Un été 2011 (# 10)

Publié par Ferdy le 31.08.2011
2 579 lectures
Notez l'article : 
0
 
Pourquoi tant de haine ?
Internet_0.jpg

Partant du présupposé que tout internaute en a fait une fois au moins la douloureuse expérience, la cyber agressivité y est le plus souvent présentée sous ses différents aspects négatifs où s'agrègent pêle-mêle les fléaux récurrents que constituent l'invasion des trolls et la calomnie sous couvert d'anonymat. De nombreux exemples illustrent cet univers impitoyable qui suffiraient à vous dégoûter à jamais des sites de discussion auxquels vous avez eu l'imprudence de vous inscrire. Une cohorte de psychologues, sociologues, philosophes apporteront l'éclairage inhérent à leur discipline. Même si Platon, Marx, Freud ou Staline n'ont guère eu l'occasion de se pencher sur ce délicat problème, leurs témoignages prémonitoires sauront étayer les propos de ces spécialistes du Web 2.0.
La puissance du système dépassant, et de loin, les capacités de l'utilisateur encore englué dans ses réflexes pulsionnels primitifs, l'internaute en serait encore à l'âge ingrat de l'apprentissage. Le comportement de domination ? Un instinct naturel de l'espèce confrontée à de nouveaux dangers. Dans cette société des écrans, le monde glisse sans coupures, sans plus de vide, de silence, ni de respiration.
Aussi, à défaut d'avoir quelque chose à dire, il parle. Et il parle sans cesse.

Puisant dans mon expérience personnelle, la seule qu'il m'ait été donnée de connaître, je m'aperçois qu'en dépit de ma bienveillance légendaire (par ailleurs, tout à fait usurpée), il m'arrive d'être tenté de poster une vacherie en guise de commentaire sur un blog ou un forum. Si la plupart du temps je m'abstiens, j'en éprouve pas moins un sentiment mitigé. D'un côté il y aurait là, et quitte à le regretter par la suite, comme un besoin impérieux d'exprimer mon hostilité face à une opinion que je ne partage pas ; d'un autre, ne rien dire me plonge parfois dans d'ineffables remords, comme si l'adage voulant que celui qui ne dit mot consent devait s'étendre à la moindre idée mise en ligne. Heureusement, il m'arrive aussi d'intervenir et d'être durablement d'accord avec moi-même, sans autre état d'âme.

Aleks Krotoski, docteur en psychologie et chroniqueuse au quotidien britannique The Guardian, affirme : "On dirait que le Web nous a permis de nous haïr les uns les autres, beaucoup plus facilement et plus efficacement. (…) Les blogs et les forums sont des zones définitivement évitées par les personnes espérant développer des conversations rationnelles".
Ce triste constat mériterait cependant d'être nuancé. Il accrédite toute une fantasmagorie victimaire assez répandue parmi ceux qui sont généralement les moins exposés, car étant les moins actifs. A titre d'exemple, un site d'information comme Rue89 reçoit 80% de commentaires émanant de 10% seulement de ses abonnés. Sans connaître les statistiques précises, je ne serais pas étonné d'apprendre qu'il en va à peu près de même sur Seronet. D'où, peut-être, cette suspicion que l'on perçoit par intermittence sur le site à l'égard des contributeurs réguliers, comme s'il s'agissait là d'un groupuscule soudé, une coalition officielle et dûment patentée, censée imposer à l'ensemble le diktat autoritaire d'une pensée unique.
Enfin, sans remettre en cause la bonne foi du Dr. Krotoski, son appréciation néglige le caractère fondamentalement irrationnel qui conditionne nos affinités. On pourra toujours regretter cette triste prérogative humaine pleine d'imperfection, mais c'est encore la seule à ne pas avoir été déléguée à la toute-puissance technologique.

Le contradicteur, en mettant les pieds dans le plat et au risque de déplaire, propose un avis original parfois sévère. A la limite, qu'importe si un blog ou un forum se transforme en défouloir. N'en va-t-il pas de même au café du commerce ou lors de toute discussion banale, aux contours mal définis, aux enjeux mineurs, voire totalement anecdotiques. Défendre une opinion relève de ce droit démocratique imprescriptible animant tout échange. Bien sûr, il est regrettable de voir la discussion tourner au pugilat. Combien de forums doivent être interrompus dans l'urgence par la modération, car le bon sens et la courtoisie la plus élémentaire ont fait place à la calomnie ou aux allégations les plus basses, sans plus de lien avec le sujet initial. L'internaute, humain, trop humain, agit à l'ère numérique avec les réflexes qui étaient les siens au Paléolithique. Espérons seulement qu'il parvienne rapidement à l'âge adulte, sans avoir à trop se défausser de son caractère belliqueux qui en fait parfois le charme, et souvent aussi tout le ridicule.

Commentaires

Portrait de romainparis

l'internaute laisse plus facilement parler sa nature profonde ou justement s'en invente une totalement différente ! Mais, au final, quelle différence avec la réalité puisque rare sont les personnes authentiques dans celle-ci. Où suis-je le plus authentique ? Dans le réel ? le virtuel ? Eh bien, ni dans l'un ni dans l'autre depuis quelques temps, car j'ai appris à me taire plutôt qu'à réagir et ceci dans l'unique but de me protéger. J'ai fait ce que Darwin a constaté : je me suis adapté pour survivre. Malgré moi certes puisque cela m'a demandé un effort, mais sans renier ni camoufler ma nature profonde. Elle est seulement mise en veilleuse pour m'éviter de perdre ou que l'on me fasse perdre du temps dans mon évolution justement.

L'Homme n'est pas un Humain tant qu'il est pollué par les idéologies qui ne viennent pas de lui.

Quant à notre nature profonde collective, elle est prédactrice et c'est elle qui nous a permis de nous élever au-dessus des autres espèces, comme c'est elle qui nous détruira (hors phénomène naturel).

L'internaute n'est pas une nouvelle espèce, il utilise seulement de nouveaux outils comme son ancêtre a utilisé la roue un jour. 

Portrait de klaatu

Ferdy, remarquable.

Cette réflexion épouse dans les grandes lignes ma pensée.

Je conforte mon soutien que je t'ai déjà exprimé.

Bien à toi 

Portrait de rickhunter

et en plus, instantanée, couverte par un anonymat relatif, et la possibilité de changer d'apparence, de profil, de caractère à volonté...

Entre ceux qui sont des habitués du changement de pseudo et ceux qui passent de temps en temps pour cracher leur venin...

Ca a peut etre un effet thérapeutique , aussi... même si je doute qu'un esprit potable se soulage en tirant au hasard...

En email, au moins, on peut mettre en brouillon et attendre le lendemain mais en direct...

Portrait de Phallus

je suis tout à fait d'accord avec Ferdy sur l'agressivité. D'ailleurs, Ferdy est un :/@W($¤£X pouet ! Z'êtes d'accord ?
Portrait de communard2011

ferdy wrote:
Puisant dans mon expérience personnelle, la seule qu'il m'ait été donnée de connaître, je m'aperçois qu'en dépit de ma bienveillance légendaire (par ailleurs, tout à fait usurpée), il m'arrive d'être tenté de poster une vacherie en guise de commentaire sur un blog ou un forum. Si la plupart du temps je m'abstiens, j'en éprouve pas moins un sentiment mitigé. D'un côté il y aurait là, et quitte à le regretter par la suite, comme un besoin impérieux d'exprimer mon hostilité face à une opinion que je ne partage pas ; d'un autre, ne rien dire me plonge parfois dans d'ineffables remords, comme si l'adage voulant que celui qui ne dit mot consent devait s'étendre à la moindre idée mise en ligne. Heureusement, il m'arrive aussi d'intervenir et d'être durablement d'accord avec moi-même, sans autre état d'âme
Portrait de Paulan

On trouve tout sur Internet, du bon comme du mauvais. Il suffit de garder le bon ^_^ Ayant connu les premiers émois des chats sur Minitel et aussi la période précedente ou aucun moyen autre que le hasard n'existait pour rencontrer de parfaits inconnus parfaitements interessants, je considère que les bons cotés du Net sont ENORMES.

Mes dictionnaires et encycopédies se couvrent de poussière et j'ai des amis en Chine (eh oui Romeo fonctionne en Chine LOL), en Australie et ailleurs

J'ai même trouvé le moyen de conserver mon basilic : le mixer avec de l'huile d'olive (vierge) pour obtenir une  pâte qu'on congèle pour faire des pestos cet hiver. Elle est pas belle la vie ?

Laissons parler les psychologues, gloser les éducateurs et se lamenter les paranos de Big Brother. Carpe diem...

Paulan

Portrait de frabro

Ferdy, ton écrit sur l'utilisation par l'internaute moderne des réflexes paléolithiques est tout à fait juste. Ha ! L'utilisation du coup de massue virtuel pour faire taire celui qui écrit différemment, quelle jouissance que de pouvoir taper sans retenue puisque quasi assuré de l'impunité...

Las ! Voilà que le retour de massue se révèle parfois encore plus douloureux et que c'est ainsi que naissent des guerres "webiques" qui laisseront moins de traces dans l'histoire que les guerres puniques : elles resteront dans le cercle restreint des lecteurs d'un site au jour le jour et seront oubliées aussitôt qu'un nouveau sujet chassera le précédent.

Quand à l'espoir que deviennent adultes les internautes alors que l'adulescence justifie tous les excès, je n'y crois guère. Mais comme j'ai l'espoir chevillé au corps (et à l'âme !), allez, tiens, je vais faire un effort et croire aux lendemains internétiques qui chantent  Mort de rire

Bien à toi

François 

Portrait de boyisk

Grâce au net et aux gens que je rencontre, j'ai appris à repérer les commentaires qui participent à m'apprendre des choses de ceux qui servent la "défense" inconditionnelle de son opinion,son avis (... de sa personnne!) au risque de s'éloigner du sujet...

C'est hallucinant comme le forums peuvent être un défouloir au détriment d'un réel partage d'informations... 

Je fais ce que d'autres font et ça me rassure !

Curieusement, je me sens moins seul lol de ne pas participer d'emblée à tout ce qui m'intéresse, de façon automatique...thérapeutique certains diront lol

Je lis, je lis et je la mets beaucoup en veilleuse comme dirait Romain!

Perso, j'adore ça, ne pas y participer en postant des coms m'est réellement confortable...ça me permet de prendre du recul sur les questions et de garder cette distance avec toute cette e-aggressivité interposée, la distance et la remise en question de ce qu'on avait l'habitude de penser, de voir, de se représenter sur tel ou tel sujet...c'est peut-être ce qu'on doit perdre, en voulant toujours contredire et surtout a-sso-mer les commentateurs (je me rendre compte que c'est probablement pour ça que j'adore le NO COMMENT d'Euros news lol).  

Ce que j'ai remarqué c'est qu'à force de tjs vouloir dire ce qu'on pense ... certains semblent s'autoproclamer experts...On est mal barré sachant que c'est le plus gros vecteur de mensonges, d'idéologies ... c'est un peu comme la télé, le net en général...je pense que ça dépend de l'usage qu'on en fait encore une fois.

Portrait de drive

je trouve normal que certain réagissent ainsi à des blogs écrits par certains blasés qui se prennent pour socratte, sartre, ... et qui se croien au dessus du lot commun, et  prennent  les autres pour des beaufs ignare 

le virtuel leur permet au moin de rajouter du blabla sans qu'on leur dise : stop, à cette soupe !  sinon, ils devraient écrire un livre, publier, et la on en rediscuterat