Alain Cocq : partir dans la dignité

5 Septembre 2020
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Après Vincent Humbert et Chantal Sébire, deux malades qui avaient, eux aussi, fait appel au président de la République pour que l’on abrège leurs souffrances, Alain Cocq prend le relais. Ce Dijonnais de 57 ans est atteint d’une maladie orpheline qui détruit peu à peu les parois des vaisseaux sanguins et des artères. Cette pathologie est survenue après une chute dans un escalier, quand il avait 23 ans. « J’ai eu neuf opérations en quatre ans. Petit à petit, tous les organes vitaux ont été touchés», explique Alain Cocq au journal Libération. Et il détaille : « Maintenant, toutes les deux, trois secondes, je ressens des décharges électriques. Je suis au maximum de morphine. Mes intestins se vident dans une poche, ma vessie dans une autre. Je ne peux pas m’alimenter. Je ne veux pas de cette vie, j’ai quatre anévrismes qui menacent », ajoute-t-il. En juin dernier, Alain Cocq décide d’écrire une lettre au président de la République : « Monsieur Emmanuel Macron, je tiens à vous préciser à ce jour que je me trouve dans la situation d’un esprit sain, confiné dans un corps dysfonctionnel et perclus de douleurs. Je me retrouve dans la situation où le corps médical est impuissant à soigner ma pathologie orpheline. Je demande simplement à partir dans la dignité, avec une assistance active du corps médical ». Il précise à Libération : « Ce n’est pas un compte à rebours que je lance. C’est comme ça. Vendredi soir [4 septembre, ndlr], j’arrête de m’alimenter et de m’hydrater. Soit on m’aide en me donnant un puissant sédatif, soit on me laisse mourir de faim et de soif, et ce sera aux yeux de tous car ce sera filmé [et diffusé sur Facebook ndlr] ». En France, la loi est claire. L’euthanasie est interdite. Les médecins peuvent suspendre les traitements devenus inutiles et ont le devoir de soulager la douleur. Si l'agonie survient, ils peuvent plonger la personne malade dans un sommeil profond, mais n'ont pas le droit de donner la mort. Alain Cocq n'est pas à l'agonie et c'est ce qui pose problème à Jean-François Varet, le président de l'Ordre des médecins de Bourgogne : « On est dans le cas particulier des maladies neuro-dégénératives lentes qui sont extrêmement pénibles pour un patient, ça se comprend très bien, mais de là à dire au bout de dix ans ou quinze ans, veuillez abréger ma vie, et bien le médecin est hors-la-loi ». Cette impasse révolte Jean-Luc Romero, le président de l'association pour le Droit à Mourir dans la Dignité : « Regardez les Pays-bas, la Suisse, la Belgique, le Luxembourg, et même l'Italie où le tribunal constitutionnel demande au Parlement de réfléchir au suicide assisté. La France est le pays des Droits de l'Homme, on n’a pas envie de mourir dans une théocratie, on est un pays laïc, on devrait avoir le droit de choisir le moment et la manière de partir ».