Alcool en ligne : l’OMS attaque

18 Mai 2022
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La consommation excessive d’alcool reste un sujet de préoccupation majeure pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Un nouveau rapport de l’institution souligne l’utilisation croissante de techniques sophistiquées de marketing en ligne pour l’alcool et la nécessité d’une réglementation plus efficace. Le document montre que les jeunes et les personnes considérées comme « gros buveurs » sont de plus en plus ciblés-es par la publicité pour l’alcool, au détriment de leur santé. Ce nouveau rapport de l’OMS (en anglais) est le premier à détailler l’ampleur du marketing actuel de l’alcool par-delà les frontières nationales — souvent par des moyens numériques. Pourquoi traiter de ce sujet ? Les chiffres l’expliquent très bien. Dans le monde, trois millions de personnes meurent chaque année des suites d’un usage nocif de l’alcool — une personne toutes les 10 secondes — ce qui représente environ 5 % de tous les décès mondiaux. Un nombre disproportionné de ces décès liés à l’alcool surviennent chez les jeunes, 13,5 % de tous les décès chez les 20 à 39 ans étant liés à un usage nocif de l’alcool. « Pourtant, malgré les risques évidents pour la santé, les contrôles sur la commercialisation de l’alcool sont beaucoup plus faibles que pour d’autres produits psychoactifs. Une réglementation plus efficace, bien appliquée et plus cohérente de la commercialisation de l’alcool permettrait à la fois de sauver la vie à des jeunes et d’améliorer leur vie dans le monde entier », souligne le DTedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé. L’un des plus grands changements de ces dernières années dans la commercialisation de l’alcool est l’utilisation d’un marketing en ligne sophistiqué. « La collecte et l’analyse de données sur les habitudes et les préférences des utilisateurs par les fournisseurs mondiaux d’accès à Internet ont créé, pour les spécialistes du marketing de l’alcool, de nouvelles occasions, en hausse constante, de concevoir des messages visant des groupes spécifiques au-delà des frontières nationales », explique le rapport de l’OMS. La publicité ciblée sur les médias sociaux est particulièrement efficace dans l’utilisation de ces données. En 2019, selon une source citée dans le rapport, plus de 70 % des dépenses dans les médias des principaux spécialistes du marketing de l’alcool basés aux États-Unis étaient consacrées aux promotions, aux placements de produits et aux publicités en ligne sur les médias sociaux. L’absence de réglementation permettant de lutter contre la commercialisation transfrontalière de l’alcool est particulièrement préoccupante pour les enfants et les adolescents-es, les femmes et les personnes considérées comme « gros buveurs ».  Des études ont montré que commencer à boire de l’alcool à un jeune âge est un facteur prédictif de la consommation dangereuse d’alcool au début de l’âge adulte et au-delà. Par ailleurs, la consommation d’alcool chez les femmes est un secteur de croissance important pour la production et la vente d’alcool. Alors que la consommation d’alcool dans le monde est aux trois quarts une consommation masculine, les spécialistes du marketing de l’alcool ont tendance à voir le taux plus faible de femmes consommatrices d’alcool comme une possibilité de développer leur marché. Ils-elles dépeignent souvent la consommation d’alcool par les femmes comme un symbole d’émancipation et d’égalité. Pour promouvoir les marques d’alcool, ils-elles organisent des initiatives sous couvert de la responsabilité sociale des entreprises, sur des sujets tels que le cancer du sein et la violence domestique. Les personnes considérées comme « gros buveurs » et les buveurs-euses dépendants-es sont une autre cible des efforts de marketing, étant donné que dans de nombreux pays, 20 % seulement des buveurs-euses actuels-les consomment bien plus de la moitié de tout l’alcool consommé. Bien que de nombreux pays aient mis en place certaines restrictions à la commercialisation de l’alcool, celles-ci tendent généralement à être relativement limitées. Dans une étude de l’OMS de 2018, il a été constaté que même si la plupart des pays disposent d’une certaine forme de réglementation pour la commercialisation de l’alcool dans les médias traditionnels, près de la moitié d’entre eux n’ont pas de réglementation en vigueur pour la commercialisation de l’alcool sur Internet (48 %) et les médias sociaux (47 %). Le rapport de l’OMS conclut que les « gouvernements nationaux doivent intégrer des restrictions ou des interdictions complètes de la commercialisation de l’alcool, y compris ses aspects transfrontaliers, dans les stratégies de santé publique ». Il met en évidence les « éléments essentiels et les options en matière de réglementation de la commercialisation transfrontalière de l’alcool et souligne la nécessité d’une solide collaboration entre les États dans ce domaine ».