Allaitement et VIH

10 Novembre 2022
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Un manque de données. Dans un communiqué publié le 25 octobre, le collectif TRT-5 CHV (Act Up Paris, Act Up Sud-Ouest, Acceptess-T, Actif Santé, Actions Traitements, AIDES, Arcat, Asud, le Comité des familles, Dessine-moi un mouton, Nova Dona, Hépatites/Sida Info Service, Sol En Si) ainsi que le Corevih Arc Alpin, Ikambéré, le Réseau Santé Marseille Sud et Uraca-Basiliade plaident pour que la recherche accélère sur l’allaitement pour les mères vivant avec le VIH. « Les consignes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont claires : émises dès 2009 et confortées en 2016 et 2021, l’OMS recommande aux mères vivant avec le VIH un allaitement exclusif, pendant les 12 premiers mois de l’enfant, dans les contextes de prise en charge permettant l’accès au traitement antirétroviral et un accompagnement à l’observance », expliquent les associations. « Cependant, dans la majorité des pays à ressources élevées, dans lesquels le lait maternisé est facilement disponible, l’allaitement maternel était jusqu’à récemment déconseillé, voire proscrit. Dans la plupart des recommandations européennes, l’allaitement artificiel reste toujours la seule prévention totalement efficace de la transmission postnatale du VIH », déplorent les signataires. Le communiqué, très complet, fait un état des lieux de la littérature scientifique sur les risques de transmission du VIH de la mère à l’enfant via l’allaitement et pointe un manque de données : « Ces hypothèses restent encore aujourd’hui à valider scientifiquement et actuellement, il n’y a pas de données publiées qui permettent de connaitre le risque de transmission lorsque la mère est en succès virologique car il n’y a pas de grandes cohortes incluant des mères ayant une charge virale constamment indétectable », soulignent les associations. Telle une lettre ouverte adressée à la communauté scientifique, la troisième partie du communique fait le point sur les recommandations actuelles et plaide pour la mise en place d’une cohorte européenne : « Conscients-es de la faiblesse de l’échantillon statistique au niveau territorial (environ 1 500 accouchements de femmes séropositives par an en France), nous soutenons la proposition faite par un groupe de chercheurs-ses européens-nes de s’appuyer sur les réseaux existants en y associant les personnes concernées, et de collecter des données sur les couples mères-enfant (…). Pour conclure, nous invitons la recherche française à inclure la question de l’allaitement dans la prise en charge de la grossesse, l’accompagnement à la parentalité, dans la formation des soignants et dans l’organisation du système de santé ». « En l’absence de recommandations claires et d’informations accessibles, les accompagnants (soignants, associations, etc.) sont souvent démunis pour conseiller les mères allaitantes (…). Un sentiment de double peine est évoqué : qu’on allaite ou pas, on sera jugé, par son entourage et/ou le corps médical », déplorent les associations qui accompagnent des mères vivant avec le VIH. Et le communiqué de conclure : « Enfin, les réflexions des experts qui travaillent actuellement sur la réactualisation du rapport d’experts [coordonné par le Pr Delobel, ndlr] ne sont pas encore connues, recommanderont-ils l’allaitement avec un encadrement ? Avec ou sans une prophylaxie du nouveau-né durant la durée de l’allaitement ? Nous n’aurons la réponse qu’en 2023 ». Affaire à suivre.