AAD et VHC : des différences d’accès

16 Juin 2019
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L'utilisation de drogues par injection s'accompagne d'un risque d’infection par le virus de l'hépatite C (VHC). En France, les personnes usagères de drogues constituent le principal groupe à risque de transmission du VHC, et une population-clé pour l’élimination de l’hépatite C, rappelle un communiqué (29 mai) de l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales. Dans un contexte où les nouveaux traitements contre l’hépatite C (antiviraux à action directe, AAD) permettent de guérir la quasi-totalité des personnes traitées, des chercheurs-euses se sont intéressés-es à l’accès aux traitements de l’hépatite C en France chez les personnes usagères de drogues, en particulier des opioïdes. Benjamin Rolland, psychiatre addictologue (Service universitaire d’Addictologie de Lyon, Le Vinatier), Patrizia Carrieri et Fabienne Marcellin, chercheuses à l’Inserm (Laboratoire sciences économiques et sociales de la santé et traitement de l'information médicale. Aix-Marseille université/Inserm/IRD) ont analysé « les données de remboursement de soins de la base nationale de l’Assurance maladie (Sniiram) pour plus de 27 000 personnes avec une hépatite C chronique au sein des quelque 200 000 sujets français recevant des traitements de substitution aux opioïdes : méthadone ou buprénorphine (projet ANRS Fantasio). Leur étude a fait l’objet d’une publication en ligne dans l’International journal of drug policy. Elle montre que, « même aujourd’hui avec les stratégies de traitement universel contre l’hépatite C, les femmes ont significativement moins accès à un traitement que les hommes ». Le projet de recherche ANRS Fantasio (dont Benjamin Rolland est le coordinateur) s'intéresse aux disparités d'accès aux traitements contre le virus de l'hépatite C (VHC) chez les personnes utilisatrices de drogues, population particulièrement vulnérable au VHC. L’étude publiée dans l’International journal of drug policy a donc porté sur plus de 27 000 personnes souffrant d'hépatite C chronique (dont 21 % de femmes), vivant en France et ayant eu recours à un traitement contre la dépendance aux opiacés au moins une fois entre 2012 et 2016. Sur cette durée, 71 % des personnes suivies dans l’étude n'ont pas eu de délivrance de traitement contre le VHC, 17 % ont reçu des antiviraux à action directe (AAD) , et 12 % uniquement des traitements antérieurs à base d’interféron, détaille le communiqué de l’ANRS Les chercheurs-ses montrent que, malgré une amélioration nette de l’accès aux traitements de l’hépatite C à partir de l'arrivée des antiviraux à action directe (sur le marché depuis 2014), les femmes usagères de drogues restent 28 % moins traitées pour l’hépatite C que les hommes. Comment expliquer un tel décalage ? « L'étude met en avant le fait que dans cette population, les femmes sont plus jeunes que les hommes et bénéficient plus souvent de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-c), un facteur associé à un accès moindre aux traitements VHC chez les femmes comme chez les hommes ». « La mise en place récente du modèle simplifié de traitement de l'hépatite C avec l'autorisation pour les généralistes de prescrire des AAD en cas d'hépatite C chronique depuis le 20 mai 2019 devrait faciliter l'accès aux antiviraux et réduire l'écart de traitement entre hommes et femmes », concluent les chercheurs-ses qui ajoutent qu’« une meilleure compréhension des obstacles au traitement contre le VHC pour les femmes restent une priorité ».