application anticipée des 35 heures, la guichetière fermera à 11 heures du matin pour ne rouvrir que vers 16:30. Mais pas toujours.

En attendant, j'étais allé goûter à leur boisson nationale dans un établissement réputé. Des amis m'avaient alerté contre les gargotes qui fleurissent à la périphérie des sites touristiques. On y sert, paraît-il, de la vodka frelatée qui aurait toutes les chances de vous conduire aux urgences, si vous aviez encore la chance d'y être admis avec votre visa touristique.

Le Café Pouchkine. Ici, un service stylé à l'européenne un peu guindé vous propose un assortiment de délicatesses qu'il est possible de régler en euros et de vomir en roubles. Essayez donc ces blintchiki (petites crèpes), varienki (raviolis sucrés), syrniki (petits beignets de fromage blanc), vatrouchki (gâteaux indigestes), koliety (boulettes de viande)...

Toutes les serveuses s'appellent Natacha ou Anouchka. Elles sont autrichiennes, munichoises ou londoniennes. Plus chic que la moscovite de base, rondouillarde et peu douée pour les langues étrangères.

Le reste du temps, je flânais dans les parcs. Ils sont si nombreux et si vastes. On y vient en famille, on pique-nique à Gorki, on vient exhiber sa dernière veste Prada ou ses lunettes Gucci dans les jardins de l'hôtel Balchoug Kempinski (M°Okhotny Riad, ligne 1, ou Novokouznenetskaïa, ligne 2).

Le sauna est installé dans d'anciens bains publics remontant à l'époque d'Ivan le Terrible. En dépit du prénom redoutable, il ne faut pas s'attendre à y faire des rencontres bouleversantes. Il y aurait bien un peu de stupre caché dans les vestiaires, mais ce serait sans compter sans la vigilance de la dame postée là depuis l'ère soviétique, qui distribue les serviettes en consignant sur son carnet les numéros de passeport. Tant pis pour tous ces beaux Dmitri et autres Vladimir, croisés au hasard de ces longues allées agrémentées de somptueuses colonnes en marbre. Il est déjà temps de rentrer.

Direction l'Arbat, c'est le Saint-Germain-des-Prés local. Aristocrates, artistes, intellectuels y ont élu domicile depuis la fin du XVIIIe siècle et moi depuis une semaine. La station de métro la plus proche me demanderez-vous, à juste titre, Smolenskaïa. Pour une fois que les syllabes s'enchaînent presque harmonieusement, sans autre difficulté. Parce que soudain, il s'est mis à pleuvoir. Un méchant orage. Une averse orageuse ici peut durer trois heures. Autant dire que mon petit parapluie télescopique qui m'a si souvent rendu service à Londres, mais aussi à Paris et ailleurs, a rendu l'âme. Je suis littéralement trempé. Il faut croire que 26°C c'était un peu trop pour le mois de juin. Les trottoirs sont rapidement inondés, la foule déambule, l'être et le nez en l'air, ravie.

Je retrouve enfin l'adresse de mon domicile, 33 pereoulok Sivtsev-Vrajek. La vieille employée de maison me débarrasse rapidement de mes affaires trempées et me propose une tasse de thé, chaudement sortie du samovar électrique. En cette saison, il ne saurait être question de disposer de quelques braises pour faire rugir ce bel ustensile en argent qui trône sur la cheminée, précieux vestige de l'époque des Romanov.

Sur CNN, les présentateurs font mine d'ignorer le second tour de notre élection législative. Sur les chaînes russes, je ne comprends rien en dehors des spots publicitaires que je connaissais déjà, mais toujours plus drôles dans une langue étrangère.

Je reviens vers toi, Brigitte, qui roucoule dans mon cœur comme une belle fontaine. Ensemble on aurait fumé je ne sais quoi en provenance d'Afghanistan ou de Tchétchénie ; on aurait enfin ouvert cette bouteille de vodka figée pour toujours dans le congélateur (car mes hôtes ne boivent jamais d'alcool.) On aurait ri devant un téléfilm d'avant-garde. Nous aurions englouti une boîte de caviar par ces délicates petites cuillères en corne qui agrémentent encore les tables distinguées.

Tu m'aurais dit : Ah ! Que la vie est belle, soudain elle éblouit, comme un battement d'ailes d'oiseau de paradis (…).

Et je t'aurais cru. Si je meurs [un jour], ce sera de joie.

(*) Limonov, Emmanuel Carrère (P.O.L. 2011)

Commentaires

Portrait de maya

je n'imagine même pas aller aussi loin, trop loin d'un coin ou je puisse dialoguer, car sans rapport avec les autoChtones: à quoi ça sert de visiter des villes étrangères...

détestant les tours organisés je pars toujours à l'aventure, avce au minima un point de chute ..

mais ton texte est beau, tu voudrais écrire mal que tu ne saurais pas faire je parie ;-)

mille baisers Phil.

et à notre Brigitte Nationale Fontaine 

A tout vite!