Un Été 2011 (# 03)

Publié par Ferdy le 13.07.2011
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De notre envoyé spécial à Thiruvananthapuram...
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Pourquoi le cacher, lorsque la rédaction a décidé de m'expédier dans la capitale du Kerala, au Sud-Ouest de l'Inde, était-ce la longueur du trajet, le nom imprononçable de ma destination, ou bien encore ma méconnaissance de la langue locale (le malayalam), assortie d'une méfiance ancestrale à l'égard de la cuisine indienne, je fus saisi d'une profonde angoisse.

Jusqu'à présent, le plus loin où je m'étais rendu en reportage, c'était Quimper. Au printemps. J'y avais chopé une angine et aussi une intoxication aux bigorneaux. Alité durant deux jours avec 34° de fièvre au camping des Falaises. Je m'en souviens encore.  

Alors, Thiruvananthapuram ... Les médecins m'avaient confirmé ce que je redoutais déjà : mes vaccinations étaient à jour. J'arriverai en pleine mousson. Il suffisait selon eux de prendre garde aux morsures de serpents (dans la journée), aux attaques de moustiques (la nuit) et, le reste du temps, ne jamais consommer un légume frais que je n'aurai pas lavé moi-même avec une eau minérale en bouteille. Dans une boutique spécialisée du boulevard Saint-Germain, j'avais fait l'acquisition d'un casque colonial imprégné de puissants répulsifs et d'un kit d'urgence en cas de morsure par un cobra.

Il avait enfin fallu se renseigner sur le web à propos de l'ancien royaume de Travancore et de ce fameux temple de Padmanabhaswamy, objet de ce reportage.

Évidemment, ce n'est pas moi qu'on enverrait à un mariage princier à Monaco.

Après plusieurs escales (à Rome, Francfort et Abu Dhabi), me voici enfin parvenu à Thiruvananthapuram. Dès la sortie de l'aéroport, une combinaison d'épices et de patchouli vous agresse les narines, des trombes d'eau, pour taxi un tricycle appelé ici rickshaw, une chaleur moite, étouffante, destination une petite auberge située en périphérie. Mon téléphone mobile ne fonctionne pas. Je découvre les saveurs de l'Inde moderne émergente. Un concert de klaxon ininterrompu, des musiques variées à fond les manettes, des meutes de chiens errants qui hurlent toute la nuit près de l'hôtel.

Soudain, le jour se lève. Je n'ai pas fermé l’œil depuis la veille de mon départ. Il n'y a pas d'eau pour la douche, en dehors de ce mince filet d'un jus brunâtre qui dépose sur la peau un résidu calcaire particulièrement irritant. L'hôtesse souriante me propose un thé et des œufs frits. De toute façon, mourir de ça ou d'autre chose, au point où j'en suis.
Dans un anglais improbable, je demande comment me rendre au temple de Padmanabhaswamy. Pendant ce temps, des enfants essaient de me refourguer des noix de coco ou quelques bijoux artisanaux. Personne ne semble connaître Padmanabhaswamy. Je fais des efforts de prononciation herculéens. Enfin, le cousin de la sœur d'un voisin de l'hôtel accepte de m'y conduire.
Nous ne nous trouvons qu'à une petite dizaine de kilomètres du temple, mais c'est sans compter sur la météo, les voies impraticables, l'inconcevable anarchie de la circulation, les vaches étendues dans la boue, pour que notre simple petite course relève du cauchemar. Le moteur de notre mobylette se noie à plusieurs reprises. Tout cela a l'air d'amuser mon conducteur toujours hilare. Nous faisons une halte chez l'oncle de la sœur de la nièce d'un lointain cousin. Il pleut des trombes. Le sympathique curry d'agneau brûlera longtemps encore mon estomac.

Nous parvenons enfin devant le temple de Padmanabhaswamy, une espèce de forteresse grisâtre haute de plusieurs étages. L'entrée est strictement interdite aux non-hindous. Une horde de mendiants se précipite vers moi, un singe essaie de me chiper mon appareil photo. Par une chance miraculeuse, il s'est arrêté de pleuvoir, mais je dois tout de même faire le tour de l'édifice dans un torrent de boue. Je fais l'acquisition d'un guide du site en noir et blanc, traduit dans un anglais plus que fantaisiste, son édition doit remonter à l'invention de la photocopieuse.

Si le temple de Padmanabhaswamy (édifié au XVIème siècle par des hindous) fascine, c'est bien sûr pour ce trésor inestimable qu'une équipe d'archéologues vient de mettre à jour : plusieurs tonnes de pièces d’or et de bijoux, des sacs remplis de diamants, des figurines incrustées de rubis et d’émeraudes, ou encore ce collier en or massif de cinq mètres de long, et tant d'autres merveilles enfouies dans les caves de ce lieu sacré dédié à Vishnou. On peut dire qu'il s'en est foutu plein les fouilles celui-là. Selon les premières estimations, il y en aurait déjà pour plus de 15 milliards d'euros, soit l'équivalent du budget annuel consacré à l'éducation dans l'Union indienne. Selon les informations que je suis parvenu à saisir, la majeure partie du trésor proviendrait des offrandes des pèlerins et d'une part de la fortune de la famille royale de Travancore, dissimulée aux colons britanniques.

Bien sûr, dans cet État gouverné par l'un ou l'autre des deux principaux partis de gauche qui se partagent le pouvoir depuis 1957, la tentation est grande de voir une part de ce butin impressionnant affectée aux dépenses publiques. Mais les dignitaires religieux hindous y sont farouchement opposés. La bataille juridique risque d'être longue, âpre et douloureuse. A titre personnel, j'aurais tendance à penser qu'il serait assez judicieux de couper la poire en deux, afin de doter ce pays d'un peu plus de confort moderne, comme par exemple d'un réseau routier adapté, d'une restauration décente et d'un parc hôtelier plus attrayant.

Je quitterai dès ce soir ce haut-lieu touristique que je vous recommande. La route sera longue encore avant de pouvoir regagner l'aéroport Charles-de-Gaulle et le TGV. Je rêve d'une entrecôte-frites, sans piment, sans curry, sans lait de coco, sans musique criarde en arrière-fond, avec si possible un peu de soleil et un cappuccino en terrasse.

Commentaires

Portrait de frabro

 Un simple clic sur gogole m'a prouvé que cet improbable destination touristique existait bel et bien, et il me semble avoir entendu aux infos cette historie de trésor.

http://www.google.fr/search?q=Thiruvananthapuram&hl=fr&prmd=ivnsm&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=hYIdTomKAdGfOon6jKcJ&ved=0CF0QsAQ&biw=1295&bih=760

 Quoiqu'il en soi, cette aventure prend sous la plume de notre ami tribulleur des allures d'épopée fantasmagorique et m'as bien fait rigoler, en attendant de pouvoir un jour aller vérifier sur place la présence de cobras mangeurs d'homme.

Portrait de croquant

http://www.google.fr/search?q=photo+de+backwaters&hl=fr&client=firefox-a...

promenade dans les backwaters...ca a l air magifique sur ces droles de bateaux.....mais bon les serpents.....Motus

Portrait de louve85

Merci Ferdy pour cette pittoresque balade.Sourire