Activer les réservoirs du VIH pour mieux les cibler

17 Juin 2019
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Tout récemment, l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) est revenue sur la stratégie du shock and kill : une stratégie thérapeutique qui vise à activer les réservoirs du VIH, pour mieux les éliminer. Comme le rappelle l’agence scientifique, si le « VIH persiste dans l’organisme malgré les traitements, c'est que le virus reste présent mais inactif dans une très faible fraction des cellules immunitaires qu'il infecte, en particulier les lymphocytes T CD4 ». Il échappe ainsi à la surveillance du système immunitaire et aux traitements antirétroviraux qui n’agissent que sur un virus qui se multiplie. C'est à ce problème que s'intéressent les chercheurs-ses Georges Bismuth et Marianne Mangeney de l’Institut Cochin (Inserm UMR U1016, CNRS UMR8104, université Paris Descartes). Ils ont récemment publié (1er mai 2019, dans la revue Plos Pathogens un article sur leurs recherches. « Dans cette étude, ils montrent que l’inhibition pharmacologique d'un régulateur de l'expression de nombreux gènes dans les lymphocytes T (appelé Foxo1) est capable de réactiver le VIH dans ces cellules, avec l’espoir de disposer ainsi d’une nouvelle stratégie thérapeutique, dite de shock and kill, visant à éradiquer le virus. Voilà comment cela se passe. Lors d'une infection par le VIH, celui-ci se multiplie dans les cellules immunitaires, notamment les lymphocytes T CD4, entrainant le plus souvent leur destruction, rappelle l’ANRS. Mais, dans un très faible pourcentage de cellules infectées, le virus reste dormant, intégré dans le génome de la cellule hôte. Ces cellules infectées par le virus dit « en latence » sont mal reconnues par le système immunitaire et constituent un réservoir de virus inaccessible aux traitements anti-rétroviraux. Elles sont responsables du rebond de la maladie dès que l’on stoppe le traitement anti-VIH, ce qui fait de leur élimination un enjeu majeur de la recherche. Dans une étude parue le 1er mai, soutenue par l'ANRS et menée à l'initiative de Marianne Mangeney et Georges Bismuth de l’Institut Cochin, il a été montré in vitro qu’un régulateur clé des lymphocytes T appelé Foxo1 (un facteur de transcription, c'est-à-dire un composant cellulaire qui active l'expression de gènes) contrôle cet état de latence et que l'inhibition de ce régulateur par un composé pharmacologique spécifique réactive le VIH-1 dans ces réservoirs. Ces résultats ont été confirmés ex vivo dans des lymphocytes T de macaques infectés par le SIV (l'équivalent chez le singe du VIH) sous traitement antirétroviral (issus de la cohorte ANRS Sivart). L’emploi de cette molécule, utilisée seule ou en association avec d'autres agents pharmacologiques dans le contexte d'une stratégie dite de shock and kill consistant à réveiller le virus afin de l’éradiquer, ouvre ainsi de nouvelles perspectives thérapeutiques pour l’élimination des réservoirs du VIH-1.