Portrait de

Le blog de Rimbaud

Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 09.09.2017
908 lectures
Comment un simple cachet peut-il à ce point prendre possession de notre esprit ? Il y a sorcellerie. J’étais extrêmement détendu en allant me coucher (un bon porno et quelques plans cam avaient fait leur effet). Je sentais bien que le ventre faisait son boulot de ventre mais rien de plus. Rien, absolument rien ne préfigurait le déferlement d’images démoniaques, de scènes apocalyptiques, de...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 08.09.2017
3 947 lectures
08 septembre, 20h25 : j’ai pris mon premier Triumeq. Comme un événement. Comme on entre dans la cour des grands pour la première fois, l’air un peu suspicieux, pas trop rassuré, méfiant, la boule au ventre. Allez, c’en est fini du Prezista, Norvir, Truvada que je m’amusais à ingurgiter chaque soir dans le même ordre : bleu, blanc, rouge… histoire de rendre hommage à la France à qui je coûte une...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 07.09.2017
2 576 lectures
Le virus est en train de trouver sa place dans ma vie, tranquillement. Ou plutôt, je suis en train de rééquilibrer l’ensemble, de le regarder avec justesse : il n’est plus la reine du bal qui débarque et attire tous les regards sur elle ; ce n’est pas une péripétie de plus dans un scénario évolué. Il est à part et il mérite que je le considère et que je plante mon regard droit dans sa bassesse...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 05.09.2017
1 584 lectures
Une amie, un jour, m’avait dit : « si un jour tu tombes gravement malade, je ne serais pas là pour toi. Je ne pourrais pas parce que j’ai déjà traversé le cancer de mon frère et que je n’aurais pas le courage de revivre ça à nouveau ». Cette phrase m’avait choqué mais je n’ai rien dit à l’époque. J’ai enregistré simplement l’information et je l’ai gardée dans un coin de ma tête. Alors quand le...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 03.09.2017
2 222 lectures
Nos médicaments nous sauvent, le travail aussi. Tout me semble irréel. Les 150 nouveaux visages à conquérir, à découvrir, à scruter, à deviner. Les textes ouverts sur le monde qui me tirent vers d’autres réalités. La sonnerie infernale qui scande la journée. Les bruits des couloirs qui arrachent de la torpeur, loin du silence calfeutré de mon bureau. Les sourires des collègues. Tout impulse un...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 31.08.2017
1 407 lectures
Les quarante dernières années, j’ai appris à (pour reprendre Les Nourritures terrestres de Gide) « m’intéresser à moi-même puis à tout le reste plus qu’à moi-même ». Jusqu’à la disparition du Moi, de l’ego qui ne se trouvait plus qu’enrichi par l’ouverture aux autres individus, aux autres pays, aux autres cultures. L’ancrage du virus a – pour un temps j’espère – détruit ce processus. Tout ne fait...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 31.08.2017
2 708 lectures
Durant toutes ces années, j’ai fait de la solitude le lieu de la pensée, de la cohérence, au rythme du temps qui s’égrène, loin des contraintes, des jugements et des impératifs. Un poste d’observation. Je suis convaincu que le VIH va m’apporter des choses essentielles, des éléments manquants, qu’il va combler des failles. Je l’ai su dès la première journée. Je m’ouvre au monde, doucement ; j’...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 29.08.2017
1 696 lectures
Le proctologue se plante de numéro et laisse un message quasi incompréhensible sur mon portable croyant parler à l’infectio. J’ai tout de même compris ces mots qui m’ont saisi : « c’est douteux, c’est pas franc ». Je n’aime pas le doute et je pense être d’une totale franchise. Voilà de quoi foutre en l’air une journée, d’autant qu’il précisait vouloir me revoir à six mois et non dans un an pour...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 29.08.2017
591 lectures
Vivre en se pensant immortel, dans un oubli quotidien de cette réalité. La psychanalyse nous le dit : il est nécessaire d’oublier notre condition de mortel. Le virus est là pour nous rappeler à cela : je peux disparaître et être tué, anéanti par la maladie. Le bonheur est-il dès lors impossible ? Les épicuriens diront que bien au contraire : la conscience de la mort permet le carpe diem. Profiter...
Portrait de Rimbaud
Publié par Rimbaud le 27.08.2017
1 837 lectures
J’ai 41 ans et j’ai grandi avec le sida. Je n’ai pas été de ceux qui ont vécu la disparition des leurs, chaque semaine, de ceux qui rayaient les numéros de téléphone dans leur carnet régulièrement, de ceux qui passaient leurs dimanches dans les cimetières, mais je suis de ceux qui ont grandi dans la peur de la contamination. J’ai été éduqué à la capote, marqué par l’obélisque recouvert, horrifié...