90-90-90 au Kenya

5 Décembre 2020
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Cette étude révèle qu'en 2018, 93 % de la population du sous-comté pris en compte dans l’étude connaissait son statut VIH (contre 59 % selon une enquête de 2012). Elle indique que 97 % des personnes séropositives recevaient un traitement antirétroviral, contre 68 % en 2012. De plus, 95 % des personnes recevant un traitement antirétroviral avaient une charge virale indétectable, soit 11 % de plus qu'en 2012. L'étude (baptisée NHIPS 2) révèle ainsi que les objectifs de 2020 fixés par l'Onusida pour maîtriser l'épidémie mondiale de VIH ont été atteints et dépassés deux ans plus tôt dans ce territoire. Comment ? Tout est part d’une précédente enquête MSF/Epicentre réalisée en 2012. Elle avait mis en évidence la « nécessité d'améliorer les soins dans tous leurs aspects ». Cela avait incité MSF et ses partenaires à repenser complètement leur approche à partir de 2014. Entre 2014 et 2018, le taux de prévalence est alors passé de 24 à 17 %. Au cours de la même période, le pourcentage de nouvelles infections par an parmi la population exposée aux risques est passé de 1,9 à 0,7 %, ce qui indique que le virus se propage désormais à un rythme plus lent. « Le principe sous-jacent est que, lorsque votre traitement est efficace, le virus a été supprimé et vous êtes incapable de le transmettre à d'autres personnes. Lorsqu'il est appliqué à un grand nombre de personnes, le traitement du VIH équivaut à la prévention du VIH », explique Dr Mohammed Musoke, coordinateur médical MSF au Kenya, cité dans un communiqué de presse de l’ONG. « En pratique, pour atteindre cet objectif, nous nous sommes efforcés d'apporter des améliorations majeures autour des trois principaux piliers de la prise en charge du VIH : sensibiliser les gens à la nécessité de connaître leur statut sérologique, maximiser le nombre de personnes séropositives sous traitement antirétroviral (TARV) et augmenter le nombre de personnes sous TARV avec une charge virale indétectable. Nous visions ainsi à réduire le taux de nouvelles infections et, à terme, la présence du virus au sein de la population. » Cette nouvelle approche s’est appuyée sur une offre de dépistage plus importante grâce à un engagement important de la communauté, à des campagnes de promotion de la santé en porte-à-porte et à des tests dans les foyers. « Des efforts ont été déployés pour améliorer l'accès des personnes séropositives au traitement antirétroviral et aux soins de suivi. En 2012, le traitement et le suivi n'étaient disponibles que dans les principaux hôpitaux et centres de santé de la région. Seuls 6 % de la population séropositive pouvaient être traités dans les centres de santé locaux (…) À partir de 2014, MSF et ses partenaires ont développé et amélioré les soins contre le VIH dans des centres de santé ruraux plus petits, avec davantage de personnel qualifié et avec un approvisionnement plus régulier ». « Ils se sont également efforcés de renforcer l'orientation des nouveaux cas de VIH vers le système de santé. Les tests de laboratoire sont devenus plus rapides et plus efficaces grâce à un réseau de motards qui prélèvent des échantillons de sang dans les centres de santé locaux et les transportent jusqu'au laboratoire le plus proche », détaille l’ONG. Cela a représenté une amélioration considérable par rapport à l'époque où les patients devaient faire un long voyage pour se faire tester et attendaient souvent des mois pour connaître les résultats.  « L'investissement dans un système de laboratoire a été un élément clé du processus, car le personnel médical s'appuie sur ces tests pour savoir ce qu'il faut traiter, comment le traiter et si le traitement fonctionne réellement, explique le Dr Musoke. En effectuant les tests sur le lieu de soins et en utilisant un meilleur équipement, des résultats qui prenaient auparavant des jours ou des semaines à obtenir, peuvent maintenant être rendus en une heure ou moins. » En 2016, le ministère kenyan de la Santé a adopté la recommandation « tester et traiter » de l’OMS. Reste un constat : « Si les résultats obtenus sont les meilleurs que l'on puisse espérer, compte tenu des ressources et des contraintes, les taux de prévalence et d'incidence restent supérieurs aux niveaux nécessaires pour contrôler l'épidémie de VIH », déclare le Dr Musoke.

(1) : À l’horizon 2020, 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 90 % de toutes les personnes vivant avec le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral durable ;  90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée, selon la définition de l’Onusida.